‹ Émile (volume 2)Chapitre 178 sur 240 · LIVRE V. 45i · texte numérisé non relu

LIVRE V. 45i

lui laissât molire quelquefois un pou d'adresse, non pas à éluder la punition dans sa désobéissance , mais à se faire exempter doliéir. Il n'est pas question de lui rendre sa dépendance pénible, il -iiffit de la lui faire sentir. La ruse est un talent naturel au sexe ; • t, persuadé que tous les penchants naturels sont bons et droils

ir eux-mêmes ; je suis d'avis qu'on cultive celui-là comme les au-

I es : il ne s'agit que d'en prévenir l'abus.

Je m'en rapporte sur la vérité de cette remarque à tout observa- '•^iir de bonne foi. Je ne veux point qu'on examine là-dessus le» f'-mmes mêmes: nos gênantes institutions peuvent Ifs forcer d'ai- L'uiser leur esprit. Je veux qu'on examine les (!!!(•>, les petites tilles , qui ne font pour ainsi dire que de naître : qu'on les rom- ; ire avec les petits garçons du même âge ; et si ceux-ci ne pa- 1 lissent lourds , étourdis , bêles , auprès d'elles , j'aurai tort incontestablement. Qu'on me permette un seul exemple pris dans toute la naïveté puérile.

Il e>t très-commun de défendre aux enfants de rien demander à ' i!)lc; car on m- croit jamais mieux réussir dans leur éducation ; ' l'en la surchargeant de préceptes inutiles , comme si un morceau lie ceci ou de cela n'était pas bientôt accorde ou refusé ' , sans faire mourir sans cesse un pauvre enfant d'une convoitise aiguisée par

I spérance. Tout le monde sait l'adresse d'un jeune garçon sou- ..lis à celte loi , lequel, ayant été oublié à table , s'avisa de demanil'^r du sel , etc. Je ne dirai pas qu'on pouvait le chicaner pour

voir demandé directement du sel et indirectement de la viande;

émission était si cruelle , que, quand il eût enfreint ouvertement I loi, et dit sans détour qu'il avait faim , je ne puis croire qu'on

n eut puni. Mais voici comment s'y prit , en ma présence , une

lite fdle de six ans dans un cas beaucoup plus difficile ; car , ou- ' 10 qu'il lui était rigoureusement défendu de demander jamais rien toi directement ni indirectement , la désobéissance n'eut pas été graciablc , puisqu'elle avait mangé de tous les plats , hormis un seul , dont on avait oublie de lui donner , et qu'elle convoitait beaucoup.

Or, pour obtenir qu'on réptiràt cet oubli sans qu'on pût l'accu- •er de désobéissance, elle flt, en avançant son doigt, la revue de

'Un enfant -• i ' ! .rlim qiund il Iroiiv*» «on compte i IVIrc; iiuis il ne tlcm i s ilciu foi» la tiu'ine clv»;, si la prcmii-rc ré-

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tous les plats , disant tout haut , à mesure qu'elle les montrait. J'ai mangé de ra.fai mangé de ça ; mais elle affecta si visiblement do passer sans rien dire celui dont elle n'avait point maugc , que quelqu'un s'en apercevant lui dit : Et de cela , en avez-vous maugé? Oh ! non , reprit doucement la petite gourmande en baissant les yeux. Je n'ajouterai rien, comparez : ce tour-ci estunerusedclille; l'autre est une ruse de garçon.

Ce qui est est bien , et aucune loi générale n'est mauvaise. Celle adresse particulière donnée au sexe est un dédommagement trcsc(iuilablede la force qu'il a de moins ^sansquoi la femme ne serait pas la compagne de l'homme , elle serait son esclave : c'est par cette supériorité de talent qu'elle se maintient son égale , et qu'elle le gouverne en lui obéissant. La femme a tout contre elle , nos défauts, sa timidité , sa faiblesse ; elle n'a pour elle que son art et sa beauté. N'est-il pas juste qu'elle cultive l'un et l'autre ? Mais la beauté n'est pas générale; elle périt par mille accidents, eJle passe avec les années , l'habitude en détruit l'effet. L'esprit seul est la véritable ressource du sexe ; non ce sot esprit auquel on donne tant de prix dans le monde, et qui ne sert à rien pour rendre la vie heureuse , mais l'esprit de son état , l'art de tirer parli du nôtre et (le se prévaloir de nos propres avantages. On ne sait pas combien cette adresse des femmes nous est utile à nous-mêmes , combien elle ajoute de charme à la société des deux sexes , combien elle sert à réprimer la pétulance des enfants , combien elle contient de maris brutaux , combien elle maintient de bons ménages , que la diseorde troublerait sans cela. Les femmes artiticieuses et méchantes en abusent, je le sais bien : mais de quoi le vice n'abuse-t-il pas ? Ne détruisons point les instruments du bonheur, parce que les méchants s'en servent quelquefois à nuire.

On peut briller par la parure , mais on ne plait que par la personne. Nos ajustements ne sont point nous : souvent ils déparent à force d'être recherchés ; et souvent ceux qui font le plus remarquer celle qtù les porte sont ceux qu'on remarque lo moins. L'éducation des jeunes lilles est en ce point tout à fait à contre-sens. On leur promet dos ornements pour récompense, on leur fait aimer les atours recherchés : QiCellc est belle l leur dit-on quand elles sont fort parées. VA tout au contraire on devrait leur faire entendre que tant d'ajustement n'est fait que pour cacher des défauts, et que le vrai triomphe do la boaulé osl do briller par elle-même.

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