‹ Émile (volume 2)Chapitre 194 sur 240 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

•>r ni sou so\e ni sa jeune&so, qui sait intéresser par sa timidité ■me, el s'attirer le respect quelle porte à tout le monde? I '.es témoignages , bien qu'extérieurs , ne sont point frivoles ; - ne sont point fondés seulement sur l'altrait des sens ; ils par- .t de ce sentiment intime que nous avons que toutes les femmes it les juges naturels du mérite des hommes. Qui est-ce qui veut ■' méprisé des femmes? personne au monde, non pas même lui qui ne veut plus les aimer. Et moi, qui leur dis des vérités lures, croyez- vous que leurs jugements me soient indifférents? !i; leurs suffrages me sont plus chers que les v6li*os, lecirs, souvent plus femmes qu'elles. En méprisant leui-s mœurs, veux encore honorer leur justice : \ku m'importe qu'elles me >«>nt, si je les force à m'estimer.

ijue de grandes choses on ferait avec ce ressort, si Ton savait

Illettré en œuvre ! Malheur au siècle où les femmes perdent leur

'>ndant , et où leurs jugements ne font plus rien aux hommes !

-t le dernier degré de la dépravation. Tous les peuples qui ont

des mœurs ont respecté les femmes. Voyez Sparte , voyez

I iermains , voyez Rome , Rome le siège de la gloire et de la

tu , si jamais elles en eurent un sur la terre. C'est là que les

imes honoraient les exploits des grands généraux, qu'elles pleu-

' nt publiquement les pères de la patrie, que leurs vœux ou

.rs deuils étaient consacrés comme le plus solennel jugement lie

:\publique. Toutes les grandes révolutions y vinrent des fem-

> : par une femme Rome acquit la liberté , par une femme

[ilébéiens obtinrent le consulat , par une femme fmit la tyran-

Jes décemvirs , par les femmes Rome assiégée fut sauvée des

i nsd'un proscrit. Galants français, qu'eussiez-vous dit en voyant

->er cette procession si ridicule à vos yeux moqueurs ? Vous

, ■ .lisiez accompagnée de vos buées. Que nous voyons d'un œil

différent les mêmes objets! et peut-être avons-nous tous raison.

Formez ce cortège do belles dames françaises , je n'en connais

point de plus indécent : mais composez-le (Te Romaines, vous au-

nx tous les yeux dos Volscpjes et le cœur de Coriolan.

Je dirai davantage , et je soutiens que la vertu n'est pas moins favorable à l'amour qu'aux ar.tres droits de la nature, et que l'aulorilé des maîtresses n'y gagne jias moins que celle des femmes et des mères. Il n'y a point de véritable amour sans enthousiasme, •t point d'enthousiasme mus un objet de perfection réel ou chimérique, mais toujours existant dans l'imagination. De quoi s'en-

flammpront dos aninnls pour qui celte perfection n'est plus rien , et qui ne voient dans ce qu'ils aiment que l'objet du phisir des sens? Non , ce n'est pas ainsi quel'àme s'échauffe , et se livre à ces transports sublimes qui font le délire des amants et le charme de leur passion. Tout n'est qu'illusion dans l'amour, je l'avoue; mais ce qui est réel , ce sont les sentiments dont il nous anime pour le vrai beau qu'il nous fait aimer. Ce beau n'est point dans l'objet qu'on aime , il est l'ouvrage de nos erreurs. Eh ! qu'importe? En sacrilie-t-on moins tous ses sentiments bas à ce modèle imaginaire? En pénètre-t-on moins son cœur des vertus qu'on prête à ce qu'il chérit? S'en détache-t-on moins de la bassesse du moi humain ? Où est le véritable amant qui n'est pas prêt à immoler sa vie à sa maîtresse ? et où est la passion sensuelle et grossière dans un homme qui veut mourir ? Nous nous moquons des paladins : c'est qu'ils connaissaient l'amour, et que nous ne connaissons plus que la débauche. Quand ces maximes romanesques commencèrent à devenir ridicules , ce changement fut moins l'ouvrage de la raison que celui des mauvaises mœurs.

Dans quelque siècle que ce soit, les relations naturelles ne changent point , la convenance ou disconvenance qui en résulte reste la même, les préjugés sous le vain nom de la raison n'en changent que l'apparence. 11 sera toujours grand et beau de régner sur soi , fut-ce pour obéir à des opinions fantastiques; elles vrais motifs d'honneur parleront toujours au cœur de toute femme de jugement qui saura chercher dans son état le bonheur de la vie. La chasteté doit être surtout une vertu délicieuse pour une belle femme qui a quelque élévation dans l'àme. Tandis qu'elle voit toute la terre à ses pieds, elle triomphe de tout et d'elle-même : elle s'élève dans son propre cœur un trône auquel tout vient rendre hommage ; les sentiments tendres et jaloux mais toujours respectueux desdeux sexes, l'eslime universelle et la sienne propre, lui payent sans cesse en tribut de gloire les combats de quelques instants. Les privations sont passagères, mais le prix en est permanent. Quelle jouissance pour une âme noble , que l'orgueil de la vertu jointe à la beauté ! Réalisez une héroïne de roman , elle goûtera des voluptés plus exquises que les Laïs et lesClénpAlre; et (juand sa beauté ne sera plus , sa gloire et ses plaisirs resteront encore ; elle seule saura jouir du passé *.

• [Vak. ... (/(/ pansé. Si la route qnr jr Ir.ir' « >/ .ni>'-iil'!' , (>i>ll Hliarx ;

Page 1