‹ Émile (volume 2)Chapitre 166 sur 240 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

ffssembleraienl point , et qui seraient toujours dans b nature ;

j'irais i>asser l'été à Naples , et l'hiver à Pétersbourg ; tantôt resmt un doux zéphyr, à demi couché dans les fraîches grottes de : ente; tantôt dans l'illumination d'un palais de glace, hors d'haie, et fatigué des plaisirs du bal.

le voudrais, dans le service de ma table, dans la parure de

a logement , imiter par des ornements très-simples la variété

~ saisons , et tirer de chacune toutes ses délices , sans antici-

sur celles qui la suivront. Il y a de la peine et non du goût a

ibler ainsi l'ordre de la nature ; à lui arracher des productions

olontaires, qu'elle donne à regret, dans sa malédiction, et qui,

\ant ni qualité ni saveur, ne peuvent ni nourrir l'estomac, ni

îer le palais. Rien n'est plus insipide que les primeurs; ce

4 qu'à grand» frais que tel riche de Paris, avec ses fourneaux

-es serres chaudes , vient à bout de n'avoir sur sa table toute

mée que de mauvais légumes et de mauvais fruits. Si j'avais

- cerises quand il gèle , et des melons ambrés au cœur de l'hi-

. avec quel plaisir les goûterais-je , quand mon palais n'a be

1 d'être humecté ni rafraîchi? Dans les ardeurs de la canicule ,

urd marron me serait-il fort agréable ? !e préférerais-je sortant

i poêle, à la groseille , à la fraise, et aux fruits désaltérants

. me sont offerts sur la terre sans tant de soins .' Couvrir sa

minée au mois de janvier de végétations forcées , de fleurs pâ-

et sans odeur, c'est moins parer l'hiver que déparer le pria-

lips ; c'est s'ôtcr le plaisir d'aller dans les bois chercher la prc-

re violette, épier le premier bourgeon, et s'écrier, dans un sai-

-oment de joie : Mortels, vous n'ttes pas abandonnes, la nature

I ncorc :

l 'our être bien servi , j'aurais peu de domestiques : cela a déjà (lit, et cela est bon à redire encore. Un bourgeois tire plus de li service de son seul laquais, qu'un duc des dix messieurs qui [itourent. J'ai pensé cent fois qu'ayant à table mon verre à coté tnoi , je bois à l'instant qu'il me plait ; au lieu que si j'avais un ind couvert il faudrait que vingt voix répétassent o boire! avant e je pusse étancher ma soif. Tout ce qu'on fait par autrui se t mal, comme qu'on s'y prenne. Je n'enverrais pas cher les rchands , j'irais moi-même ; j'irais (K)ur que mes gens ne trai- -^ent jMs avec eux avant moi , pour choisir plus sûrement , et ivcr moins chèrement ; j'irais pour faire un exercice agréable,

pour voii' un pou ce qui se fait hors de chez moi ; cela récrée , et quol(|uefois cela instruit : enfin j'irais pour aller, c'est toujours quelque chose. L'ennui commence par la vie trop sédentaire ; quand on va i)eaucoup, on s'ennuie peu. Ce sont de mauvais interprèles qu'un portier cl des laquais ; je ne voudrais point avoir toujours ces gens-là entre moi et le reste du monde , ni marcher toujours avec le fracas d'un carrosse , comme si j'avais peur d'être ahordé. Les chevaux d'un homme qui se sert de ses jambes sont toujours jirèts ; s'ils sont fatigués ou malades , il le sait avant tout autre; et il n'a pas peur d'être obligé de garder le logis sous ce prétexte, quand son cocher veut se donner du bon temps; en chemin mille embarras ne le font point sécher d'impatience, ni rester en place au moment qu'il voudrait voler. Enlin , si nul ne nous sert jamais si bien que nous-mêmes, fùl-on plus puissant qu'Alexandre et plus riche que Crésus , on ne doit recevoir des autres que les services qu'on ne peut tirer de soi.

Je ne voudrais point avoir un palais pour demeure ; car dans ce palais je n'habiterais qu'une chambre; toute pièce commune n'est à personne, et lachambn; de chacun de mes gens me serait aussi étrangère que celle de mon voisin. Les Orientaux, bien (|ue Irès-vo- !tq)tueux, sont tous logés et meublés simplement. Us regardent la vie comme un voyage, et leur maison comme un cabaret. Celle raison prend peu sur nous autres riciics, qui nous arrangeons pour vivre toujours; mais j'en aurais une différente qui produirait le même effet. Il me semblerait que m'établir avec tant d'appareil dans un lieu serait me bannir de tous les autres , et m'emprisonner pour ainsi dire dans mon palais. C'est un assez beau palais que le monde : tout n'est-il pas au riche quand il veut jouir? Lbi brnc, ibi patria ; c'est là sa devise; ses lares sont les lieux où l'argent peut tout, son pays est partout où peut passer son coffre-fort, comme Philippe tenait à lui toute place forte où pouvait entrer un mulet chargé d'argent '. Pourquoi donc s'aller circonscrire par des murs et par des portes, comme pour n'en sortir jamais.^ Une épidémie, une guerre, une révolte me chasse-lclle d'un lieu, je vais dans un autre, et j'y trouve mon bolel arrivé avant moi. Pourquoi prendre le soin do m'en faire un moi-même, tandis qu'on en bâtit pour moi par tout l'univers? Pourquoi , si pressé de vi-

' Un étranger siipcrlxïmcnt mi», Interrosi' dan'» Allièncs dcciuel pays fl était , répondit : Jir mh rirlie. Ci'tail, ce ine .semble, tré-i-hieu ré^tondu.

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