LIVRE IV
l's qu'auparavant cl , puisque les magiciens de Pharaon osaient,
:i présence même de Moïse, faire les mêmes signes qu'il fai- -lil par l'ordre exprès de Dieu, pourquoi, dans son absence,
eussent-ils pas, aux mêmes litres, prélendu la même autorité? \ insi donc , après avoir prouvé la doctrine par le miracle , il faut
louver le miracle par la doctrine ' , de peur de prendre l'œuvre J'j démon pour lœuvre de Dieu. Que pensez-vous de ce diallële *? Celle doctrine , venant de Dieu , doit porter le sacré caractère de la Divinité ; non-seulement elle doit nous éclaircir les idées confuses que le raisonnement en trace dans notre esprit , mais elle 'doit aussi nous proposer un culte, une morale, et des maximes convenables aux attributs par lesquels seuls nous concevons son essence. Si donc elle ne nous apprenait que des choses absurdes et sans raison , si elle ne nous inspirait que des sentiments d'aversion pour nos semblables et de frayeur pour nous-mêmes , si elle ne nous peignait qu'un Dieu colère , jaloux , vengeur, partial , haïssant les hommes , un Dieu de la guerre et des combats , toujours prêt à détruire et foudroyer, toujours parlant de tourments, de peines , et se vantant de punir même les innocents , mon coRur
' Cela est formel en mille endroits de récriture, et entre autres dans le Deutéronome , chapitre iiu , où il est dit que si un prophète annonçant desdieiu étrangers confirme ses discoure par des prodiges , et que ce qu'il prédit arrive, loin d'y avoir ancun égard on doit mettre ce prophète à mort. Quand donc les jwîens mclt-tient à mort les apôtres leur annonçant un Dieu étranger, et prouvant leur mission [wr des prédictions et des mivaclns, je ne vois pas ce quon avait à leur objecter de solide, qu'ils ne jHissent k l'instant rétorquer contre nous. Or, que faire en pareil cas? L'ne seule chose : revenir au raisonnement, et laisser là les miracles. Mieux eftt valu n'y pas recourir. C'est là du bon sens le plus simple, qu'on n'obscurcit qu'à force de distinctions tout au moins très-subtiles. Des tnbtiiités dam le dirisUanisme : Mais Jésus-Christ a donc eu tort de proaellre le coytnne des cieux aux simples; il a donc eu tort de commencer les plus beaux de ses discours par féliciter les pauvres d'esprit, s'il bat tant d'esprit pour entendre sa doctrine et jwur a|4)ren«lre à croire en lui. Quand vous m'aurez prouvé que je dois me soumettre , tout ira fort bien : mais [wur me prouver cela , mettez-vous à ma |)orlée ; mesurez vos raisonnements à la ca|>acit<'' d'im pauvre d'esprit . ou je ne reconiui» plus en vous le vrai disciple de votre maître , et ce n'est ym sa doctrine que vous m'annoncez.
• On appelle ainsi en logique l'argument par leqwl on fait Tolr le cercle vicieux résulUnt d'un raisoiinciii' .^Tune cliose in-
ceitainc et otwcurc par une auti • l mU , puis cette
seconde par la premiiTC. l-c diai.. . . ..^. .:..;.:. i !.i. ri des tceptiquct
ou pyrrhonicns. e< le plus formidable, dit Ba>le. de toos ceux qu'ils emploient contre le* d<>sinaliques. {MoU dt V. Pttitain.)
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ne serait point attiré vers ce Dieu terrible, et je me garderais de quitter la religion naturelle pour embrasser celle-là; car vous voyez bien qu'il faudrait nécessairement opter. Votre Dieu n'est pas le notre , dirais-je à ces sectateurs. Celui qui commence par se choisir un seul peuple et proscrire le reste du genre humain n'est pas le père commun des hommes; celui qui destine au supplice éternel le plus grand nombre de ses créatures n'est pas le Dieu clément et bon que ma raison m'a montré.
A l'égard des dogmes, elle me dit qu'ils doivent être clairs, lumineux, frappants par leur évidence. Si la religion naturelle est insuffisante, c'est par l'obscurité qu'elle laisse dans les grandes vérités qu'elle nous enseigne : c'est à la révélation de nous enseigner ces vérités d'une manière sensible à l'esprit de l'homme, de les mettre à sa portée , de les lui faire concevoir, a(in qu'il les croie. La foi s'assure et s'affermit par l'entendement ; la meilleure de toutes les religions est infailliblement la plus claire : celui qui charge de mystères , de contradictions , le culte qu'il me prêche, m'apprend par cela même à m'en délier. Le Dieu que j'adore n'est point un Dieu de ténèbres , il ne m'a point doué d'un entendement pour m'en interdire l'usage : me dire de soumettre ma raison , c'est outrager sou auteur. Le ministre de la vérité ne tyrannise point ma raison , il l'éclairé.
Nous avons mis a part toute autorité humaine, et, sans elle, je ne saurais voir comment un homnie en peut convaincre un «utre en lui préchant une doctrine déraisonnable. Mettons un moment ces deux hommes aux prises, et cherchons ce qu'ils pourront se dire dans celte àprele de langage ordinaire aux deux partis. l'inspiré.
La raison vous apprend que le tout est plus grand que sii partie ; mais moi je vous apprends, de la part de Dieu, que c'est la partie qui est plua grande que le tout.
LK UAlSONNEUll.
151 qui otes-vous pour m'oserdire que Dieu se contredit? et à qui croira:-je par préférence , de lui qui m'apprend par la raison les vérités étoniollos , ou do vous (\m m'annoncez de sa part une absurdité i
l.'lNSl'lUK.
A moi , car mou instruction est plus positive ; et je vais vous prouver invinciblement que c'est lui qui m'envoie.