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pins rien à répondre. « Votre fille restera près de vous si vous le désirez, « ai-}e ajouté. Cette dernière coDstdératîoii l'a eotièrement décidé : « Le choix (l'Ëfflile me plsàt; je lui donne, le jour de s«m mariage, ma terre du Languedoc qui porte mon nom, elle est estimée huit cent mille francs ; et je ne doute pas que tous ne trouriez en lui une affection égale à celle que j'espère de Mathilde. Mon cher comte, QOBs sommes vieux ; il n'y a plus qu'une jouissance à no^e âge, c'est d'assurer le bonheur de ceux qui QMS tienneol. Emile et MathiMe s'aiment vivement tous les deux; prononcez... — Je n'y mets qu'une Goaditioii, et c'est pour assurer davantage leur bonhesr, en ne laissant rien à regretter aux ^cifants qu'ils peuvent avoir et à ^ix-mèmes ; car, générai, TOUS le savez, l'amour est un feu qui jette beaneovp de ftiméé et pe dure guère ; ee qu'o(n devrait nommer sottises, on l'appette illusions, et c'est avec ces mots de roman qu^n exalte la ^èàe de tous les jeimes gens qoicmeût connaître le monde parcQ qu'ils s'en
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créent un d'imagination... Général, tout passe, eicepté un nom honorable.. . — Je vous comprends : Emile recevra le mien, c'était mon projet. Ilaélé malheureux, son adoption réparera son abandon. » — Ah ! mon père, je ne puis vous dire. .. — Ne m'interrompez pas. — « Je n*ai jamais manqué à ma parole, reprit le comte; je m'engage d'honneur avec vous ; mais, en vous donnant mon consentemeot pour ce mariage, je crois qu'il est convenable qu'il soit remis jusqu'après Taccomplissement de cette formalité, à laquelle vous avez des raisons trop puissantes de tenir pour que j'aie besoin d'insister. »
M Cet avis était le mien. Nous nous sommes quittés en nous serrant la main avec une vieille amitié; c'est une affaire terminée. Mon cher Emile, pour un vieux' soldat, comment trouvez-vous que je me sois acquitté de ma mission de négpciateur ? — Je cherche une expression pour ma reconnaissance. — Il ne s'agit pas de reconnaissance ; vous êtes mon fils, c'est à moi à vous dédommager des désagré-
ments qu'on cherche à vous susciter. Je vous sais gré de la modération que vous avez mise à l'égard d'Alphonse : c'est la preuve d'affection la plus grande que vous ayez pu me donner; je sens combien elle a dû vous coûter, et je mettrai dans le soin de vos intérêts et dans l'accomplissement de vos dé sirSj autant d'activité que vous avez montré de respect pour ma présence et de ménagement pour ma famille. Je presserai de tous mes efforts les formalités nécessaires à votre reconnaissance. Je n'ai point d'autre enfant que vous ; vous êtes majeur, j*ai soixante-neuf ans; rien n'arrêtera les démarches que je vais commencer. Emile, je serai le parrain de votre premier enfant Mais, mon ami, vous devez une visite au comte; c'est un moyen de voir' votre Mathilde, de la remercier d'un bonheur qu'il vous sera plus ^facile qu'à moi de lui exprimer. Je' vous quitte pour ne pas vous retenir.
