‹ Émile (volume 2)Chapitre 17 sur 240 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

tie<le,où l'on mêle ordinairement du vin. Celle addition du vin me parait peu nécessaire. Comme la nature ne produit rien de fermenté , il n'est pas à croire que l'usage d'une liqueur artificielle importe à la vie de ses créatures.

Par la même raison, celte précaution de faire tiédir l'eau n'est pas non plus indispensable; cl en effet des multitudes de peuples lavent les enfants nouveau-nés dans les rivières ou à la mer sans aulre façon : mais les noires , amollis avant que de nailre par la mollesse des pères et des mères , apportent en venant au monde un tempérament déjà gàlé , qu'il ne faut pas exposer d'al)ord à toutes les épreuves qui doivent le rétablir. Ce n'est que par degrés qu'on peut les ramener à leur vigueur primitive. Commencez donc d'.il»ord par suivre l'usage, et ne vous en écartez que peu à peu. Lnvez souvent les enfants; leur malpropreté en montre le besoin. Quand on ne fait que les essuyer, on les déchire ; mais à mesure qu'ils se renforcent , diminuez par degrés la tiédeur de l'eau , jusqu'à ce qu'enfin vous les laviez été el hiver à l'eau froide et * même glacée. Comme pour ne pas les exposer il importe que celle diminution soit Icnle, successive et insensible , on peut se servir du thermomètre pour la mesurer exactement.

Cet usage du bain , une fois établi , ne doit plus être inlenompu , H il importe de le garder toute sa vie. Je le considère non-seulement du côté de la propreté et de la santé actuelle , mais aussi comme une précaution salutaire pour rendre plus flexible la texture des fibres, el les faire céder sans effort el sans risque aux «livrrs degrés de chaleur et de froid. Pour cela je voudrais qu'en grandissant on s'accoutumât peu à peu h se baigner quelquefois dans des eaux chaudes à tous les degrés supportables , el souvent dans des eaux froides à tous les degrés possibles. .Ainsi, apii> sVlre habitué à supporter les diverses températures de l'eau, qui, riant un fluide plus dense, nous touche par plus de points et nous affecte (Ltvantage, on deviendrait presque insensible à celles de l'air.

Au moment que l'enfant respire en sortant de ses enveloppes, ne souffrez pas qu'on lui en donne d'autres qui le tiennent plus à l'élroil. Point de têtières, point de Iwndes, point de maillot; des langes flottants el larges, qui laissent lous ses membres en liberté, et ne soient ni assez pesants pour gêner ses mouvements, ni asseï

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chauds pour empêcher qu'il ne seule les impressions de l'air' . Placez-le dans un graud berceau^ bien rembourré, où il puisse se mouvoir à l'aise et sans danger. Quand il commence à se fortifier . laissez-le ramper par la chambre; laissez-lui développer, élendri' ses petits membres; vous les verrez se renforcer de jour en jour. Comparez-le avec un enfant bien emmailloté du même âge, vou^ serez étonne de la différence de leurs progrès ''.

On doit s'attendre à de grandes o[)positions de la part des nourrices, à qui l'enfant bien garrotté donne moins de peine que celui qu'il faut veiller incessamment. D'ailleurs sa malpropreté devient plus sensible dans un habit ouvert ; il faut le nettoyer plus souvent. Enfin la coutume e.stun argument qu'on ne réfutera jamais on certains pays, au gré du peuple de tous les étals.

Ne raisonnez point avec les nourrices ; ordonnez, voyez faire, et n'épargnez rien pour rendre aisés dans la pratique les soins que voiis aurez prescrits. Pourquoi ne les partageriez-vous pas.^ Dan>

' Oii étouffe les enfants dans les villes, à force de les (enir renfermés »^t vfHiis. Ceux qui les gouvernent en sont encore à savoir que l'air froid , loin lie leur faire du mal, les renforce, etqne l'air chaud lesaffaiblit, leur donne lii lièvre , et les tue.

' .le dis un berceau, pour employer un mot usité, faute d'autre; car «railleurs je suis persuadé qu'il n'est jamais nécessaire de bercer les enfants, et qne cet usage leur est souvent pernicieuK. '

3 « Les anciens Péruviens laissaient les bras libres aux enfants dans un • maillot fort larse : lorsqu'ils les en tiraient , ils les niellaieut en lilierté « dans un Iron fait en terre et garni de linges , dans lequel ils les desccn- <c daicnt jusqu'à la moitié du corps : d(! celte façon ils avalent les bras li <i bres , et ils pouvaient mouvoir leur tète et flécUir leur corps à leur gré .< sans tomber et sans s(; blesser : (Ks qu'ils pouvaient faire un pas , on leur « présentait la mamelle d'un peu loin , comme un appât , jwur les obliger » k marcher. Les petits nègres sont (piehpiefois dans uiu- situation bien « plus f.iligante pour téter; ils embrassent l'une des hanches de la mère t avec leurs genoux et leurs pieds, «t ils la serrent si bien ipiils peuvent a s'y soutenir sans le secours des bras de la m rre. Ils s'attachent à la ma- « melle avec leurs mains, et ils la sucent conslanuueut siinsse dcranger et rt «ms lomlwr, malgré les différents mouvements de la mère, qui [icndaut » oc temps travaille k son ordinaire. Ces enfants commineent .1 marcher

< dès le second mois , ou plutôt à se traîner sur les genoux et sur U-s mains

< Cet exerciez leur donne (wur la suite la facihté de courir, dans cetf

< situation , pres*pie aussi vile (pie s'ils ét.iient sur leurs pitxis. » Hist. uni. tome IV. in- 12, page 192.

\ ces exi!uq>les M. de Huffon aurait pu ajouter celui de l'Angleterre . ou l'extravagante et barbare pratique du maillot s'aMil de jour eu jour. Voyez aussi laLoulxre, foyiv/e de Siaiii ; le sieur le lU>au . f'oyayn du Canada, etc. Je remplirais vingt pages de eitalion*. si j'avais 1h«soIu de confirmer ceci par des laits.

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