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2. Cf. Judith Gautier, Le Roman d'un grand chanteur (Mario de Candia)..., Paris, Charpentier, 1912, in-S^. P. Lalo en fit le compte rendu dans le feuilleton du Temps, l^r oct. 1912.
3. Cet air nouveau fut tiré à part et parut sous ce titre : Récitatif et Prière, composés pour les débuts de M. Mario dans Robert le Diable, et dédiés à M. Mario par Giacomo Meyerbeer. — (Paroles d'Emile Deschamps), Paris, Maurice Schlesinger, in-fol.
« MdN CHER EmIL,
« M. Diiponchel m'a dit qu'il trouvait plus convenable dans les intérêts de M. de ('andia, de ne pas faire savoir au public dans les [illisible] de Paris que j'avais ajouté un nouvel air pour M. de Candia, que cela serait peut-être aiUcher trop de prétentions pour le chanteur.
« Je n'ai donc pu lui parler et nommer l'auteur des paroles, puisqu'il n'en veut pas parler du tout. Mais je prierai M. Bertin qu'il en parle comme il faut dans le feuilleton de lundi.
« Veuillez le dire à votre tour à vos amis de la Presse. M, Duponchel vous a fait marquer en ma présence une 4^ loge. Ainsi veuillez la faire chercher. Mille compliments à Mme Deschamps.
« Votre dévoué,
« Meyerbeer. »
(Inédit. Collection Paignard).
Emile Deschanips était, pendant les années qui ont suivi, comme dans celles qui précédèrent l'apparition des Huguenots à l'Opéra, le collaborateur aimé de Meyerbeer. L'habile compositeur, soucieux des intérêts de sa renommée dans la société parisienne, entourait de prévenances le poète choyé du grand monde. Il savait qu'une romance, signée de leurs deux noms, ferait le tour des salons. Aussi lui proposait-il sans cesse des plans de collaboration, et quand il lui arrivait de quitter Paris, il tenait à rester en contact avec ce grand centre artistique, par l'intermédiaire de Deschamps.
La lettre suivante nous révèle les préoccupations du grand homme habile à gérer sa renommée ; elle est datée de Bade, ce 3 février 1835 :
« Mon ILLUSTRE Emil.
« Une longue et pénible indisposition m'a empêché de vous écrire jusqu'à présent et de vous renouveler tous mes remerciements. Quant à vous, aimable ami, en partant vous m'avez donné l'espérance que vous me communiqueriez bientôt le plan de notre Ange et de nos romances et que vous m'enverriez, abrégés autant que possible, les récits que je vous ai envoyés le jour de mon départ de Paris. Mais les joies du Carnaval de Paris vous absorbent, je le sais ; aussi me suis-je effacé volontairement. Mais voilà venir le grand Carême et je me permets de vous rappeler l'ami absent et nos plans de collaboration future. Je serai à Paris vers la fin d'avril et il serait admirable à vous d'avoir arrêté pour cette époque définitivement le plan pour VAnge et les Romances^ afin que nous puissions de suite les discuter, aller à l'œuvre. Mais ce qui serait aussi très essentiel pour moi, ce serait d'avoir, le plus tôt que votre amitié pourra disposer d'une couple d'heures pour moi, l'abréviation des récits (pie je vous ai laissés et (ju'il me faudrait pour compléter mon travail. Cela serait le complément du service que votre bonne amitié vient de me rendre.
« Il y a maintenant plus de deux mois que je n'ai plus entendu une note de musique ; pendant ce temps, vous nagez dans les jouissances musicales. Vous avez sans doute assisté aux Puritains de Bellini et à la Juiie d'lla\è\\,
deux ouvrages dont on dit le succès colossal. Vous allez avoir deux opéras nouveaux de Donizetti et d'Auber, et, avec tout cela, les concerts du Conservatoire, etc., etc. Enfin vous êtes des heureux mortehfsic), vous autres Parisiens. J'aimerais bien à connaître l'opinion d'un juge aussi éclaire^ et de bon goût sur les deux ouvrages de Bellini et d'IIalévy, que l'on dit tous les deux de la plus grande beauté.
« J'espère que la santé de Mme Deschamps lui aura permis de participer à toutes ces joies musicales. Ma femme me charge de la rappeler au souvenir de Mme Deschamps. Elle rafolle de vos tendres et harmonieux vers de Rachel à Nephtali. Quant à moi, j'espère que vous penserez à vos amis absents et que pour première preuve de souvenir vous me donnerez de vos nouvelles. Dans ce cas, veuillez envoyer votre lettre à M. Jouin,chefde division à l'administration de la grande Poste, rue J.-J. -Rousseau, qui me la fera parvenir.
« Mille et mille compliments de votre tout dévoué.
« Meyerbeer. »
(Inédit. Collection Paignard).
Quant à l'intervention d'Emile Deschamps dans la composition du livret des Huguenots, voici le récit qui a cours parmi les critiques qui ont étudié l'histoire de cet opéra. Nul ne conteste les remaniements que Meyerbeer imposa à Scribe. Mais il ne se serait élevé de dissentiment entre le compositeur et son librettiste qu'à propos du finale du quatrième acte. « La scène qui rapproche à cet endroit de l'action des Huguenots, Valentine et Raoul, écrit M. Henri de Curzon ^, parut à Nourrit si maladroite et même si inconvenante qu'il se refusa absolument, et M^^^ Falcon avec lui, à la jouer telle quelle ». En même temps, il indiqua de quel caractère, selon lui, elle devrait être empreinte et quelle évolution elle devrait suivre.. Scribe ne voulut d'ailleurs rien modifier ; il fallut qu'Emile Deschamps se chargeât d'écrire toute la nouvelle scène, service dont Meyerbeer, enchanté, sut lui tenir compte, en lui attribuant discrètement une part d'auteur sur ses propres droits. »
« Une nuit, rapporte un autre historien de Meyerbeer, M. H. Eymieu ^, le maître arrive tout ému chez son intime ami, M. Jouin,