« Les sentiments d'un vieillard ne sont pas expansifs comme ceux d'un jeune homme. Emile» à mon
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âge, on n'aime plus, mais on a'altache; tous avez cru que moa coeur a*avait point répondu à Vêffd du vôtre : je vous le répète, à mon âge la froîdeur n*est pafi toujours de rinsensibtlité, et à soixante ans, ce n'est pas par Te&altatioa qu'une vive affection se prouve, c'est par le dévouement. Mon ami, je vous quitte,^ mais c'est pour aUer m'occuper de vous. M
Je suis bien jeune, et j'ai beaucoup souffert. Je connaissais la souffrance à l'âge où 1^ jeunes gens ne connaissent encore que le plaisir. Mon existence a commencé par le regret ; mais je ne me souviens plus de mes peines que pour mieux apprécier mon bonheur» MathiMe, je suis hemreuxl c'est la pre- Mîère fois que mon âme s'Ottvre à l'espévaaee et
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qu'il jouit du plaisir sans amertume. Vous m*^»partiaidret : qm de pensées! mou amie, cootioit ce mat... Ce a'esl pas celui d'un maiire désireux d'essayer sa puissaoce et de- faire subir soA joug ; non» Malbilde, en m'appartenant, yùus me donnerez une nouTelie existence. Une femme dont on est aîmé est une yanité, une femme que l'en aime est um religion s vous serez tout pour moi, existence, ranité, religion, iMmheur, tout. Mon amie, quelques jours encore éloignent l'instant où je vous appellerai ma femme ; ces quelques jours sont un siècle, que les plus doux projets essayent vainement de franchir, un vide que je cherche à combter de tous mes souvenirs épars que je réunis en faisceaux. Mats, alors même qu'il est dominé par le sentiment le plus vif, l'homme ne se dépouille jamais entièrement de s<m égoisme. En commençant ce récit de ma triste existence, je n'avais eu la pensée, mon amie, que d'éclairer votre seosibUité Bairve, de la préparer aux combats qWelie
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aura à soutenir» et je ne vous ai parié que de moi. Ce mot égoïste se retrouve à toutes les pages, à toutes les lignes; je crois que, pour les tracer, ma main profitait des absences de mon esprit et de mon cœur, qui toujours étaient près de vous ; car. Mathilde, je vous le jure, le sacrifice de ma vie ne me coûterait rien à faire au bonheur de la vôtre.
Je ne vous ai parlé que de mes souffrances, quand mon seul dessein était de vous fortifier contre les séductions dont vous serez environnée, contre les adulations qui vous seront prodiguées, car les hommes ne les épargnent même pas aux femmes qu'ils méprisent. Mon amie, il faut qu'une femme soit bien pénétrée du sentiment de ses devoirs, pour résister au ridicule dont ce mot devient l'objet de la part des hommes, dès qu'il forme un obstacle à leurs désirs; mais, Hathilde, je ne compte pas seulement sur la sévérité de vos principes, je compte encore sur la bouté de votre cœur : vous serez effrayée de la seule pensée que d'un instant d'entraînement
dépend l'existence d'un pauvre petit être voué pour toute sa vie au malheur et à la honte I
Hoa anûe, un instant suffit pour perdre Testime de soi-même: la vie est un mont escarpé, les hommes ont le choix de le gravir ou de le des* cendre : des fatigues menacent ceux qui entreprennent de le gravir, mais un repos doux comme le bonheur les attend au sommet; c'est le calme d'une conscience modeste qui n a nul reproche à s*adresser et qui jouit du bien qu'elle fait sans en être enorgueillie. Mathilde, l'homme n'a pas besoin d'efforts pour descendre le revers de ce mont ; ceux qu'il ferait pour se retenir seraient inutiles, il est précipité... Un gouffre l'attend, qui se cache sous des fleurs... La première faute, mon amie, nous entrsdne toujours : la première victoire sur nousmëme est la plus difficile ; mais* il ne faut avoir connu qu'une fois la jouissance qu'elle donne, pour qu'il soit impossible de lui préférer un de ces plaisirs plus rapides que vifs, qui font parfois expier
Tentrainement d'un histant par le malheur de toale layie.
Il n'y a de bonbeur, Mathilde, que dans la vertu. Nos mœurs, en essayantde contredire cette maxime, la confirment; elles sanctionnent ainsi la yérité d'une asssertion qui est fondée dans tous nos livres de morale. Nous en avons de sublimes, mais les préceptes qu'ils contiennent sont vains ; non que nous en contestions la yérité théorique, mais nous les traitons comme des rêveries métaphysiques, parce que nous les jugeons d'après notre lâche conduite, tandis que ce seraient eux qui devraient la régler.
