LIVRE V
mfers citoyens couronnées de fleurs, chantant des hymnes , fornniit des chœurs de danses , portant des corbeilles, des vases, > offrandes , et présentant aux sens dépravés des Grecs un specie charmant , et propre à balancer le mauvais effet de leur inonte gymnastique. Quelque impressiou que fit cet usage sur le iir des hommes, toujours était-il excellent pour donner au sexe ' bonne constitution dans la jeunesse par des exercices agrcas, modérés, salutaires, et pour aiguiser et former son goût r le désir continuel de plaire , sans jamais exposer ses mœurs. Sitôt que ces jeunes personnes étaient mariées , on ne les voyait > 'us en public ; renfermées dans leurs maisons , elles bornaient :^ leurs soins à leur ménage et à leur famille. Telle est la ma- :e de vivre que la nature et la raison prescrivent au sexe. Aussi ces mères-là naissaient les hommes les plus sains , les plus Listes, les mieux faits de la terre; et, malgré le mauvais rea de quelques iles, il est constant que de tous les peuples monde , sans en excepter même les Romains , on n'en cite im où les femmes aient été à la fois plus sages et plus aima- > , et aient mieux réuni les mœurs et ta. beauté que l'ancienne ■ce.
' )n sait que l'aisance des vêtements qui ne gênaient point le i>s contribuait beaucoup à lui laisser dans les deux sexes ces os proportions qu'on voit dans leurs statues , et qui servent 'jre de modèle à l'art quand la nature déûgurée a cessé de lui fournir parmi nous. De toutes ces entraves gothiques , de ces l'sde ligatures qui tiennent de toutes parts nos membres , ils n'en avaient pas une seule. Leurs femmes ignoraient " ce«» corps de baleine par lesquels les nôtres contrefont .'■ plutôt qu'elles ne la marquent. Je ne puis concevoir cet abus , pousse en Angleterre à un point inconcevable , n'y .-i»e pas à la fin dégénérer l'espèce ; et je soutiens même que l'objet f agrément qu'on se propose en cela est de mauvais goût. Il n'est foint agréable de voir une femme coupée en deui comme une 0Répe ; cela choque la vue et fait souffrir l'imagination. La finesse i la taille a , comme tout le reste , ses proportions , sa mesure , f>nc laquelle elle est certainement un défaut ; ce défaut serait ■tme frappant à l'œil sur le nu : pourquoi serait-il une beauté sous le vêlement ?
Je n'ose presser les raisons sur lesquelles les femmes s'obsli-
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nent à s'cncuirasser ainsi : un sein qui tombe, un ventre qui gros» sit, etc. , cela déplait fort, j'en conviens, dans une personne da vingt ans , mais cela ne choque plus à trente : et comme il faut en dépit de nous être en tout temps ce qu'il plaît à la nature , et que l'œil de l'homme ne s'y trompe point , ces défauts sont moins déplaisants à tout âge que la sotte affe'clation d'une petite fille de quarante ans.
Tout ce qui gène et contraint la nature est de mauvais goiil ; cela est vrai des parures du corps comme des ornements de l'esprit. La vie , la sanlé , la raison , le bien-être , doivent aller avant tout; la grâce ne va point sans l'aisance; la délicatesse n'est pas k langueur, et il ne faut pas être malsaine pour plaire. On excite la pitié quand on souffre ; mais le plaisir et le désir cherchent la (raicheur de la santé.
Les enfants des deux sexes ont beaucoup d'amusements communs, et cela doit être; n'en ont-ils pas de même étant grands? [Js ont aussi des goûts propres (jui les distinguent. Les garçons cherchent le mouvement et le bruit; des tambours, dos sabots, de petits carrosses : les lilles aiment mieux ce qui donne dans la vue et sert à l'ornement ; des miroirs , des bijoux , dos chiffons, surtout des poupées; la poupée est l'amusement spécial de ce sexe; voilà très-évidemment son goût déterminé sur sa destmation. Le |)hysique de l'art de plaire est dans la parure ; c'est tout ce que des enfants peuvent cultiver de cet art.
Voyez une petite fille passer la journée autour de sa poupée, lui changer sans cesse d'ajustement, l'habiller, la déshabiller cent et cent fois, chercher continuellement de nouvelles combinaisons d'ornements bien ou mal assortis, il n'importe; .es doigts manquent d'adresse, le goût n'est pas formé, mais déjà le penchant ^c montre : d.ins cette éternelle occupation le temps coule sans qu'elle y songe; les heures passent , elle n'en siiit rien , elle oublie les repas mêmes; elle a plus faim de parure que d'aliment. Mais, direz-vous, elle pare sa poupt-cet non sa personne. Sans doute; elle voit sa poupée et ne se voit pas, elle ne peut rien faire |X)ur elle-même , elle n'est pas formée , clic n'a ni talent ni force, elle n'est rien encore , elle est toute dans sa poupée, elle y met toute 8;i cocjuetterie. Elle ne l'y laissera pas toujours, elle attend le moment d'être sa poupée elle-même.
