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De l'instruction, publique en France

avant que vous n'ayez créé ce nom de /eminisles pour le donner à vos contradicteurs, un grand esprit, un vrai savant, Gondorcet, avait déjà dit :

« Parmi les progrès de l'esprit humain » les plus importants pour le bonbqur géné- » rai, nous devons compter l'entière destruc- » tion des préjugés qui ont établi entre les » deux sexes une inégalité de droits funestes » à celui même qu'elle favorise.

)) On cKercIierait en vain des motifs de la K justifier, par les différences de leur organi- » sation physique, par celles qu'on voudrait » trouver dans la force de leur intelligence, » dans leur sensibilité morale.

» Cette inégalité n'a eu d'autre origine » que l'abus de la force, et c'est vainement » qu'on a essayé depuis de l'excuser par des » sophismes.

(( Il serait difficile de prouver que les

» femmes sont incapables d'exercer le droit

» de cité. Pourquoi des êtres exposés à des

» grossesses et à des indispositions passa-

» gères, ne pourraient-ils exercer des droits

» ^nt on n'a jamais imaginé de priver les

» gens qui ont la goutte tous les hivers et

» qui s'enrhument'aisément? »

Un savant magistrat^ M. Bonneville de

Marsangy, dans son livre intitulé : Etude

sur la Moralité comparée de la femme et de

l'homme au point de vue de V amélioration des

lois pénales et des progrès de la civilisation,

a constaté ce qui suit :

« La moralité de la femme est généralement

» supérieure à celle de l'homme. Si les poètes

» continuent à appeler les femmes le beau

» sexe^ les hommes sérieux et justes pour-

» ront désormais leur décerner une qualifi-

». cation non moins bien méritée, celle de bon » sexe. »

Direz-vous que M. Bonnevillede Marsangy est un « féministe? » L'écraserez-vous sous le poids de votre néologisme?

Infligerez-vous la même épithète à Montesquieu s' exprimant ainsi :

« Entre hommes et femmes, les forces » seraient égales, si l'éducation l'était aussi. » Éprouvons-les dans les talents que l'édu- )) cation n'a point affaiblis et nous verrons » si nous sommes si forts. »

La femme dont les journées ne sont pas employées à l'éducation de ses enfants, — garçons et filles, — la femme privée de la jouissance et de l'administration de ses biens, la femme qui n'est pas pleinement maîtresse de sa personne et de sa maison, la femme

enfin sans responsabilité directe est comme un vaisseau sans lest qui partirait pour une longue traversée. A moins de circonstances exceptionnelles, il serait voué au naufrage. Si l'on voit tant de femmes sombrer, on n'en doit pas chercher la cause ailleurs que dans l'absence de lest, que dans l'absence de responsabilité.

S'il vous en faut une preuve, je vais vous la donner.

Vous avez divisé ainsi qu'il suit les femmes en trois ordres :

Les vestales, — femmes de temple;

Les matrones, — femmes de foyer;

Les hétaïres, — femmes de rue.

Il se peut que cette division soit ingé* nieuse, mais à coup sûr elle n'est pas exacte, car elle laisse en dehors d'elle le plus grand nombre des femmes : les femmes de chawf,

celles qui sont d'abord avec leur grand-père, leur père, leur grand'mère, leur mère, leur frère, leur sœur, et plus tard avec leur mari au labour, à la semence, à la fenaison, à la moisson, à la vendange ; celles qui ont le soin de rétable, de la porcherie, du poulailler; celles qui chauffent le four où cuira le pain, celles qui bercent leurs petites sœurs, celles qui habillent leurs petits frères, celles enfin qui, mariées, ne donnent pas aux enfants qu'elles mettent au monde un autre lait que celui de leurs seins.

A l'époque où j'étais député, je suis entre dans les logis d'un très-grand nombre de cultivateurs, les uns petits propriétaires, les autres fermiers ou colons. Eh bien, s'il m'eût fallu dire qui de l'homme ou de la femme y paraissait exercer et y exerçait effectivement

la puissance conjugale, je le déclare, mon embarras eût été invincible.

C'est qu'il est bien rare que l'égalité eatre l'homme et la femme ne s'établisse pas d'elle-même lorsqu'ils unissent leurs quatre épaules pour porter le fardeau du travail journalier. En fait, je ne dis pas en droit, il n'y a de femme esclave que la femme désœuvrée, et telle est la corruption du désœuvrement, que si Ton demandait h la femme accablée sous le poids de son oisiveté, d'être la nourrice des enfants qu'elle a eu la force de mettre au monde, elle vous répondrait qu'elle n'en a ni la force, ni la santé^ ni le temps.