Le temps de la métaphysique a passé. La morale ne doit plus être qu'une démonstration mathématique dans un siècle où tout se réduit au positif des intérêts ; ce ne sont plus des préceptes qu'il faut, ce sont des exemples. La morale a changé de nom, elle s'appelle maintenant statistique : c'est de la comparaison seule des faits que la vérité doit désormais jaillir. Interrogeons la société, nous verrons souvent
lâ fortune s'élever sur les débris de rhanneur ; mais pénétrons dans ies intérieurs, dans les consciences, et nous verrons si c'est en abjurant la délicatesse que Ton atteint le bonhaur. Le bonheur et la prospé* rite sont deux expressions distinctes, aussi différentes que restime de la foule est différeate de Testime de soi-même : Tune s'égare souvent, l'autre ne trompe jamais. On ne jouit de la première qu'avec inquiétude, on goûte l'autre sans mélange. Il esrt vrai, la prospérité devient rarement lâ récompense de la vertu; mais jamais, >amais H n'exista de bonheur qu'il ne fût mérité : ainsi que le fard qui cache les rides sans les faire disparaître, quelques jouissances peuvent un instant dérober le trouble de la conscience, mais non point l'apaiser. Ces réflexions, Mathilde, auxquelles je m'abandonne, sont tristes et sévères; et peut-être vous parsdtrai-je me dé&er du bonheur quand je ne devrais penser qu'à en retracer Timage. Non, mon amie, noa; je veux seulement assurer le v6tre
contre les atteintes qui le menacent, et vous êtes trop au-dessus du soupçon pour craindre l'offense ?
Ma position m'excuse, si j'ai parlé avec trop d'amertume des faiblesses d'un sexe obligé de lutter sans cesse contre ia force et l'adresse du nôtre. J'ai dû vous rappeler l'histoire de ma vie pour vous montrer toutes les conséquences d'une seule faute, et ma rigidité a pour cause mon amour pour vous. Excusez, Hathilde, le désordre de ces pensées, de ces pages ; c'est le fruit de quinze nuits de veilles. Mes yeux pouvaient^ils se fermer, pouvais-je m'endormir après avoir acquis le droit de vous aimer et de vous le dire? — Vous espérer est un rêve trop plein de délices pour que j'aie laissé le sommeil l'interrompre.
J'avais besoin de remplir ces veilles. A des fragments écrits dans d'autres temps, j'ai réuni des souvenirs nouveaux. Je n'ai point eu le projet, Mathilde, de faire un livre : rappeler une dernière fois toutes les souffrances que vous me faites ou-
blier, c'est vous dire tout le bonheur que je vous dois. L'expérience du malheur m'a donné, mon amie, le droit de vous offrir mes conseils ; le désir de mériter votre confiance par la confiance la plus absolue de mon cœur a conduit ma plume rapide, qui jamais ne s'est arrêtée pour effacer un mot. Mathilde^ j'attends le jour qui doit nous unir. Vous trouverez dans votre corbeille les feuillets sur lesquels ma main convulsive a écrit ces fragments ; ils furent écrits so\is l'impression, sous le sentiment 4a moment : en lui survivant, ils ont conservé le désordre des pensées diverses qui les ont fait naître. Mathilde, nous lirons ensemble ces fragments; TOUS excuserez leur incorrection, vous me dicterez vos réflexions ; tous les deux, nous ajouterons à ces feuillets nos idées, nos observations, nos souvenirs, nos projets; plus tard nous les relirons, nous y joindrons de nouveau les pensées nouvelles que
Texpérience aura fait naître en nous. Mon amie,
« nous les relirons encore, et si un jour l'un de nous
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outragéail son bonheur» oubliât ses deToirs, une de ces pages rarracherait à son erreur.
