‹ Émile (volume 2)Chapitre 229 sur 240 · LIVRE V. 5TS · texte numérisé non relu

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corps parfaitement réunies, et par conséquent celle-ci au plus haut degré d'intensité qu'elle puisse avoir. Or , comme c'est de ce de- (zré que dépend l'usage de la force, et que la force absolue du -'ouvemement étant toujours celle du peuple ne varie point, il s'ensuit que le plus actif des gouvernements est celui d'un seul.

Au conlniire, unissons le gouvernement à l'autorité suprême, f.iisons le prince du souverain, et des citoyens autant de magis- 'lals : alors la volonté de corps , parfaitement confondue avec l.i > olonté générale, n'aura pas plus d'activité qu'elle, et laissera li - olonté particulière dans toute sa force. Ainsi le gouvemement , oujoursavcc la même force absolue, sera dans sou minimum l'activité.

Ces règles sont incontestables, et d'autres considérations servent à les confirmer. On voit , par exemple , que les magistrat •* sont plus actifs dans leur corps que le citoyen n'est dans le sien , et que par conséquent la volonté particulière y a ticaucoufi plus d'influence. Car chaque magistrat est presque toujours chargé de quelque fonction particulière du gouvemement ; au lieu que chaque citoyen, pris à part , n"a aucune fonction de la souveraineté. D'ailleurs, plus l'État s'étend , plus la force réelle augmente , quoiqu'elle n'augmente pas en raison de son étendue ; mais l'État restant le même , les magistrats ont beau se multiplier , le gouvernement n'en acquiert pas une plus grande force réelle , parce qu'il est dépositaire de celle de l'État , que nous supposons toujours égale. Ainsi , par cette pluralité , l'activité du gouvemement diminue sans que sa force puisse augmenter.

Après avoir trouvé que le gouvemement se relâche à mesure que les magistrats se multiplient , et que , plus le peuple est nombreux , plus la force réprimante du gouvemement doit augmenter, nous conclurons que le rapport des iiiagi.-^IrHls au gouvenicneot doit être inverse de celui des sujets au souverain ; c'est-à dire •que plus l'État s'agrandit , plus le gouvemement doit se resserrer, tellement que le nombre des chefs diminue en raison de l'augmentation du peuple.

Pour fixer ensuite cette diversité déformes sous des dénominations plus précises, nous remarquerons en premier lieu que le souverain peut commettre le dépôt du gouvernement à tout le peu pic ou à la plus grande partie du peuple , en sorte qu'il y ait (dus (Je citoyens magistrats que de citoyens simples particuliers. On Joiiae le nom de demtKralie a celle forme de aoiivcroeroenl.

MO LMILE.

Ou bien il peut resserrer le gouvernement entre les mains d'un moindre nombre, en sorte qu'il y ait plus de simples citoyens que de magistrats ; et celle forme porte le nom (ïarislocratie.

Eufin il peut concentrer tout le gouvernement entre les mains d'un magistrat unique. Cette troisième forme est la plus commune, et s'appelle monarchie ou gouvernement royal.

Nous remarquerons que toutes ces formes , ou du moins les deux premières, sont susceptibles de plus et de moins, et ont môme une assez grande latitude. Car la démocratie peut embrasser tout le peuple, ou se resserrer jusqu'à la moitié. L'aristocratie , à son tour , peut de la moitié du peuple se resserrer indéterminément jusqu'aux plus petits nombres. La royauté même admet quelquefois un partage, soit entre le père et le fils, soit entre deux frères, soit autrement. Il y avait toujours deux rois à Sparte , et l'on a vu dans l'empire romain jusqu'à huit empereurs à la fois, sans qu'on pût dire que l'empire fut divisé. 11 y a un point où chaque forme de gouvernement se confond avec la suivante ; et , sous trois dénominations spécifiques , le gouvernement est réellement capable d'autant de formes que l'État a de ciloyensi

11 y a plus : chacun de ces gouvernements pouvant à certain!, égards se subdiviser en diverses parties, l'une administrée d'une manière, et l'autre d'une autre, il peut résulter de ces trois formes combinées une multitude de formes mixtes, dont chacune est multipliable par toutes les formes simples.

On a de tout temps beaucoup disputé sur la meilleure forme de gouvernement , sans considérer que chacune est la meilleure en certains cas , et la pire en d'autres. Pour nous , si dans les différents États le nombre des magistrats ' doit être inverse de celui dos citoyens, nous conclurons qu'en général le gouvernement démocratique convient aux petits États, l'aristocratiquo aux médiocres , et le monarchique aux grands.

C'est par le (il de ces recherches que nous parviendrons à sivoir quels sont les devoirs et les droits des citoyens , et si l'on peut séparer les uns des autres; ce que c'est que la patrie, en quoi précisément elle consiste, et à quoi chacun peut connaître s'il a une patrie ou s'il n'en a point.

Apres avoir ainsi considéré chaque cspcco de société civHc en

' On scsotivicndr.i que je nVntcnds parler ici qn'- dn magistrats sinirè- Dos «Il clipfsdc la nation , les autresii étant >nii' leurs Milislituts en Id'e o« Iclli' partie.

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