LIVRE IV 3.W
Enfin , plus je m'efforce de coulempler sou essence infinie , moins je la conçois ; mais elle est , cela me suffit : moins Je la • conçois , plus je l'adore. Je m'humilie , et lui dis : Être des êtres , je suis parce que lu es ; c'est m'élever à ma source que de te méditer s^tns cesse. Le plus digne usage de ma raison est de s'anéantir devant toi : c'est mon ravissement d'esprit , c'est le charme de ma faiblesse , de me sentir accablé de ta grandeur.
Après avoir ainsi , de l'impression des objets sensibles et du sentiment intérieur qui me porte à juger des Ctiuses selon mes lumières naturelles, déduit les principales vérités qu'il m'importait de connaître , il me reste à chercher quelles maximes j'en dois tirer pour ma conduite , et quelles règles je dois nr^ prescrire pour remplir ma destination sur la terre, selon l'intention de celui qui m'y a placé. En suivant toujours ma méthode , je ne tire point ees règles des principes d'une haute philosophie, mais je les trouve au fond de mon cœur, écrites par la nature en caractères ineffaçables. Je n'ai qu'à me consulter sur ce que je veux faire : tout ce que je sens être bien est bien , tout ce que je sens être mal est mal : le meilleur de tous ies casuistes est la conscience ; et ce n'est que quand on marchande avec elle qu'on a recours aux subtilités du raisonnement. Le premier de tous les soins est celui de soi-même : rependant combien de fois la voix extérieure nous dit '-qii notre bien aux dépens d'autrui nous faisons mal:
îii" > suivre l'impulsion de ia nature , et nous lui résis-
tons; on écoutant ce qu'elle dit à nos sens, nous méprisons te qu'elle dit à nos cœurs : i'étre actif obéit , l'être passif commande. La conscience est la voix de l'àme, les passions sont la voix i*u '•'iqw. Est-il étonnant que souvent ces deux langages se contre- ^•'nl? et alors iequel faut-il écouter? Trop souvent la raison mpe, nous n'avons que trop acquis le droit de la recuis 1.1 conscience ne nous trompe jamais ; elle est le vrai nie k\o rhomme ; elle est h l'àme ce que l'instinct est au corps' ;
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qui là suit obéit à la nature , et ne craint point de s'égarer. Ce point est important, poursuivit mon bienfaiteur, voyant que j'allais l'interrompre : souffrez que je m'arrête un peu plus à l'éclaircir.
Toute la moralité de nos actions est dans le jugement que nous en portons nous-mêmes. S'il est vrai que le bien soit bien , il doit l'être au fond de nos cœurs comme dans nos œuvres ; et le premier prix de la justice est de sentir qu'on la pratique. Si la bonté morale est conforme à notre nature, l'homme ne saurait être sain d'esprit ni bien constitué , qu'autant qu'il est bon. Si elle ne l'est pas , et que l'homme soit méchant naturellement , il ne peut cesser de l'être sans se corrompre , et la bonté n'est en lui qu'un vice contre nature. Fait pour nuire à ses semblables comme le loup pour égorger sa proie , un homme humain serait un animal aussi dépravé qu'un loup pitoyable ; et la vertu seule nous laisserait des remords.
Rentrons en nous-mêmes, ô mon jeune ami ! examinons , tout intérêt personnel à part , à quoi nos penchants nous portent. Quel spectacle nous flatte le plus, celui des tourments ou du bonheur d'autrui ? Qu'est-ce qui nous est le plus doux à faire , et nous laisse une impression plus agréable après l'avoir fait, d'un acte de bienfaisance ou d'un acte de méchanceté? Pour qui vous intéressez-vous sur vos théâtres? Est-ce aux forfaits que vous prenex plaisir? est-ce à leurs auteurs punis que vous donnez des larmes ?«
point, à la patience avec laiiiiclle il les guette queliiuefois des heur entières , et à l'iiabilcte avec laquelle il les saisit , les jette hors terre au| moment qu'elles poussent , et les tue ensuite pour les laisser là , sans qiWt jamais personne lait dressé h cette chasse et lui ait appris (ju'il y avait là des taupes. Je demande encore, et ceci est plus important, pourquoi, la première fois que j'ai menacé ce même chien , il s'est jeté le dos contre terre , les pattes rcjiliées , dans une attitude suppliante et la plus propre à me toucher ; posture dans laquelle il se fAl bien ganlé de rester , si , sans me laisser fléchir, je l'eusse battu dans cet état. Quoi', mon chien, tout petit encore et ne faisant pres(pie que de naître, avait-il acquis déjà lies idées morales? savait-il ce cpie c'était que clémence et générosité? sur quelles limiières acquises espérait-il m'apaiser, en s'abandonuaut ainsi à ma discrétion? Tous les chiens du monde font h peu près la même chose dan» le même cas, et je ne dis rien ici que chacun ne puisse vérifier. Que les philosophes , qui rejettent si dédaigneusement l'instinct, veuiheul bien expliquer ne fait par le seul jcn des sensations et des connaissancts qu'ellw nous font acquérir ; qu'ils l'expliquent d'une manière satisfaisante pour tout homme sensé ; alors je n'aurai plus rien à dire , et je ne parlerai plus dii<tinct.