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Ifurs impressions d'avance , comment , ne voyant plus rten de ce qui m'entoure, n'y supposerais-je pas mille êtres, mille mouvements qui peuvent me nuire, et dont il m'est impossible de me garantir ? J'ai beau savoir que je suis en sûreté dans le lieu où je me trouve , je ne le sais jamais aussi bien que si je le voyais aoluellement : j'ai donc toujours un sujet de crainte que je n'avais pas en plein jour. Je sais , il est vrai , qu'un corps étranger ne l'out guère agir sur le mien sans s'annoncer par quelque bruit;
ussi, combien j'ai sans cesse l'oreille alerte ! Au moindre bruit dont je ne puis discerner la cause , l'intérêt de ma conservation me fait d'abord supposer tout ce qui doit le plus m'engager à me lenir sur mes gardes , et par conséquent tout ce qui est le plus propre à m'effrayer.
Yentends-je absolument rien , je ne suis pas pour cela tranquille; car enfin sans bruit on peut encore me surprendre. Il faut que je suppose les choses telles qu elles étaient auparavant , telles qu'elles doivent encore être , que je voie ce que je ne vois pas. Ainsi , forcé de mettre en jeu mon imagination , bientôt je n'en
lis plus maître , et ce que j'ai fait pour me rassurer ne sert qu'à
l'alarmer davantage. Si j'entends du bruit , j'entends des voleurs ;
I je n'entends rien, je vois des fantômes : la vigilanceque m'inst'ire le soin de me conserver ne me donne que sujets de crainte. Tout ce qui doit me rassurer n'est que dans ma raison; l'instinct iilus fort me parle tout autrement qu'elle. A quoi bon penser
[u'on n'a rien à craindre , puisque alors on n'a rien à faire ? I^ cause du mal trouvée indique le remède. En toute chose l'ha-
• <|uil rornuit dans l'œil, et qu'on aura réellement vu une figure gigantes-
• ijuf on i'-poiiVAn table par la grandeur et par la forme. Le préjugé de»
• ■ ' ' ' !\ nature, et ses apparences ne dépendent
>-<)|ilies, uniquement de l'imagination. > : ' , • ■:,.-.::, 111-12.)
J 41 lâché de tuoiitrer dan» le te&tc comment il en dépend toujoun en partie ; ft . quant » la cause expliqu«W» dan« ce pa's'wgp , on voit que l'iialiitiiil ." Il nuit doit II ■ MIT les apparcn-
ii-^ ijii iiiccdcs forii incps font pren-
ili' luv . j. . .. ....^ycuxdans lu.. .^ . ^,. ,... . ..:i i-st encore assez
''«■l.iiir |K»ur noi« laiswr a|»ercevoir les contours des objets, comme il y a l'Iii» iT.iir inlcqvjsé dans un plus grand éloignement, nous devons toujour» - conÎDUi-» moins marqm'-s quand l'objet est plus loin de nous ; ce lit , à force d'habitude , |K)ur nous garantir de l'erreur qu'explique i'^Buffon. Queliiuc explication qu'on préfère, ma méthode est doiu: ri efficace , et c'est ce que l'cxiiérieHce confirme (>arfaitemenU
fi.
biludc tue l'imagination ; il n'y a que les objets nouveaux qiri la réveillent. Dans ceux que l'on voit tous les jours, ce n'est plus l'imagination qui agit, c'est la mémoire; et voilà la raison de l'axiome ab assuctis non fit jyassio , car ce n'est qu'au feu de l'imaginalion que les passions s'allument. Ne raisonnez donc pas avec celui que vous voulez guérir de l'horreur des ténèbres ; menez-l'y souvent , et soyez sur que tous les arguments de la philosophie ne vaudront pas cet usage. La tète ne tourne point aux couvreurs sur les toits, et l'on ne voit plus avoir peur dans l'obscurité quiconque est accoutumé d'y être.
Voilà donc pour nos jeux de nuit un autre avantage ajouté au premier : mais , pour que ces jeux réussissent , je n'y puis trop recommander la gaieté. Rien n'est si triste que les ténèbres : n'allez pas enfermer votre enfant dans un cachot. Qu'il rie en entrant dans l'obscurité ; que le rire le reprenne avant qu'il en sorte ; que , tandis qu'il y est, l'idée des amusemenls qu'il quitte , et de ceux qu'il va retrouver, le défende des imaginations fantastiques qui pourraient l'y venir chercher.
Il est un terme de la vie au delà duquel on rétrograde en avançant. Je sens que j'ai passé ce terme. .Te recommence , pour ainsi dire , une autre carrière. Le vide de l'àgo mur , qui s'est fait sentir a moi , me retrace le doux temps du premier âge. En vieillissant , je redeviens enfant, et je me rappelle plus volontiers ce que j'ai fait à dix ans qu'à trente. Lecteurs , pardonnez-moi donc de tirer quelquefois mes exemples de moi-même ; car , pour bien faire ce livre , il faut que je le fasse avec plaisir.