« Est-ce que la douleur est pour vous un élément? — Non, Mathilde, ce n'est qu'une habitude, — C'est qu'il semble que vous n'ayez de jouissance qu'à vous désespérer l Quand vous n'avez pas de tourments, vous vous en créez d'imaginaires. Est-il juste d'accueillir si facilement toutes les craintes et de repousser avec tant de dureté l'es^pérance? — J'ai un mauvais caractère, je le crains. — Je ne vous adresserais point de reproches, » avez-vous ajouté, Mathilde, avec un sourire charmant dont mon âme a conservé l'empreinte, « si vous n'aviez qu'un mauvais caractère. L'homme ou la femme qu'on aime n'ont jamais que des défauts doux à
excusa; maïs vous avez un caractère malheureux, et, quand il s'agit de votre honheor, j'ai le droit d*être sévère, n'est-ce pas? De toutes les peines qa'iQvenle votre imagination inquiète, est-ce que
mon cœur n'en ressent pas la moitié ? — Je suis ingrat ! — Non, vous êtes injuste. C'est demain que la cour prononce Tarrêt qui doit vous rendre le nom qui vous appartient, tous vos droits de fils, et lever les obstacles qui nous séparent encore : pourquoi cette inquiétude dans vos regards ; pourquoi se tour- . menter ainsi à Pavance d'une décision qui ne peut être douteuse et qui satisfera nos vœux et nos désirs? Auriez-vous pour moi quelques secrets ? — Mathilde, il n'est aucune de mes pensées que je puisse vous
taire, il n'en est aucune que je ne ne puisse vous avouer ; mais ce soir je souffre, je ne me sens pas bien. — Vous êtes pâle; ce que je vous ai dit, Emile, vous aurait-il blessé? — Mathilde, il ne faudrait qu'un mot de vous pour me doimer la mort; mais être Uessé de si tendres reprochas, pouvez-
VOUS le croire? — Vous ne m'en voulez donc pas? ~ Vous êtes tout pour moi ! — Mais Emile, vous tremblez? — J'ai besoin de me retirer. — Seul? — Oui, seul. — Emile? — Mathilde? — Dans une affection partagée, une souffrance est un lien de plus. — A demain, Mathilde. — A demain, Emile. — A demain.
Mon cœur n'est point ingrat, injuste ; mon imagination n*est point inquiète; je suis calme, j'espère!.... Qu'ai-Je à craindre? Cet arrêt!... dois-je le redouter ? Peut-on refuser à un père le droit de reconnaître son fils, de réparer envers lui des torts cruels? Cette réparation, la morale la réclame; des magistrats s'y opposeraient-ils ? A mesure que le moment approche, mon trouble augmente; mais
j'espère, oui, je veux espérer. Mon bonheur peut-il m^échapper? Si les juges cependant prononçaient contre moi, Matbilde, je vous perdrais sans retour. L'assassin a le droit de se pourvoir contre le juge* ment qui le condamne. Ce droit, à moi, m'est refusé ; la loi, par une exception unique et inique, dispense ses interprètes de motiver une décision dont va dépendre tout le bonheur de mon existence. Bonheur, tu ne peux m'échapper, car tu entraînerais ma vie dans ta fuite, je te suivrais* La loi I elle me poursuit depuis le berceau, elle me proscrit dans mes sentiments ; ce qui pourrait m'aider à réparer les torts de ma naissance m'est refusé. Tout, tout, jusqu'à la chance d'acquérir un nom^ quand mes parents m'ont frustré du leur, que dis-je 7 du mien. Le travail de mes mains est le seul qu'on me permette ! que dis-je, permettre ? on m'y contraint. Et cette faute de mes parents dont je suis innocent, comment la punit-on T en faisant retomber sur moi tout le poids de leur inconduite, en accumulant sur
ma tète le châtiment et Fopprobre ; et encore cette même loi qui flétrit mon existence n'oblige-t-elle mes parents qu'à me donner un métier! 0 justice! A justice I n'ai-je pas acquis le droit de te craindre? Suis-je coupable pour être traité comme un crimi- | ne! 7 Suis-je coupable pour que la loi marque mon I front du sceau de la réprobation et me condamne à un métier forcé ?
