‹ Emile Deschamps, dilletanteChapitre 46 sur 62 · Boschot, H. Berlioz, t. II, p · texte numérisé non relu

Boschot, H. Berlioz, t. II, p

2, E. Dupuy, Alfred de Vigny..., Paris, Société française d'imprimerie et de librairie, 1912,*^ 2 vol. in-S», tome II, p. 302.

Prends ton vol comme l'aigle, et vole dans les cieni^. La Poésie est reine et fière, et son génie >y

Dédaigne le seôours d'une molle harmonie ^.

Deschamps ne demandait qu'à céder au charme de l'enchanteur, d'autant plus qu'un sentiment de générosité l'y poussait. L'échec de Benvenuto à l'Opéra avait désespéré Berlioz. Epuisé par la lutte qu'il soutenait avec une romantique intransigeance contre le sensualisme grossier des dilettantes bourgeois, contre cette école du bon sens et du plaisir facile qui sévissait alors dans tous les arts, Berlioz était tombé malade. Les dettes qui accablaient son ménage, l'enchaînaient à la tâche, fastidieuse pour lui, de faire de la critique au lieu de composer. Son génie aurait été abattu par la rigueur du sort, sans le geste de Paganini, et sa généreuse intervention. On sait que le 16 déc. 1838, sur la scène du Conservatoire, alors qu'un public aux trois-quarts hostile emplissait la salle, le génial violoniste s'agenouilla devant Berlioz à bout de forces et que le même jour, pour le délivrer de ses dettes et le rendre à la liberté de l'inspiration, il lui faisait don de 20.000 francs. C'est à cette noble initiative que nous sommes redevables de ce chef-d'œuvre : la symphonie de Roméo et Juliette. Jamais dette de reconnaissance ne fut si magnifiquement acquittée. BerHoz avait résolu d'écrire « une œuvre grandiose, passionnée, pleine aussi de fantaisie, digne enfin, disait-il dans ses Mémoires, d'être dédiée à l'artiste illustre à qui je dois tant ^ ». Mais voici comment, dans ces mêmes Mémoires, il remercie à son tour Emile Deschamps, et mêle son nom au récit de la genèse d'une œuvre immortelle.

a Après une longue indécision, je m'arrêtai à l'idée d'une symphonie avec chœurs, solos de chant et récitatif choral, dont le drame de Shakespeare. Roméo et Juliette serait le sujet sublime et toujours nouveau ; j'écrivis en prose tout le texte destiné au chant entre les morceaux de musique instrumentale ; Emile Deschamps, avec sa charmante obligeance ordinaire et sa facilité extraordinaire, le mit en vers et je commençai ^. »

Chemin faisant, Berlioz jouit vraiment de l'exquise complaisance de son collaborateur, qui met toute sa virtuosité de versificateur à son service. Le billet suivant nous montre Berlioz enchanté :

1. Comte Jules de Rességuier, Tableaux poétiques, Paris, U. Canel, 1828, {11-8°,

2. Berlioz, Mémoires, Paris, C. Lévy, 1881, 2 vol, in-8o,tome I, p. 340.

Page 1