LIVRE V
1 ont encore de la honte, qui ne s'enorgueillissent point de leurs lies , qui savent cacher leurs désirs à ceux même qui les ius- .^nt , celles dont ils en arrachent les aveux avec le plus de peine , it d'ailleurs les plus vraies, les plus sincères , les plus cons- )lcs dans tous leurs engagements , et celles sur la foi desquelles : peut généralement le plus compter.
le ne sache que la seule mademoiselle de Lenclos qu'on ait pu er pour exception connue à ces remarques : aussi mademoiselle Lenclos a-t-elle passé pour u i prodige. Dans le mépris des rtus de son sexe elle avait, dit-on, conservé celles du notre : on !ile sa franchise , sa droiture , la sûreté de son commerce , sa liiité dans l'amitié ; enûn , pour achever le tableau de sa gloire , i dit qu'elle s'était faite homme. A la bonne heure. Mais , avec ite sa haute réputation, je n'aurais pas plus voulu de cet homme l>our mon ami que pour ma maîtresse.
Tout ceci n'est pas si hors de propos qu'il parait être. Je vois 1 tendent les maximes de la philosophie moderne , en tournant 1 dérision la pudeur du sexe et s;i fausseté prétendue; et je vois que l'effet le plus assuré de cette philosophie sera d'ôler aux femmes de notre siècle le peu d'honneur qui leur est resté. .Sur ces considérations , je crois qu'on peut déterminer en gérai quelle espèce de culture convient à l'esprit des femmes, et :r quels objets on doit tourner leurs réflexions dès leur jeunesse. Je l'ai déjà dit , les devoirs de leur sexe sont plus aisés à voir 1 a remplir. La première chose qu'elles doivent apprendre est à > aimer, par la considération de leurs avantages ; c'est le seul ioyen de les leur rendre faciles. Chaque état et chaque âge a ses ' voirs. On connaît bientôt les siens , pourvu qu'on les aime. Ho ■ rez votre état de femme, et, dans quelque rang que le ciel vous . ice , vous serez toujours une femme de bien. L'essentiel est
• tre re que nous lit la nature ; on n'est toujours que trop ce que
it que Ion soit.
> vérités abstraites et spéculatives, des princi-
• >, des axiomes dans le* scienoes, tout ce qui tend â généraliser -• idées, n'est point du ressort des femmes ; leurs études doivent
lot d'y r(-«iftter : A'fc ftrmina, amitta pudicitia, alla abnuertl ' . J.i ii« aiitmr c»iinat-il mieut U> ni-ar humain dan« I**» <knit sexes <{iic ccluii>ii a (lit rcla?
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s«? rapporter toutes à la pratique ; c'est à elles à faire rap[ilicitliun ' (les principes que l'homme a trouvés, et c'est à elles de faire les observations qui mènent l'homme à rétablissement des printipos. Toutes les rétlcxions des femmes, en ce qui ne tient pas immédiatement à leurs devoirs, doivent tendre à l'étude des hommes, ou aux connaissances agréables qui n'ont que le goût pour objet ; an- quant aux ouvrages de génie, ils passent leur portée, elles n'ont pas non plus assez de justesse et d'attention pour réussir aux sciences exactes : et quant aux connaissances physiques, c'est à celui des deux qui est le plus agissant , le plus allant , qui voit le plus d'objets , c'est à celui qui a le plus de force , et qui l'exerce davantage, à juger des rapports des êtres sensibles et des lois de la nature. La femme , qui est faible et qui ne voit rien au tlehors, apprécie et juge les mobiles qu'elle peut mettre en œuvre pour suppléer à sa faiblesse , et ces mobiles sont les passions de l'homme. Sa mécanique à elle est plus forte «pie la notre , tous ses leviers vont ébranler le cœur humain. Tout ce que son sexe ne peut faire par lui-même, et <pii lui est nécessaire ou agréable, il faut qu'il ait l'art de nous le faire vouloir ; il faut donc qu'elle étu die à fond l'esprit de l'homme , non par abstraction l'esprit de l'homme en général , mais l'esprit des hommes qui Tenlourent , l'esprit des hommes auxquels elle est assujettie , soit par la loi , soit par l'opinion. 11 faut qu'elle apprenne à pénétrer leurs sentiments par leurs discours , par leurs actions , par leurs regards , par leurs gestes. Il faut que , par ses discours , par se» actions , par ses regards, par ses gestes, elle sache leur doimer les sentiments qu'il lui plajt, sans même paraître y songer. Ils i)hilosO' pheront mieux (pi'elle sur le cœur humain ; mais elle lira miout qu'eux dans le cœur des hommes. C'est aux femmes à trouver pour ainsi dire la morale ex|)érimenlale , à nous à la réduire civ système. La femme a pins d'esprit, ot l'homme plus de génie; l.i femme observe , et l'homme raisonne : de ce concours résultent la lumière la plus claire et la science la plus complète que puisse accpiérir de lui-même l'esprit humain ; la plus sure connaissance, en un mot, de soi et des antres qui soit à la portée de notre espèce. Et voilà comment l'art peut tenilro iuccssiiiumcnt à perfectionner rinstrumcnt donné par la nature.
