LIVRE V
'S prétendus défauts de dégénérer, mais gardez-vous de les dé-
.uirc.
Les femmes , de leur coté , ne cessent de crier que nous les
.ovons pour être vaines et coquettes , que nous les amusons sans
■ssc à des puérilités pour rester plus facilement les maîtres ;
les s'en prennent à nous des défauts que nous leur reprochons.
jL.ellc folie ! Et depuis quand sont-ce les hommes qui se mêlent
:■■ l'éducation de» fille»? Qui est-ce qui empêche les mères de les
cver comme il leur plait? Elles n'ont point de collèges! grand
malheur! Ehl pliit à Dieu qu'il n'y en eût point pour les garçons!
> spraicnt plus sensément et plus honnêtement élevés. Force-t-on
'S lilles à perdre leur temps en niaiseries?- Leur fait-on malgré
les passer la moitié de leur vie à leur toilette, à votre exemple?
Vous empécbe-t-on de les instruire et faire instruire à votre gré ?
! >tce notre faute si elles nous plaisent quand elles sont belles,
leurs minauderies nous séduisent, si l'art qu'elles apprennent
vous nous attire et nous flatte, si nous aimons à les voir mises
<.ec goût, si nous leur laissons affiler à loisir les armes dont
les nous subjuguent? Eh! prenez le parti de les élever comme
• s hommes, ils y consentiront de bon cœur. Plus elles voudront
ur ressembler, moins elles les gouverneront ; et c'est alors qu'ils
ront vraiment les maîtres.
Toutes les facultés communes aux deux sexes ne leur sont pas -•ilement partagées; mais prises en tout, elles se compensent. La inme vaut mieux comme femme , et moins comme homme ; parut où elle fait valoir ses droits, elle a l'avantage; partout ou .'.(.' veut usurper les nôtres ..elle reste au-dessous de nous. On ne peut répondre à cette vérité générale que par des exceptions; constante manière d'argumenter des galants [^artisans du beau \e.
Cultiver dans les femmes les qualités de l'homme , et négliger celles qui leur sont propres , c'est donc visiblement travailler à leur préjudice. Les rusées le voient trop bien pour en être les dupes; en tachant d'usurper nos avantages , elles n'abandonnent pas les leurs ; mais il arrive de là que , ne pouvant bien ménager les uns et les autres parce qu'ils sont incompatibles , elles restent audessous de leur portée sans se mettre à la notre , et perdent la moitié de leur prix. Croyez-moi , mère judicieuse , ne faites point ■ votre fille un honnête homme, comme pour donner un dOmenli
à la nature ; faites-en une honnête femme , et soyez sûre qu'eîk en vaudra mieux pour elle et pour nous.
S'ensuit-il qu'elle doive être élevée dans l'ignorance de toute chose, et bornée aux seules fonctions du ménage? L'homme ferat-il sa servante de sa compagne? se privera-t-il auprès d'elle du plus grand charme de la société? Pour mieux l'asservir l'empéchera-l-il de rien sentir, de rien connaître? En fera-t-il un véritable automate? Non , sans doute; ainsi ne l'a pas dit la nature , qui donne aux femmes un esprit si agréable et si délié : au contraire , elle veut qu'elles pensent, qu'elles jugent, qu'elles aiment, qu'elles connaissent , qu'elles cultivent leur esprit comme leur figure ; ce sont les armes qu'elle leur donne pour suppléer à la force qui leur manque , et pour diriger la nôtre. Elles doivent apprendre beaucoup de choses, mais seulement celles qu'il leur convient de savoir.
Soit que je considère la destination particulière du sexe , soit i\ue j'observe ses penchants , soit que je compte ses devoirs , tout concourt également à m'indiquer la forme d'éilucation qui lui convient. La femme et l'homme sont faits l'un pour l'autre, mais leur mutuelle dépendance n'est pas égale : les hommes dépendent des femmes par leurs désirs ; les femmes dépendent des hommes et par leurs désirs et par leurs besoins ; nous subsisterons plutôt sans elles qu'elles sans nous. Pour qu'elles aient le nécessaire, pour qu'elles soient dans leur état, il faut que nous le leur donnions , que nous voulions le leur donner, que nous les en estimions dignes ; elles dépendent de nos sentiments , du prix que nous mettons à leur mérite, du cas que nous faisons de leurs charmes et de leurs vertus. Par la loi morne de la nature, les femmes , tant pour elles que pour leurs enfants , sont à la merci (les jugements des hommes : il ne suffit pas qu'elles soient estimables , il faut qu'elles soient estimées ; il ne leur suffit pas d'être belles , il faut qu'elles plaisent; il ne leur suffit pas d'être sages , il faut qu'elles soient reconnues pour telles; leur honneur n'est pas seulement dans leur conduite , mais dans leur réputation ; et il n'est pas possible que celle qui consent à pisser pour infàmo puisse jamais être honnête. L'homme, en bien faisant, ne dépend que (le lui-même , et peut braver le jugement public ; mais la femme, en bien faisant, n"a fait que la moitié de s;i triche; et ce que l'on pense d'elle ne lui importe pas moins que ce qu'elle est en effet. Il suit de là que le système de son éducation