LIVRE IV
royale s'efface de tous les cœurs , que les rois ne se font plus obéir
"1 i force de troupes, et que le respect des sujets n'est que dans
rainle du châtiment. Les rois n'ont plus la peine déporter leur
lème, ni les grands les marques de leurs dignités; mais il faut
lir cent mille bras toujours prêts |)our faire exécuter leurs or-
-N. Quoique cela leur semble plus beau peut-être, il est aisé de
r qu'à la longue cet échange ne leur tournera pas à profit.
' le que les anciens ont fait avec l'éloquence est prodigieux :
s cette éloquence ne consistait pas seulement en beaux dis-
:rs bien arrangés; et jamais elle n'eut plus d'effet que quand
iteur parlait le moins. Ce qu'on disait le plus vivement nes'ex-
loait pas par des mots , mais par des signes ; on ne le disait pas,
ic montrait. L'objet qu'on expose aux yeux ébranle l'imagina-
1 , excite la curiosité, tient l'esprit dans l'attente de ce qu'on
lire; et souvent cet objet seul a tout dit. Thrasybule et Tar-
ri coupant des têtes de pavots , Alexandre appliquant son sceau
la bouche de son favori , Diogéne marchant devant Zenon , no
: lient-ils pas mieux que s'ils avaient fait de longs discours?
1 circuit de paroles eût aussi bien rendu les mêmes idées? Da-
> , engagé dans la Scy thie avec son armée , reçoit de la part
roi des Scythes un oiseau , une grenouille , une souris , et cinq
lies. L'ambassadeur remet son présent , et s'en retourne sans
1 dire. De nos jours cet homme eut passé pour fou. Cette ter-
0 harangue fut entendue , et Darius n'eut plus grande hâte que
regagner son pays comme il put. Substituez une lettre à cec
signes , plus elle sera menaçante , et moins elle effrayera ; ce ne
sera qu'une fanfaronnade, dont Darius n'eût faire que rire.
Que d'attention chez les Romains à la langue des signes l Des Vêtements divers selon les âges, selon les conditions; des toges , ^ saies , des prétextes , des bulles, des laticlaves , des chaires , des licteurs , des faisceaux , des haches , des couronnes d'or, dherbet, de feuilles, des ovations, des triomphes : tout chez eux iUit appareil, représentation, cérémonie, et tout faisait impression
vénitien . mal^é la chute de l'État , jooit-ii encoro , sous l'appareil de son antique ntajesté , de toute l'arrection , de toute l'adoration du (leaple ; et . aprr» 1^ fkaj"? omé de sa tiare, il n'y a jrtit rtir ni roi. ni potentat, ni *»"'' if aussi resjiecléiine letl" » . sans |)ouvoir. sjn->
■"' t)du sacré par m p<iinp«- . us «a corne ducale.
■•"' 1.. fo.-.T,,. ( ..tf- ,- ■ ■!„ ^iu àiiivviitaure , qui fait Unt
nre l» sou. (< ; l,. Venise tout son sang pour le
mainUen (le H>ri i ut.
jyo EMILE.
sur les cœurs des citoyens. Il importait à l'État que le peuple s'assemblât en tel lieu plutôt qu'en tel autre , qu'il vit ou ne vit pas le Capitole; qu'il fût ou ne fût pas tourné du côté du sénat ; qu'il délibérât tel ou tel jour par préférence. Les accusés changeaient d'habit, les candidats en chanu:eaient; les guerriers ne vantaient pas leurs exploits, ils montraient leurs blessures. A la mort de César, j'imagine un de nos orateurs, voulant émouvoir le peuple, épuiser tous les lieux communs de l'art pour faire une pathétique description de ses plaies, de son sang, de son cadavre : Antoine, i|uoique éloquent, ne dit point tout cela ; il fait apporter le corps. Quelle rhétorique !
Mais celte digression m'entraine insensiblement loin de mon sujet, ainsi que font beaucoup d'autres, et mes écarts sont trop fréquents pour pouvoir être longs ettolérables : je reviens donc.
Ne raisonnez jamais sèchement avec la jeunesse. Revêtez la raison d'un corps , si vous voulez la lui rendre sensible. Faites passer par le cœur le langage de l'esprit, afin qu'il se fasse entendre. Je le répète , les arguments froids peuvent déterminer nos opinions, non nos actions ; ils nous font croire et non pas agir : on démontre ce qu'il faut penser, et non ce qu'il faut faire. Si cela est vrai pour tous les hommes, à plus forte raison l'est-il pour les jeunes gens encore enveloppés dans leurs sens, et qui ne pensent qu'autant qu'ils imaginent.
.le me garderai donc bien , même après les préparations dont j'ai parlé, d'aller tout d'un coup dans la chambre d'Emile lui faire lourdement un long discours sur le sujet dont je veux l'instruire, .lo commencerai |)ar émouvoir son imagination : je choisirai le temps, le lieu, les objets les plus favorables à l'impression que je veux faire : j'appellerai , pour ainsi dire, toute la natuiT ;i témoin de nos enlreli(Mis; j'attesterai l'Être éternel, dont elle est rou-'* vrage, de la vérité de mes discours; je le prendrai pour juge en-] Ire Emile et moi; je mart|uerai la place où nous sommes, les ro-' chers, les bois, les montagnes qui nous entourent, pour monuments de ses engagements etdes miens; je mettrai dans mes yeux, dans mon accent , dans mon geste , l'enthousiasme et l'ardeur que je lui veux inspirer Alors je lui parlerai et il m'ctoutera.jc m'attendrirai et il scri ému. En me |)cuclrant de la sainteté de mes devoirs, "je lui rendrii les siens plusrespectaoles ; j'animerai la force du raisonnement d'images et de figures ; je ne serai point long et diffus