LIVRE V
heure. Ce malheur, si c'en esl un pour elles , est inséparable de leur sexe; cl jamais elles ne s'en délivrent que pour en souffrir de Ijicn plus cruels. Elles seront toute leur vie asservies à la gène la |i!us continuelle et la plus sévère , qui est celle des bienséances. Il ' ut les exercer d'ai)ord à la contrainte, afin qu'elle ne leur coûte mais rien; à dompter toutes leurs fantaisies, pour les soumettre iX volontés d'autrui. Si elles voulaient toujours travailler, on délit quelquefois les forcer à ne rien faire. La dissipation , la friiité, l'inconstance, sont des défauts qui naissent aisément do irs premiers goûts corrompus et toujours suivis. l'<nii- prévenir t abus, apprenez-leur surtout à se vaincre. Dans nos insensés iblissements. la vie de l'honnête femme est un combat perpé- •1 contre elle-même ; il est juste que ce sexe partage la peine des 11 lUX qu'il nous a causés.
Kmpéchez que les Qllos ne s'ennuient dans leurs occupations et ■' se passionnent dans leurs amusements, comme il tirrive touirs dans les éducations vulzai-es, où l'on met, comme dit Fé- \m, tout l'ennui d'un coté et tout le plaisir de l'autre. Le pre- KT de ces deux inconvénients n'aura lieu , si on suit les règles |in'cédentes, que quand les personnes qui seront avec elles leur î'l)lairont. Une petite lille qui aimera sa mère ou sa mie travailla tout le jour à ses rôles sans ennui; le babil seul la dédoraigera de toute sa gêne. Mais si celle qui la gouverne lui est Mipporlable , elle prendra dans le même dégoût tout ce qu'elle i sous ses yeux. Il est très-difficile que celles qui ne se plaisent s avec leurs mères plus qu'avec jtersonne au monde puissent un jour tourner à bien ; mais, pour juger de leurs vrais sentiments, il faut les étudier, et non pas se fier à ce qu'elles disent; c^ir elles sont flatteuses, dissimulées, et savent de bonne heure se déguiser. On ne doit pas non plus leur prescrire d'aimer leur mère ; l'affec- 11 ne vient point par devoir, et ce n'est pas ici que sert la con- ..jinle. L'attachement, les soins, la seule habitude, feront aimer la mère de la fille, si elle ne fait rien pour s'attirer sa haine. La }îênc même où elle la tient, bien dirigée, loin d'affaiblir cet attachement , ne fera que l'augmenter, parce que la dépendance étant un état naturel aux femmes , les filles se sentent faites pour obéir. Par la même raison qu'elles ont ou doivent avoir peu de liberté , elles portent à l'excès celles qu'on leur laisse ; extrêmes en tout, elles se livrent à leurs jeux avec plus d'emportement encore que h?»
garçons : c'est le second des inconvénients dont je viens de parler. Cet emportement doit être modéré ; car il est la cause de plusieurs vices particuliers aux femmes, comme, entre autres, le caprice et l'engouement , par lesquels une femme se transporte aujourd'hui pour tel objet qu'elle ne regardera pas demain. L'inconstance des goûts leur est aussi funeste que leur excès , et l'un et l'autre leur vient de la même source. Ne leur ôtez pas la gaieté, les ris, le bruit , les fohUres jeux; mais empêchez qu'elles ne se rassasient de l'un pour courir à l'autre ; ne souffrez pas qu'un seul instant dans leur vie elles ne connaissent plus de frein. Accoutumez-les à se voir interrompre au milieu de leurs jeux , et ramener à d'autres soins sans murmurer. La seule habitude suffit encore en ceci, parce ({u'elle ne fait que seconder la nature.
Il résulte de celte contrainte habituelle une docilité dont les femmes ont besoin toute leur vie, puisqu'elles ne cessent jamais d'être assujetties ou à un homme, ou aux jugements des hommes, et qu'il ne leur est jamais permis de se mettre au-dessus de ces jugements. La première et la plus importante qualité d'une femme est la douceur : faite pour obéir à un être aussi imparfait que l'homme, souvent si plein de vices et toujours si plein de défauts, elle doit apprendre de bonne heure à souffrir même l'injustice et à supporter les torts d'un mari sans se plaindre: ce n'est pas pour lui , c'est pour elle qu'elle doit être douce. L'aigreur et l'opiniâtreté des femmes ne font jamais qu'augmenter leurs maux et Icimauvais procédés des maris; ils sentent que ce n'est pas avec ces armes-là (pi'elles doivent les vaincre. Le ciel ne les lit point insinuantes et jiersuasives pour devenir acariâtres ; il ne les fit point faibles pour être impérieuses; il ne leur donna point une voix si douce pour dire des injures ; il ne leur fit point des traits si délicats pour les défigurer par la colère. Quand elles se fâchent, elles s'oublient: elles ont souvent raison de se plaindre, mais elles ont toujours tort de gronder. Chacun doit garder le ton de son sexe ; un mari trop doux peut rendre une femme impertinente ; mais, à moins qu'un homme ne soit un monstre , la douceur d'une femme le ramène, cttnomphcdc lui lot ou tard.
Que les filles soient toujours soumises, mais que les mères ne soient pas toujours inexorables. Pour rendre docile une jeune personne, il ne faut pas la rendre malheureuse ; pour la rendre modeste il ne faut pas l'abrulir ; au contraire , je ne serais pas fàchO qu'on