Le monde est le livre des femmes : quand elles y lisent mal , c'est leur faute , ou (picique passion les aveugle. Cependant la vé-
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I »L)ic iiKTi' lit- lamillc , loin (l'être une feiiiiue du monde, n'est lere moins recluse dans sa maison que la religieuse dans sou 'lire. Il faudrait dotic faire , pour les jeunes personnes quon irie , comme on fait ou comme on doit faire pour celles qu'un et dans des couvents : leur montrer les plaisirs qu'elles quittent
s.int de les y laisser renoncer, de peur que la fausse image de 5 plaisirs qui leur sont inconnus ne vienne un jour ég;irer leurs l'urs et troubler le bonheur de leur retraite. En France, les lilles vent dans des couvents , et les femmes courent le monde. Chez > anciens , c'était tout le contraire : les tilles avaient , comme je
II dit, beaucoup de jeux et de fêtes publiques; les femmes vilient retirées. Cet usage était plus raisonnable, el maintenait :»»x les mœurs. Une sorte de coquetterie est permise aux tilles
r ; s'amuser est leur grande affaire. Les femmes ont d'au- !is chez elles, et n'ont plus de maris à chercher; mais elles • trouveraient pas leur compte à cette réforme , el inalbcureusc- KMit elles donnent le ton. Mères, faites du moins vos compagnes '<■ vos filles. Donnez-leur un sens droit et une àme honnête , puis •■ leur cachez rien de ce qu'un œil chaste peut regarder. Le bal , ■> festins , les jeux , même le théàire ; lout ce qui , mal vu , fait ■ charme d'une imimidenle jeunesse, peut être offert s;ins risque , des yeux sains. Mieux elles verront ces bruyants plaisirs, plu» »l elles en seront dégoûtées.
J'entends la clameur qui s'élève conlfe moi. Quelle lillc résiste i-e dangereux exemple? A peine ont-elles vu le monde, que la te leur tourne à toutes; pas une d'elles ne veut le quitter. Cela •^ut être : mais, avant de leur offrir ce tableau trompeur, les Noz-vous bien préparées à le voir sans émotion? Leur avez-vou» !»-n annoncé les objets qu'il rejirésenle ? Les leur avez-vous bien 1 mils sont ? I^s avez-vous bien armées contic les illu-
iité ? Arez-vous porté dans leurs jeunes cœurs le goût i^irs qu'on ne titmve point dans ce tumulte? Quelles . ijuclles mesure» avez-vous prises pour les préserver :ii faux goût qui les éiiare? I^in de rien opposer dans leur cspnl l'empire des préjugés publics , vous les y avez uourries ; vou> ur avez fait aimer d'avance tous les frivoles amusements qu'elles trouvent. Vous li^ leur faites aimer encore en s'y livrant. De jeunes personnes entrant dans le monde n'ont tl'autrc gouvernant»
que leur mère , souvent plus folle qu'elles , et qui ne peut leur montrer les objets autrement qu'elle ne les voit. Son exemple , plus fort que la raison même , les justifie à leurs propres yeux , et l'autorité de la mère est pour la tille une excuse sans réplique. Quand je veux qu'une mère introduise sa fille dans le monde, c'est en supposant qu'elle le lui fera voir tel qu'il est.
Le mal commence plus tôt encore. Les couvents sont de véritables écoles de coquetterie , non de cette coquetterie honnête dont J'ai parlé , mais de celle qui produit tous les travers des femmes , et fait les plus extravagantes petites-maitresses. En sortant de là pour entrer tout d'un coup dans des sociétés bruyantes , de jeunes femmes s'y sentent d'abord à leur place. Elles ont été élevées pour y vivre; faut-il s'étonner qu'elles s'y trouvent bien? Je n'avancerai point ce que je vais dire sans crainte de prendre un préjugé pour une observation ; mais il me semble qu'en général , dans les pays protestants, il y a plus d'attachement de famille , de plus dignes épouses et de plus tendres mères que dans les pays catholiques ; et si cela est, on ne peut douter que celte différence ne soit due en partie ta l'éducation des couvents.
Pour aimer la vie paisible et domestique , il faut la connaître; l\ faut en avoir senti les douceurs dès l'enfance. Ce n'est que dans h maison paternelle qu'on prend du goût pour sa propre maison, H toute femme que sa mère n'a point élevée n'aimera point à élever ses enfants. Malheureusement il n'y a plus d'éducation privée dans les grandes villes. La société y est si générale et si raclée, qu'il ne reste plus d'asile pour la retraite , et qu'on est en public jusque chez soi. A force de vivre avec tout le monde , on n'a plus de famille , à peine connait-on ses parents : on les voit eu étrangers , et la simplicité des mœurs domestiques s'éteint avec la douce familiarité qui en faisait le charme. C'est ainsi qu'on suce avec le lait le goût des plaisirs du siècle et des maximes qu'on y voit régner.
On impose aux lilles une gène apparente , pour trouver des dupes qui les épousent sur leur maintien. Mais éludiez un moment ces jeunes personnes : sous un air contraint elles déguisent mal la convoitise (|ui les dévore, et déjà on lit dans leurs yeux l'ardeul désir d'imiter leurs mères. Ce qu'elles convoitent n'est pas lui mari, mais 1,1 licence du mariage. Ou'a t on liesoind'un mari avoc