‹ Émile (volume 2)Chapitre 179 sur 240 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

L'imotir des modes est de mauvais goût , parce que les visages ne

cliuii-'ent pas avec elle, et que la figure restant la même, ce qui

lui sied une fois lui sied toujours.

Quand je verrais la jeune fille se pavaner dans ses atours , je pa

titrais inquiet de sa figure ainsi déguisée, et de ce qu'on en pourra

user; je dirais : Tous ces ornements la parent trop , c'est dom-

; ige ; croyez-vous qu'elle en put supporter de plus simples? est-

If assez belle pour se passer de ceci ou de cela ? Peut-être sera-l-

]lc alors la première à prier qu'on lui Ole cet ornement , et qu'on

ue : c'est le cas de l'applaudir s'il y a lieu. Je ne la louerais jamais

nt que quand elle serait le plus simplement mise. Quand elle no

ra la parure que comme un supplément aux grâces de la

ue et comme un aveu tacite qu'elle a besoin de secours pour

plaire, elle ne sera point ficredeson ajustement, elle en sera

humble; et si, plus parée que de coutume , elle s'entend dire,

ihi'elle est belle', elle en rougira de dépit.

Au reste , il y a des figures qui ont besoin de parure , mais il n'y

I a point qui exigent de riches atours. Les parures ruineuses !it la vanité du rang et non de la personne ; elles tiennent unii'^mf'nt au préjugé. Li véritable coquetterie est quelquefois re-

'•, mais elle n'est jamais fastueuse ; et Junon se mettait

.jierbement que Vt'nus. Ae pourant la faire belle , tu la fais

l'he, disait Apelle à un mauvais peintre, qui peignait Hélène

rt chargée d'atours'. Jai aussi remarqué que les pluspom-

"uses parures annonçaient lo ilus souvent de laides femmes : on

: lit avoir une vanité pluN lualadroite. Donnez à une jeune fille

lu goût , et qui méprise la mode , des rubans , de la gaze,

la mousseline et des fieurs, ^'ins diamants, sans |)ompo;is,

<i>s dentelles ', elle va se faire un ajustement qui la rendra cent

; ^ charmante que n'eussent fait tous les brillants chiffons

Kiichapt.

Comme ce qui est bien est toujours bien , et qu'il faut élrelou-

>urs le mieux qu'il est [>ossible, les femmes qui se connai.^^enl

II ajustements choisissent les bons, s'y tiennent; et n'en clian-

* CuniRrr. alcx., PedKOf;. , Ub. ii , cap. 12.

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