LIVRE V. À
ino)'cn légiliine el sur de subsister sans intrigue, san&affaire, sans dépendance, c'est, j'en conviens, de vivre du travail de ses mains, en cultivant sa propre terre : mais où est l'État ou l'on peut se dire, La terre que je foule est à moi? Avant de choisir cette heureuse terre , assurez-vous bien d'y trouver la paix que vous cher-
hez; gardez qu'un gouvernement violent, qu'une religion persé-
iitanle , que des mœurs perverses , ne vous y viennent troubler. Mettez-vous à l'abri des impôts sans mesure qui dévoreraient le : mit de vos peines , des procès sans fin qui consumeraient votre
mds. Faites en sorte qu'en vivant justement vous n'ayez point i faire votre cour à des intendants , à leurs substituts , à des ju- 40s , à des prêtres , à de puissants voisins , à des fripons de tout* '>>pèce , toujours prêts à vous tourmenter si vous les négligez. Mettez-vous surtout "à labri des vexations des grands et des : iches; songez que partout leurs terres peuvent confiner à la vi- :iie de Naboth. Si votre malheur veut qu un homme en place ichète ou bâtisse une maison près de votre chaumière , répondezvous qu'il ne trouvera pas le moyen, sous quelque prétexte, d'en- \ ,ihir votre héritage pour s'arrondir; ou que vous ne verrez pas, dès
li-main peut-être, absorber toutes vos ressources dans un large -rand chemin? Que si vous vous consei-vez du crédit pour parer
i tous ces inconvénients, autant vaut conserver aussi vos riches- -l's, car elles ne vous coûteront pas plus à garder. La richesse et
■ crédit s'élayent mutuellement; 1 un se soutient toujours mal Nins l'autre.
J'ai plus d'expérience que vous., cher Emile; je vois mieux la
lifficulté devotreprojct.il est bcaupourtant, il est honnête, il vous ri iidrait heureux en effet : efforçons-nous de l'exécuter. J'ai une proposition à vous faire : consacrons les deux ans que nous avons. l)ris jusqu'à votre retour à choisir un asile en Europe où vous puissiez vivre heureux avec votre famille , à l'abri de tous les dangers dont je viens de vous parler. Si nous y réussissons , vou» aurez trouvé le vrai bonheur vainement cherché par tant d'autres , et vous n'aurez pas regret à votre temps. Si nous ne réussissons pas, vous serez guéri d'une chimère; vous vous consolerez d'un malheur inévitable, et vous vous soumettrez à la loi de la nécessite. Je ne sais si tous mes lecteurs apercevront jusqu'où va noui mener cette recherche ainsi proposée; mais je sais bien que si , au retour de se» voyages, commcncéâ et continues dans cette vue >.
570 r.MILE.
Éuiile n'en rcvieiu pus verse clans toutes les matières de gouvernement, de mœurs publiques et de maximes d'État de toute espèce , ii faut que lui ou moi soyons bien dépourvus , l'un d'intelligence , l'autre de jugement .
•> Le droit politique est encore à naître , et il est à présumer qu'il ne naîtra jamais. Grotius, le maître de tous nos savanta en cette partie, n'est qu'un enfant, et, qui pis est, un enfant de mauvaise foi. Quand j'entends élever Grotius jusqu'aux nues et couvrir Ilobbes d'exécration , je vois combien d'hommes senséi lisent ou comprennent ces deux auteurs. La vérité est que leurs principes sont exactement semblables, ils ne diffèrent que par les expressions. Ils diffèrent aussi par la méthode. Ilobbes s'appuie sur des sophismes, et Grotius sur des poètes : tout le reste leur est commun.
Le seul moderne en état de créer cette grande cl inutile science eût été l'illustre Montesquieu. Mais il n'eut garde de traiter des principes du droit politique ; i! se contenta de traiter du droit positif des gouvernements établis; et rien au monde n'est plus différent que ces deux études.
Celui pourtant qui veut juger sainement des gouvernements tels (ju'ils existent est obligé de les réunir toutes deux ; il faut savoir "/^ce qui doit être, pour bien juger de ce qui est. La plus grande difficulté pour éclaircir ces importantes matières est d'intéresser un particulier à les discuter, de répondre ;i ces deux questions , Que m'importe? et, Qu'y puis-je faire .» Nous avons mis notre Emile en état de se répondre à toutes deux.
La deuxième difficulté vient des préjugés de l'enfance, des maximes dans lesquelles on a été nourri , surtout de la partialité des auteurs , qui, parlant toujours de la vérité, dont ils ne se soucient guère, ne songent qu'à leur intérêt, dont ils ne parlent point. Or, le peuple ne donne ni chaires , ni pensions , ni places d'académies : qu'on juge comment ses droits doivent être établis par ces gens-là ! J'ai fait en sorte que celte difficulté fût encore nulle pour Kmile. A peine sait-il ce (|ue c'est que gouvernement ; la seule chose qui lui importe est de trouver le meilleur: son objet n'est point de faire des livres; et si jamais il en fait, ce ne sera point pour faire sa cour aux puissances, mais jinnr établir les droits de ■ l'humanité.
il reste une troisième difficulté plu> ^pc^,•Knl^c tjue M>lidc , cl