L£8 SUITES DU BAL
Comme un homme endormi par le bruit est réveillé par le silence, je sortis de mes réfiexions au
dernier coup d'archet du chef d*orcbestre. Je cherchais Sophie du regard, lorsque j'aperçus» tput près de moi» un groupe dont les éclats de rire, demi étouffés» annonçaient une assez grosse gaieté parmi les jeunes gens qui le composaient. J*y reconnus un jeune parent de Sophie» et le même aide de camp avec lequel elle venait de valser. Je prêtai involootairement Toreille, et j'entendis sur mon compte quelques plaisanteries excitées par le récit de mes amours. L'aide de camp insistait particulièremenl sur la difformité de ma taille et le ridicule de mes prétentions. Je ne fus plus le mdtre de moi; je me levai, a Messieurs» leur dis-je avec sécheresse, la maison dans laquelle vous avez l'honneur d'être
reçus ne me permet pas de m'expliquer tout haut;
si l'un de vous veut sortir un instant, je lui dirai eo deux mots ce que je pense de votre conduite et de votre conversation.. » Cette valse m'avait monté la tète ; je suivis l'aide de camp dans une pièce destinée aux rafraîchissements; personne ne s'y
trouvait alors. <« J'ai tout entendu ; je n'ai besoin d'aucuae explication ; je me regarde comme offensé; te choix des armes m'importe peu; décidez. —Vous le voulez, dit-il en souriant de Tair du dédain, vous le voulez ; le pistolet est Tarme la plus égale. -- Le pistolet, soit I demain matin à cinq heures. — J'aurai deux témoins. — Il suffit. » Je retournai chez moi; et j'appris le soir, par un mot que m'écrivait le général, qu'informé de l'affaire dans tous .les détails, il se proposait de me servir de second* Homme excellent I J'acceptai. Sophie, instruite par l'indiscrétion- d'une de ses sœurs qui avait tout entendu, s'était immédiatement retirée sous le prétexte d'une indisposition.