Si le ridicule que les opinions superficielles excellent à jeter sur les opinions approfondies me faisait peur, je m'abstiendrais de relever cette page de votre livre :

« Ce n'est donc pas parce que nous lui » donnons l'éducation qu'elle reçoit que la » fenfîme est ce qu'elle est, c'est parce qu'elle » est ce qu'elle est que nous lui donnons » réducation qu'elle reçoit; et quand elle se « prétend capable d'édicter des lois, de » commander des armées et de conduire des » locomotives, elle est aussi ridicule que le » serait le sexe fort s'il voulait porter des )) chignons, montrer ses épaules et allaiter » des enfants. »

Le nombre des contradicteurs que rencontrera cette page sera très-petit : raison de plus pour que je dise hautement ce que j'en pense. S'il est un drapeau qu'on ne doit jamais déserter, à quelques quolibets qu'on s'expose en le défendant, c'est celui de la vérité dont on est le soldat.

Qu'ayant été la nourrice de ses enfants, la

femme en soit Tinstitutrice, qu'elle accomplisse entièrement toutes ses fonctions de mère, et cette tâche lui prendra assez de temps pour que jamais la pensée ne lui vienne de « commander des armées et de conduire » des locomotives. »

Quant à la prétention « d'édicter des lois » si elle paraît déplacée en France, quoique déjà pratiquée aux Étals-Unis, dans le Wisconsin, et appuyée en Angleterre, dans le parlement par une assez forte minorité*, je dirai tant mieux! Pourquoi? parce quelle

1. M. Richard Cobden disait : « H est impossible depro- » duire un changement important dans Topinion publique » en une période moindre de sept années. » Le 13 février 1871, un bili sur les droits politiques de la femme, en tout semblable aux précédents, a été lu devant la chambre des Communes ; il portait les signatures de MM. Jacob Bright, G. B. Fastwick et D' Lyon Playfair. Le bill a été rejeté comme les années précédentes; mais lors de la secondé lec-

appellera les méditations des hommes sérieux sur rétude et l'examen de cette question.

Antérieur à la liberté de la presse et à la liberté de réunion, le régime des assem- |)lées législatives, cette dilapidation du temps le plus précieux, ce verbiage stérile, n'est pas une solution; il n'est qu'une transition, ainsi qu'on a pu et dû s'en con-

tare de la majorité contre était réduite à 69 voix, et le nombre des votants pour s'était élevé do 94 à 151.

M. Gladstone, au lieu de voter contre, a quitté la salle. Trois membres du dernier cabiiut.: MM. Disraeli, Corry, et M. VVard Hunt ont voté pour; quarante-deux des 151 votants pour étaient de nouveaux adhérents.

Pendant la session de 1872, 022 pétitions en faveur de régalité l'égale de Thomme et de la femme, signées par 186,976 personnes, ont été présentées au parlement; 75 d'entre elles provenaient de réunions publiques ou de conseils municipaux, revêtues du cachet municipal. Les pétitions obtenues par les amis de la réforme nouvelle se montaient à 120 et comptaient k 5,251 signatures dans la seule ville de Manchester.

vaincre si l'un juge de l'arbre par ses fruits.

Ne serait-il pas temps d'en finir avec les assemblées législatives et de fermer l'ère des lois positives pour inaugurer le règne des lois naturelles, des vraies lois de l'humanité?

Est-ce que la liberté de réunion, ayant pour auxiliaire la liberté de la presse, ne suflit pas à la maturité de toutes les questions qu'il s'agira tôt ou tard de convertir en solutions?

Est-ce que la conversion de l'impôt forcé en prime volontaire d'assurance ne rendrait pas superflu le vote annuel de l'impôt^t du budget?

Est-ce qu'un recueil de formules légales, revisé ou complété tous les dix ans par une commission composée de cinq conseillers d^Étatet de cinq conseillers à la cour de cassation, dite Commission de révision du code déceurMls ne userait pas suffisant, — ce qui étant d'utilité nationale, serait matière à

règlements d'administration publique, rédigés par le Conseil d'État et rendus exécutoires par décret du chef de l'État*?

Sans porter aucune atteinte à son principe, avouez que cela simplifierait infiniment la tâche du suffrage universel et la question devant lui de l'égalité de la femme.

Serait-ce un mal? Ne serait-ce pas, au contraire, un progrès, s'il est vrai que le progrès consiste à se servir de tout sans abuser de rien?

Toutes les questions d'une époque, anneaux d'une même chaîne, sont insolubles quand, au lieu de se servir des unes pour résoudre les autres, on traite chacune d'elles à part comme si elle était seule ; c'est là une faute qu'on ne saurait m'accuser justement d'avoir

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