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L'Homme Femme, Page 5. (Textuel

Erreur! erreur ! la vérité la voici :

Femmes libres, — femmes utiles.

, Oui, femmes libres, — femmes contenues, femmes gardées, femmes préservées par le poids de leur responsabilité devenant leur point d'honneur.

Comment, avec l'esprit d'observation qui a fait de vous l'un des maîtres du théâtre moderne, comment n'avez-vous pas vu que la condamnation de l'esclavage de la femme était dans ce tableau que vous faites d'elle :

u Si elle est riche, elle achètera le mascu- » lin nécessaire ; si elle est pauvre, elle en »ï sera quitte pour un peu plus de patience » et de malice, et se fera acheter par lui. » Et d'ailleurs elle est décidée à tout. Il » faut qu'elle brille, il faut qu'elle donne )) pâture et plaisir à sa chair. L'homme se ») présente. Qu'elle soit noble, bourgeoise

» OU peuple — peu importe, — elle a en » elle ce qui l'attire, et elle s'en sert bien. » Elle vous trousse gaiement Ites sentimen- » taillés préliminaires, et le mariage se » bâcle en un clin d'oeil. Neuf mois après )> elle a un petit, plus ou moins légataire M des âcretés du sang paternel et des mé- ») langes de sa mère, mais ça c'est l'affaire )> de la Faculté. Ce sacrifice fait à la nature » et à l'héritage, elle déclare au mari que î) ça la fatigue trop et qu'elje ne veut plus » recommencer à être mère, du moins de » quelque temps. Le mari ne dit pas non; » que lui importe, pourvu qu'il ait les plai- » sirs qui font la paternité, sans les ennuis » qui la suivent! 11 consent. On donne le » petit à la nourrice habillée à la russe ou » à la bourguignonne, et si madame a des » sens, elle devient légalement la maîtresse

» de monsieur. Il veut être aimé, il l'est. » Elle le met ainsi sous ses cottes et sous sa » pantoufle. Elle le domine, l'annihile, le » dissout, ce qui n'était pas difficile, et il la » déprave en pratique, ce qui ne l'était pas » davantage, la moitié étant déjà faite en » théorie. Si elle n'a pas de sens, elle l'espace » le plus possible, ou le subit dans un demi- » sommeil toujours vigilant. Elle fredoiine » ce qu'il chante et le laisse se casser la » voix tout seul.

« Pendant ce temps-là elle a passé à l'état » de femme du monde , un des avatars les » plus grotesques et les plus malsains du » féminin chez les peuples civilisés. Elle » achète un peu plus de cheveux, elle se » peint, elle se teint, elle se poudre, selon » l'époque et la mode, elle se décollette, elle » montre le fond de son dos et le dessous de

» son bras. Ses seins , qui n'ont pas servi à » l'enfant, servent au régal des yeux, s'éta- » lant dans un corset de salin où tout le » monde peut tremper son regard, mais où » il n'est pas* encore permis de mettre les » doigts. C'est la gamelle aux tentations, » c'est la tirelire aux compliments. On peut » lui en faire tant qu'on veut, à mots plus » couverts que l'objet. Du reste, elle ne sait » rien, ne lit rien, ne comprend rien et parle » de tout en petites phrases rondes, creuses » et vides, devant lesquelles tout le faux mas- » cul in se pâme d'admiration, comme les » enfants devant le marchand de ballons )> roses. Au milieu de tout cela le petit ou la » petite a passé de la nourrice au goiîver- » neur ou à la gouvernante, au couvent ou » au collège. On le voit ou on la voit une » heure par jour ou une fois par semaine.

» Enfin, soit que monsieur ait épuisé son » répertoire, soit qu'il manque de mémoire » au milieu de sa tirade, soit qu'il n'ait pas » encore pu émouvoir avec tout ce qu'il lui » a débité, toujours est-il que madame com- » mence à croire qu'il doit y avoir quelque » mélodrame plus intéressant et plus mou- )) vementé, qu'elle a assez de son comédien » ordinaire, et qu'elle a envie de courir les » petits théâtres.

» C'est alors que l'inévitable catastrophe » qu'elle couve depuis quelque temps brise » sa coquille, et que le jeune premier en )) sort la bouche en cœur et le jarret en » avant, pour doubler le premier rôle... »

Je m'arrête brusquement là, car si la citation était complète, l'emprunt que je vous ferais serait trop considérable.

La voilà donc la femme dont Vous diles que « son esclavage est sa puissance, son » génie! »

Oui, la puissance du désœuvrement et le génie de Tennui !

La voilà donc la femme à laquelle s'applique si justement cette observation de Daniel Stern : « Les Scythes- crevaient les » yeux de leurs esclaves afin qu'ils n'eussent M point de distraction en battant le beurre. » Il y a aussi des gens qui crèvent les yeux » au rossignol afin qu'il chante mieux. Ne » serait-on pas tenté de croire qu'une penj> sée analogue préside à l'éducation qu'on » donne aux femmes? »

La voilà donc la femme dont vous combattez Taffranchissement en le tournant en ridicule et en appelant « féministes » ceux qui sont d'un autre avis que le vôtre !

Féminisle! soit. Je m'honore de l'être avec des hommes et des penseurs tels que MM. Gladstone, Jacob Bright, Stuart Mill, Stewart, Alexis de Tocqueville, Taine, Edouard Laboulàye; je m'honore -de l'avoir été avant eux, car il y a longtemps, bien longtemps, c'était en 1834,que j'ai écrit :

« L'homme naît de la femme. Donc tout M Ce qui profitera à la femme sera profitable » à l'homme.

» Les femmes portent l'avenir de la société » dans leur sein. Jamais il n'y aura de pro- » grès social que ceux qui lui seront dus.

)) La femme ne doit pas être détournée des » fonctions que la nature Jui a assignées. » Epouse , elle doit administrer le ménage ;

» mère, elle doit allaiter son enfant, Télever, » 1 -instruire. Ce qu'il est nécessaire que Ten- » fant apprenne, il est utile qu'elle le sache » pour le lui enseigner. Toute femme peut et » devrait savoir ce qui forme les deux degrés » de l'instruction primaire*" »

A cette époque, Alexis de Tocqueville n'avait pas encore écrit son admirable livre de la Démocratie en Amériquey où est consigné le résultat suivant :

« Si on me demandait à quoi je pense » qu'il faille attribuer la prospérité singulière » et la force croissante du peuple américain, » je répondrais que c'est à la supériorité de )> ses femmes. »

Mais longtemps avant moi et longtemps

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