On m'enlève contre mes parents toutes les armes que me donne la nature. On me dépouille de tous mes droits. La recherche de la paternité m'est interdite. Faites donc taire mon cœur ; arrètez-en les battements, vous qui depuis ma naissance me poursuivez avec tant d'alchamement; abreuvez-vous du sang qui coule dans mes veines. L'abandon ne le glacera plus. Il cessera de s'irriter du crime et de la honte qui le troublent et le souillent. Désaltérezvous, tarissez*le jusqu'à la dernière goutte. Puisque vous dédaignez le sang impur des coupables, prenez tout celui de Tinnocent Protégez donc ce père
contre les cris d'un enfant qu'il abandonne ; étouffez les soupirs de cet enfant; condamnez ses plaintes, punissez-le de ses larmes ; repoussez ce fils qui vient vers vous réclamer une mère. Laissez languir dans l'abandon, avilir et dévorer par la misère cette victime, cette créature, ce bâtard, repoussé ignominieusement du somptueux hôtel de son père par des valets qui devraient le servir et qui le chassent- Attendez que le désespoir Tait dégradé, ou laissezle périr de faim. A-t-il de Targent pour salarier des avocats et des juges ? Il n'en a pas pour avoir du pain I Qu'il renonce à obtenir de sa mère l'aumône alimentaire qu'un jugement seul peut lui arracher, quand il n'est point de dédommagements qu'elle ne lui doive. Sa mère!... Il y a longtemps que les remords de sa conscience sont perdus dans le bruit des plaisirs de l'opulence, étouffés daus la foule des jouissances que donne la fortune. Un fils 1 peut-être l'a-t-elle oublié. Et comment s'en souviendrait-elle ? If est vrai qu'un instant Tamour pour le père fit
donner des soins >au fils. Mais le père a été remplacé. Dans le nombre, elle ne se souvient plus de son nom, et le fils alors a été laissé entre les mains mercenaires qui l'avaient reçu... Qu'elles l'aient gardé ou qu'elles l'aient abandonné... que lui importe ! Mais que, dans un instant d'oubli, cette mère ait laissé entre les mains de son fils les preuves d'une maternité qu'elle nie, cet oubli est le seul tort qu'elle se reproche envers lui ; que, pressé par le besoin et l'iodignarion, ce fils demande des secours, qu'il surmonte tous les obstacles que les tribunaux lui opposent, et qu'il obtienne enfin de sa mère une pension qu'elle lui refuse, tout le scandale d'un procès qu'il gagnera retombera sur lui ; sur lui seul pèsera la rigueur de l'opinion. On recherchera sa mère pour la plaindre; on s'éloignera de lui, on le fuira. Vis-à-vis de ses parents, un fils a des droits à réclamer, la nature les lui donne ; en retour, des devoirs lui sont imposés. Mais le respect et la reconnaissance ne doiyent être que le prix de leurs soins, j'y consens :
que les obligations soient mutuelles» que la naissance soit un contrat qui engage également l'enfant et les parents ; mais que l'opinion ne soit plus injuste en repoussant celui-là seul qui a souffert pour tous.
