‹ Émile (volume 2)Chapitre 226 sur 240 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

que je ne veux ui résoudre ni proposer : il me suffit {(u'elie n'effraye poiul mon zèle ; bien sur qu'en des recherches (Je cette espèce , de grands talents sont moins nécessaires qu'un sincère amour de la justice et un vrai respect pour la vérité. Si donc les matières de gouvernement peuvent être cquitabicment traitées, en voici , selon moi , le cas , ou jamais.

Avant d'observer, il faut se faire des règles pour ses observations : il faut se faire une échelle pour y rapporter les mesures qu'on prend. Nos principes de droit politique sont celle échelle. Nos mesures sont les lois politiques de chaque pays.

Nos éléments seront clairs , simples, pris immédiatement dans la nature des choses. Ils se formeront des questions disculées entre nous, et que nous ne convertirons en princi|)es que quand elles seront suffisamment résolues.

Par exemple , remontant d'abord à l'état de nature , nous examinerons si les hommes naissent esclaves ou libres, associés ou indépendants; s'ils se réunissent volontairement ou par force ; si jamais la force qui les réunit peut former un droit permanent , par lequel cette force antérieure oblige , même quand elle est surmontée par une autre, en sorte que , depuis la force du roi Nembrod, qui, dit-on, lui soumit les premiers peuples, toutes les autres forets qui ont dclruil celle-l;i soient devenues iniques et usurpâtoires , et qu'il n'y ait plus de légitimes rois que les descendants de Nembrod ou ses ayants-cause; ou bien si cette première fon-e venant à cesser, la force qui lui succède obliiie à son tour, et détruit Tobligalion de l'autre, en sorle qu'on ne soit obligé d'olK'ir qu'autant qu'on y est forcé, et qu'on en soit dispensé sitôt qu'on peut faire résistance : droit qui , ce semble , n'ajouterait pas grand'chose à la force , et ne serait guère qu'un jeu de mots.

Nous examinerons si Ton ne peut pas «lire que toute maladie vient de Dieu , et s'il s'ensuit pour cela que ce soit un crime d'appeler le médecin.

Noos cxafDinerons encore si l'on est oblige en conscience de donner sa bourse à un bandit qui nous la demande sur im grand chemin, quand même on pourrait la lui cacher; car enfin le pistolet «|u'il tient est aussi une puissance :

Si ce mot de puissance en cette occasion veut dire autre chose qu'une puissance légitime, et par conséquent soumise aux lois dont elle tient son être.

Supi)osé {|u'oii lejelte ce droit de force, et qu'on admette celui de la nature ou l'autorité paternelle comme principe des sociétés, nous rechercherons la mesure de cette autorité , comment elle est fondée dans la nature , et si elle a d'autre raison que l'utilité de l'enfant, sa faiblesse , et l'amour naturel que le père a pour lui : si donc la faiblesse de l'enfant venant à cesser, et sa raison à mûrir, il ne devient pas seul juge naturel de ce qui convient à sa conservation , par conséquent son propre maître , et indépendant de tout autre homme , même de son père ; car il est encore plus sur que le fils s'aime lui-même, qu'il n'est sur que le père aime le fils :

Si , le père mort, les enfants sont tenus d'obéir à leur aine, ou à quelque autre qui n'aura pas pour eux l'attachement naturel d'un père; et si , de race en race, il y aura toujours un chef unique, auquel toute la famille soit tenue d'obéir. Auquel cas on chercherait comment l'autorité pourrait jamais être partagée, et de quel droit il y aurait sur la terre entière plus d'un chef qui gouvernât le genre humain.

Supposé que les peuples se fussent formes par choix , nous distinguerons alors le droit du fait ; et nous demanderons si , s'étant ainsi soumis à leurs frères , oncles ou parents , non qu'ils y fussent obligés , mais parce qu'ils l'ont bien voulu , cette sorte do société ne rentre pas toujours dans l'association libre et volontaire.

Passant ensuite au droit d'esclavage, nous examinerons si un homme peut légitimement s'aliéner à un autre , sans restriction , sans réserve , sans aucune espèce de condition ; c'est-à-dire s'il peut renoncer à sa personne , à sa vie , à sa raison , à son moi , à toute moralitédans ses actions, et cesser en un mot d'exister avan» sa mort , malgré la nature qui le charité immédiatement de sa propre conservation , et malgré sa conscience et sa raison, qui lui prescrivent ce qu'il doit faire et ce dont il doit s'obstenir.

Que s'il y a quehpie réserve , quelque restriction dans l'acte d'esclavage , nous disculerons si cet acte ne devient pas alors un vrai contrat , dans le(|uel chacun de:i doux contractants , n'ayant point on cotte qualité de supérieur connnun' , restent leurs propres juges quant aux conditions du contrat , par conséquent li-

' S'ils en avaient un. cv siipi'ricur connnun no s<Mail aiitro nue Ir souverain ;et alors le thuit ilesdavase , foniië sur le droit de souvcrainrtt-, n'en serait pas le principe.

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