‹ Émile (volume 2)Chapitre 16 sur 240 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

sienne , il en conserve mieux sa nature , et devient moins sujet à la putréfaction. Si ion regarde à la quantité, chacun sait que les farineux font plus de sang que la viande ; ils doivent donc faire aussi plus de lait. Je ne puis croire qu'un enfant qu'on ne Rèvrerait point tro|) tôt , ou qu'on ne sèvrcrait qu'avec des nourritures végétales , et dont la nourrice ii^ vivrnit atissi que de végétaux , fut jamais sujet aux vers.

Il se peut que les nourritures végétales donnent un lait plus prompt à s'aigrir ; mais je suis fort éloigné de regarder le lait aigri comme une nourriture malsaine : des peuples entiers qui n'en ont point d'autre s'en trouvent fort bien, et tout cet apiiareil d'ahsorbanls me parait une pure charlatanerie. Il y a des tempéraments .nuxquels le lait ne convient point , et alors nul absorbant ne If leur rend supportable ; les autres le supportent snns absorbants. On craint le lait trié ou caillé : c'est une folie , puisqu'on sait que le lait se caille toujours dans l'estomac. C'est ainsi qu'il de\ient im aliment assez solide pour nourrir les enfants et les petits des animaux : s'il ne se caillait point , il ne ferait que passer, il ne les nourrirait pas '. On a beau couper le lait de mille manières, user de mille absorbants, quiconque mange du l.iit digère du fromage ; cela est sans exception. L'estomac est si bien fait pour cailler le lait , que c'est av«c l'estomac de veau que se fait la présure.

.le pense donc cpi'au lieu de changer la nourriture ordinaire des nourrices , il suffit de la leur donner plus abondante et mieux choisie dans son espèce. Ce n'est pas par la nature des aliments que le maigre échauffe , c'est leur assaisonnement seul qui les rend malsains. Réformez les règles de votre cuisine , n'ayez ni ronx ni friture ; que le beurre , ni le sel, ni le laitage , ne passent point sur le feu ; que vos légumes cuits à l'eau ne soient assaisonnés qu'arrivant tout chauds sur la fable ; le maigre , loin d'échauffor la nourrice, Ini fournira du lait on abondance et de la meilleure nlité \ Se pourrait-il que, le réjdme vcaétnl étant reconnu le

' Bien que les suoB qui nous nourrissent soient en liqueur, ils doivciu '■•Irc eiprimés «l'aliment!! soli(le,s. i:n liomtne au Irnv.nil qui ne \ivrait «ine d" l>onillon tl('(>(<rirail trt"«.pronipleinent. Il w souli^mlrait lie.iuenuii mieux avee <lii lait . parce qu'il s«' e.iille.

(>u\ <|ui \ou'lrfmt .Ululer plus au lnuf; les av.inlases et les incoiivt'nients du r(»sime pylhagoricicn |>ourront consulter le» IraittM que les doet«ir^ Coechi et Rianrhi . «m adverwire. ont faits «nr cet important sujet.

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meilleur pour l'cnfanl, le régime animal fût le meilleur pour la nourrice? II y a de la contradiction à cela.

C'est surtout dans les premières années de la vie que l'air agit sur la constitution des enfants. Dans une peau délicate et molle il pénètre par tous les pores, il affecte puissamment ces corps naissants; il leur laisse des impressions qui ne s'effacent point. Je ne serais donc pas d'avis qu'on tirât une paysanne de son village Pour l'enfermer en ville dans une chambre et faire nourrir l'enfant cnez soi; j'aime mieux qu'il aille respirer le bon air de la campagne que le mauvais air de la ville. Il prendra l'état de sa nouvelle mère , il habitera sa maison rustique , et son gouverneur l'y suivra. Le lecteur se souviendra bien que ce gouverneur n'est pas un nomme à gages ; c'est l'ami du père. Mais quand cet ami ne se trouve pas , quand ce transport n'est pas facile , quand rien de ce ({ue vous conseillez n'est faisable , que faire à la place , me dirat-on ?... Je vous l'ai déjà dit , ce que vous faites; on n'a pas besoin de conseil pour cela.

Les hommes ne sont point faits pour être entassés eu fourmilières , mais épars sur la terre qu'ils doivent cultiver. Plus ils se rassemblent , plus ils se corrompent. Les inlirmités du corps , ainsi que les vices de l'àme , sont l'infaillible effet de ce concours trop nombreux. L'homme est de tous les animaux celui qui peut le moins vivre en troupeaux. Des hommes entassés comme des moutons périraient tous en très-peu de temps. L'haleine de l'homme est mortelle à ses semblables : cela n'est pas moins vrai au propre qu'au ligure.

Les villes sont le gouffre de l'espèce humaine. Au bout de quelques générations les races périssent ou dégénèrent ; il faut les renouveler, et c'est toujours la campagne qui fournit à ce renouvellement. Envoyez donc vos enfants se renouveler, pour ainsi dire, oux-mémes , et reprendre au milieu des champs la vigueur qu'on perd dans l'air malsain des lieux trop peuplés. Les femmes grosses qui sont à la campagne se hâtent de revenir «iccoucbcr à la ville: elles devraient faire tout le contraire, celles surtout qui veulent nourrir leurs enfants. Elles auraient moins à regretter (lu'elles ne pensent ; et , dans un séjour plus naturel à l'espèce , les |)Iaisirs attachés aux devoirs de la nature leur ôleraient bientôt lo goùl de ceux qui ne s'y rapportent pas.

D'abord après l'accouchement on lave l'enfant avec aueloue eau

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