Voilà donc un premier goût iiien décide : vous n'avez qu'à le
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ilivre et !e régler. Il est sur que la petite voudrait de tout sou eur savoir orner sa poupée , faire des nœuds de manche , son •hu , son falbala , sa dentelle ; en tout c*la on la fait dépendre si iremeiit du bon plaisir d'autrui, qu'il lui serait bien plus coniode (le tout devoir à son industrie. Ainsi vient la raison des prelores leçons qu'on lui donne : ce ne sont pas des tâches qu'on lui • scrit , ce sont des bontés qu'on a pour elle. Et en effet pres-
10 toutes les petites filles apprennent avec répugnance à lire et à rire ; mais quant à tenir l'aiguille , c'est c* qu'elles apprennent ijours volontiers. Elles s'imaginent d'avance être grandes , et liçent avec plaisir (jue ces talents pourront un jour leur servir à parer.
Celte première route ouverte est facile à suivre : la couture ,
Il broderie , la dentelle , viennent d'elles-mêmes. La tapisserie n'est
iis si fort à leur gré : les meubles sont trop loin d'elles, ils ne
inent point à la personne, ils tiennent à d'autres opinions. La
isseric est l'amusement des femmes; de jeunes filles n'y pren-
int jamais un fort grand plaisir.
Ces progrés volontaires s'étendront aisément jusqu'au dessin ,
I ,ir cet art n'est ps indifférent à celui de se mettre avec goût :
lis je ne voudrais point qu'on les appliquât au paysage , encore
ins à la figure. Des feuillages, des fruits, des fleurs, des dra- ;ies, tout ce qui peut servir à donner un contour élégant aux i-ilcmcnts, et à faire soi-niome un patron de broderie quand on
11 trouve pas à son gré, cela leur suffit. En général, s'il imite aux hommes de borner leurs études à des connaissiinces sage, cela importe encore plus aux femmes, parce que la vie > elles-ci , bien que moins laborieuse , étant ou devant être plus
-idue à leurs soins, et plus entrecoupée de soins divers, ne leur permet de se livrer par choix à aucun talent au préjudice de leurs ikroirs.
Quoi qu'en disent les plaisants , le bon sens est également des deux sexes. Les filles en général sont plus dociles que les garçons, et l'on doit même user sur elles de plus d'autorité, comme je le dirai tout à l'heure : mais il ne s'ensuit pas que l'on doive exiger d'elles rien dont elles ne puissent voir l'utilité ; l'art des mères est de la leur montrer dans tout ce qu'elles leur prescrivent, et cela fst d'autant plus aisé, que l'intelligence dans les filles est plus précoce que dans les garçons. Cette règle bannit de leur sexe, nin»!
que da nôtre , non-seulement toutes les études oisives qui n'aboutissent à rien de bon , et ne rendent pas même plus agréables aux autres ceux qui les ont faites , mais même toutes celles dont l'utilité n'est pas de l'âge, et où l'enfant ne peut la prévoir dans un âge plus avancé. Si je ne veux pas qu'on presse un garçon d'apprendre à lire , à plus forte raison je ne veux pas qu'on y force de jeunes filles avant de leur faire bien sentir à quoi sert la lecture; et , dans la manicrc dont on leur montre ordinairement cette utilité, on suit bien plus sa propre idée que la leur. Après tout, oii est la nécessité qu'une fille sache lire et écrire de si bonne heure ? Aura-t-elle sitôt un ménage à gouverner.' Il y en a bien peu qui ne fassent plus d'abus que d'usage de cette fatale science , et toutes sont un peu trop curieuses pour ne pas l'apprendre sans qu'on les y force, quand elles en auront le loisir et l'occasion. Peut-être devraient-elles apprendre à chiffrer avant tout : car rien n'offre une utilité plus sensible en tout temps, ne demande un plus long usage , et ne laisse tant de prise à l'erreur, que les comptes. Si la petite n'avait les cerises de son goûter que par une opération d'arithmétique, je vous réponds qu'elle saurait bientôt calculer.
Je connais une jeune personne qui apprit à écrire plus tôt qu'à lire , et qui commença d'écrire avec l'aiguille avant que d'écrire avec la plume. De toute l'écriture elle ne voulut d'abord faire que des 0. Elle faisait incessamment des Ogrands et petits, des 0 de toutes les tailles , des 0 les uns dans les autres, et toujours tracés à rebours. Malheureusement un jour qu'elle était occupée à cet utile exercice, elle se vit dans un miroir; et, trouvant que cette altitude contrainte lui doimait mauvaise grâce , comme une autre Minerve elle jeta la plume, et ne voulut plus faire des 0. Son frère n'aimait pas plus à écrire qu'elle ; mais ce qui le fâchait était la gène, et non pas l'air qu'elle lui donnait. On prit un autro tour pour la ramener à l'écriture : la petite fille était délicate et vaine , elle n'entendait point que son linge servit à ses sœurs ; on le marquait, on ne voulut plus le marquer; il fallut apprendre à marquer elle-même : on conçoit le reste du progK's.
Justifiez toujours les soins que vous imposez aux jeunes filles, mais imposez-leur-en toujours. L'oisiveté et l'indocilité sont les deux défauts les plus dangereux pour elles , et dont on guérit le moins quand on les a contractés. Les filles doivent être vigilantes cl laborieuses : ce n'est pas tout ; elles doivent être gênées de bonne