^ Il ne manque plus qu'un temple à Tadultère ; un asile est ouvert au vice. Qu'on y porte, qu'on y entasse toutes ses victimes. Vincent de Paul ! ta bienfaisance a trompé tes généreux desseins : c'est en aidant le vice qu'on multiplie les coupables et les victimes. Il est plus humain de laisser périr ces créatures avant qu'elles ouvrent les yeux. Qu'une raère immole à sa réputation, qu'elle n'a pas craint d'outrager, le fruit de ses entrailles, le fruit qu'elle ' a porté neuf mois dans son sein, n'arrêtez pas sa main qui s'apprête. Ailleurs ce fils la retrouvera et la remerciera de la mort à défaut de la vie. L'abandon est plus cruel que le néant. Peut-être un cri obtiendra-t-il pitié T peut-être reculera- t-elle d'effroi
devant la pensée d'un meurtre? Alors, en donnant
des soins à son fils, cette mère s'y attachera; peutêtre un jour, en l'embrassant, ses yeux se jsaouilleront-ils des larmes de la joie? Le passé n'apportera pas de remords, n'excitera pas de regrets ; son cœur, son orgueil satisfaits, récompenseront son dévouement; elle se félicitera d'avoir laissé Texistence à l'ètce ûmocent çpù, ne U lui avait pas demandée et d'avoir sacrifié une fausse honle à l'honneur vrai; car, après un oi^age à la vertu, l'honneur est eocoredans la réparation. Mais, an contraire, si cette malheureuse créature a été égorgée, si elle a péri de hesoin ou de froid, elle n'aura soufiiert qu'na iofitant. Magistrats, je vous interpelle : défendez cette loi, votre ouvrage, qui nous poursuit dès le berceau. Pourquoi cette rigueur contre nons, quine devrions exciter que la pitié? — Le r^os» l'hc^eor des lamiUes l'exigent? dites- vous. — Magistrats i jgBorez-vous donc qu'en ne piiBâssant que les victimes, vous eneouragez tes coupables* wu les mulUidiez.? Quel frein les arrêtera? œ a'«£ft pas le
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myheiir d'un enfuit» puisqu'il est abandouiét dé^ pooiUé dtt nom qin itti «ppartieat, pcivé des ^soias (fa*il idevrait jnecef oie Pour les reteidr^ puisque la nature et la eoDsckacejsoat iiapuissantes» puisque l'opîftîQD ne fait pas justice de ces parents qui sacrifient à .ttii instant de plaisir tous ies aratiineats^ ou ^oBt la délicatesse ne sait pas réparer un instant d'^aindoemeat et d'eiièli, il fallait au contraire les intéreaser danaleiiepos/^aAs riio&neur de leurs familles. Alors ces familles, se reposant ai;gourd'hui à Tombre de leur non-solidarité, auraient, en devenant responsables vis-à-vis de la société, exercé une surveillance salutaire dont les mœurs se seraieoi ressenties. On se jouerait moias communément de ianaissanœ d'un enfant, du boAheur de son existence, 6*il y allait de rbonneur d'une famille, si le scandale retombait sur elle. Que le mot de scandale n'effraye pas : pour corriger des nuBurs lâches, il n'est rien qu'un moyen, <;'est la publicité. Que ce quiwt kniteux et vil Je paraisse. Pour dégoûter 4u
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vice, i) faut en montrer la laideur : nous n'avons dans nos principes si peu de sévérité que parce que nous mettons dans de frivoles convenances toute notre rigidité, dans des convenances et des dehors qui ne sont qu'un masque hypocrite sous lequel la société cache sa bassesse et son avilissement. Pour qui n'a pas de vertu, la pudeur n'est que de la daplicité. Loin delà, loin de là, nos lois, dignes de dos mœurs, enlèveront peut-'ètre au père qu'un repeotir tardif rend à la nature le droit de reconnaître soo fils, de lui donner son nom. Cela ne peut être! je m'égare ; cela ne peut être assurément I Mathilde, vous l'avez dit, mon caractère est malheureux : je me tourmente à plaisir; un désordre d'idées, de pressentiments, trouble mon imagination. J'ignore ce que j'ai écrit; je ne veux point le savoir: ma défiance insulte à mon bonheur. Celui qui ne sait pas espérer n'est pas digne de jouir; j'espère donc. Peut-être en ce moment l'arrêt qui décide de mon sort est-il prononcé. Je l'attendrai avec confiance.
Une douleur m'attache à ces lignes, à ce papier, j'essaye vainement de m'en éloigner; il semble que ma pensée ne soit encore exprimée qu'à mpitié et que l'autre me retienne. Quittons ces fragments qu'une dernière larme vient mouiller. C'est près de Hathilde que je veux apprendre l'arrêt qui va nous réunir. Je veux voir sur ses lèvres le sourire du bonheur, je veux chercher dans ses regards l'ex* pression d'un amour dont rien ne retiendra plus l'aveu. Je veux qu'elle jouisse de mon délire. Ah I ' Hathilde, un instant, et je suis près de toi I