‹ Émile (volume 2)Chapitre 209 sur 240 · SP · texte numérisé non relu

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On a un vieux clavecin tout dérangé ; Emile l'accommode et

I accorde; il est facteur, il est luthier aussi bien que menuisier;

il eut toujours pour maxime d'apprendre à se passer du secours

(I autrui dans tout ce qu'il pouvait faire lui-même. La maison est

' IIS une situation pitlores<que, il en tire différentes vues auxquelles

l>hic a quelquefois mis la main, et dont elle orne le cabinet de

;i père. Les cadres n'en sont point dorés, et n'ont pas besoin de

Ire. En voyant dessiner Emile, en l'imitant , elle se perfectionne

>on exemple , elle cultive tous les talents , et son charme les

iibellit tous. Son père et sa mère se rappellent leur ancienne

, ulencc en revoyant briller autour d'eux les beaux arts, ciui ."ouls

1,1 leur rendaient clière ; l'amour a parc toute leur na-iison ; lui seul y fait régner sans frais et sans peine les mêmes plaisirs qu'ils n'y rassemblaient autrefois qu'à force d'argent et d'ennui.

Comme l'idolâtre enrichit des trésors qu'il estime l'objet de son culte, et pare sur l'autel le dieu qu'il adore , l'amant a beau voir sa maîtresse parfaite , il lui veut sans cesse ajouter de nouveaux ornements. Elle n'en a pas besoin pour lui plaire; mais il abesoin, lui, de la parer : c'est un nouvel hommage qu'il croit lui rendre , c'est un nouvel intérêt qu'il donne au plaisir de la contempler. Il lui semble que rien de beau n'est à sa place quand il n'orne pas la suprême beauté. C'est un spectacle à la fois touchant et risil)Ie , de voir Emile empressé d'apprendre à Sophie tout ce qu'il sait, sans consulter si ce qu'il lui veut apprendre est de son goût ou lui convient. Il lui parle de tout , il lui explique tout avec un empressement puéril ; il croit qu'il n'a qu'à dire, et qu'à l'instant elle l'entendra : il se figure d'avance le plaisir qu'il aura de raisonner, de piiilosopher avec elle ; il regarde comme inutile tout l'acquis qu'il lie peut point étaler à ses yeux : il rougit presque de savoir quelque chose qu'elle ne sait pas.

Le voilà donc lui donnant leçon de philosophie , de physique , de mathématiques , d'histoire, de tout en un mot. Soj)hie se prête avec plaisir à son zèle, et tâche d'en profiter. Quand il peut obtenir de donner ses leçons à genoux devant elle , qu'Emile est content! Il croit voir les cieux ouverts. Cependant celle situation, plus gênante pour l'écolière que pour le maître , n'est pas la plus favorable à l'instruction. L'on ne sait jws trop alors que faire de ses yeux pour éviter ceux qui les poursuivent; et quand ils se rencontrent, la leçon n'en va pas mieux. ■f. L'art de penser n'est pas étranger aux femmes , mais elles ne doivent faire qu'effleurer les sciences de raisonnement. Sophie conçoit tout et ne retient pas grand'chose. Ses plus grands progrès sont dans la morale et les choses do goût; pour la physique, elle n'en relient que quelque idée des lois générales et du système du monde. Quelquefois, dans leurs promenades, en contemplant les merveilles de la nature , leurs cœurs innocents et purs osent s'élever jusiju'à son auteur : ils ne craignent pas sa présence , ils h'cpcinchcnt conjointenwnt devant lui.

Quoi ! deux amants dans la fleur de l'àgc emploient leur tête àtcte à parler de religion ! Ils passent leur temps à dire leur calé-

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