‹ Émile (volume 2)Chapitre 139 sur 240 · F.MILK · texte numérisé non relu

F.MILK

el trouver les règles sures pour les discerner ; dire enfin pourquoi Dieu choisit , pour attester sa parole , des moyens qui ont euxmêmes si grand besoin d'attestation, comme s'il se jouait dfi la crédulité des hommes , et qu'il évitât à dessein les vrais moyens de les persuader.

Supposons que la majesté divine daigne s'abaisser assez pour rendre un homme l'organe de ses volontés sacrées ; est-il raisonnable , est-il juste d'exiger que tout le genre humain obéisse à la voix de ce ministre, sans le lui faire connaître pour tel? Y a-t-il de l'équité à ne lui donner, pour toutes lettres de créance, que quelques signes particuliers faits devant peu de gens obscurs , et dont tout le reste des hommes ne saura jamais rien que par ouidire? Par tous les pays du monde , si l'on tenait pour vrais tous les prodiges que le peuple et les simples disent avoir vus, chaque secte serait la bonne; il y aurait plus de prodiges que d'événements naturels ; et le plus grand de tous les miracles serait que, là où il y a des fanatiques persécutés , il n'y eut point de miracles. C'est l'ordre inaltérable de la nature qui montre le mieux la sage main qui la régit; s'il arrivait beaucoup d'exceptions, je ne saurais plus qu'en penser ; et pour moi, je crois trop en Dieu pour croire a tant de miracles si peu dignes de lui.

Qu'un homme vienne nous tenir ce langage : Mortels, je voti» annonce la volonté du Très-Haut ; reconnaissez à ma voix celui qui m'envoie; j'ordonne au soleil de changer sa course , aux étoiles de former un autre arrangement , aux montagnes de s'aplanir, aux flots de s'élever, à la terre de prendre un autre aspect. X ces merveilles , qui ne reconnaîtra pas à l'instant le maître de la nature ? Elle n'obéit point aux imposteurs; leurs miracles se font dans les carrefours , dans des déserts , dans des chambres ; et c'est là qu'ils ont bon marché d'un petit nombre de spectateurs déjà disposés à tout croire. Q\n est-ce qui m'osera dire combien il faut de témoins oculaires pour rendre un prodige digne de foi ? Si vos miracles, faits pour prouver votre doctrine, ont eux-mêmes besoin d'être prouvés, de quoi servent-ils? .\ulant valait n'en {»oint faire.

Reste enfin l'examen le plus important dans la doctrine annoncée; car, puisque ceux qui disent que Dieu fait ici-l>as des miracles prétendent que le diable les imite quelquefois, avec les prodiges les mieux attestés nous ne sommes pas plus avan-

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