J'ét.iis à la campagne en pension chez un ministre appelé M. Lambercicr. .l'avais pour camarade un cousin plus riche que moi , et qu'on traitait en héritier, tandis que, éloigné de mon père , je n'étais qu'un pauvre orphelin. Mon grand cousin Bernard était singulièrement poltron, surtout la nuit. Je me moquai tant de sa frayeur , que M. Lambercicr , ennuyé de mes vanfcries, voulut mettre mon courage à l'épreuve. Un soir d'automne, qu'il faisait très-obscur, il me donna la clef du temple , el me dit d'aller chercher dans la chaire \n Bible qu'on y avait laissée. îl ajouta, jwur me piquer d'honneur, quelques mois qui me mirent dans l'impuissance de reculer.
.le partis sans lumière; iii j'en avais eu , c'aurait pcul-èlrc été pis enrore. Il fail.iii psser par le cimetière : je le traversai gail-
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lardemcnl ; car , tant que je me sentais en plein air , je n'eus jamais de frayeurs nocturnes.
En ouvrant la porte , j'entendis à la voûte un certain retentissement que je crus ressembler à des voL\ , et qui commença d'é- !>ranlcr ma fermeté romaine. La porte ouverte, je voulus entrer; mais à peine eus-jc fait quelques pas, que je m'arrêtai. En apercevant l'obscurité profonde qui régnait dans ce vaste lieu, je fus saisi d'une terreur qui me fit dresser les cheveux : je rétrograde, je sors, je me mets à fuir tout tremblant. Je trouvai dans la cour un petit chien nommé Snlian . dont les caresses me rassurèrent. Honteux de ma frayeur , je revins sur mes pas, tâchant pourtant l'emmener avec moi Sultan . qui ne voulut pas me suivre. Je franhis brusquement la porte , j'entre dans l'église. A peine y fus-je rentré, que la frayeur me reprit , mais si fortement que je perdis la tète ; ei , quoique la chaire fut à droite , et que je le susse trèsbien , ayant tourné sans m'en apercevoir , je la clierchai longtemps .1 gauche, je m'embarrassai dans le» bancs, je ne savais plus où l'étais; et , ne pouvant trouver ni la chaire ni la porte , je tombal ilans un bouleversement inexprimable. Enfin , j'aperçois la porte , je viens à bout de sortir du temple, et je m'en éloigne comme la |)remière fois, bien résolu de n'y jamais rentrer seul qu'en plein jour.
Je reviens jusqu'à la maison. Prêt àenlrer , je distingue la voix <îc M. Lambercierà de grands éclats de rire. Je les prends pour noi d'avance , et , confus de m'y voir exposé , j'hésite à ouvrir la
irle. Dans cet intervalle, j'entends mademoiselle Lambercier
- inquiéter de moi, dire à la servante de prendre la lanterne, et
M. Limbcrcier se disposer à me venir chercher, escorté de mon in-
ii'pidc cousin, auquel ensuite on n'aurait pas manqué de faire
■ Ijonneur de rex|)édition. X l'iostant toutes mes frayeurs
• , et ne me laissent que celle d'être surpris daivj ma fuite :
>. , je vole au temple ; sans ai 'égarer , sans tâtonner , j'ar-
la chaire; j'y monte , je prends la Bible, je m'élance en
bas ; dans trois sauts je suis hors du temple , dont j'oubliai même
i*' fermer la porte ; j'entre dans Ja chambre, hors d'haleine, je
•lie la Bible sur la table, effaré, mais palpitant d'aise d'avoir
l-révcnu le secours qui m'était destiné.
f hi me demandera si jp donne ce trait pour un modèle à suirre , l pour un exem|)le de la gaieté que j'exige dans ces sortes d'exer-
ciccs. Non ; mais je le donne pour preuve que rien n'est plus capable de rassurer quiconque est effrayé des ombres de la nuit , que d'entendre dans une chambre voisine une compagnie assemblée rire et causer tranquillement. Je voudrais qu'au lieu de s'amuser ainsi seul avec son élève , on rassemblât les soirs beaucoup d'enfants de bonne humeur; qu'on ne les envoyât pas d'abord séparément, mais plusieurs ensemble, et qu'on n'en hasardât aucun parfaitement seul , qu'on ne se fût bien assuré d'avance qu'il n'en serait pas Irop effrayé.
Je n'imagine rien de si plaisant et de si utile que de pareils jeux , pour peu qu'on voulût user d'adresse à les ordonner. Je ferais dans une grande salle une espèce de labyrinthe avec des tables , des fauteuils , des chaises , des paravents. Dans les inextricables lortuosités de ce labyrinthe j'arrangerais , au milieu de huit ou dix boîtes d'attrapes , une autre boite presque semblable , bien garnie de bonbons ; je désignerais en termes clairs , mais succincts , le lieu précis où se trouve la bonne boite ; je donnerais le renseignement suffisant pour la distinguer à des gens plus attentifs et moins étourdis que des enfants • ; puis , après avoir fait tirer au sort les petits concurrents, je les enverrais chercher tous l'un après l'autre, jusqu'à ce que la bonne boite fut trouvée : ce que j'aurais soin de rendre difficile à proportion de leur habileté.
Figurez-vous un petit Hercule arrivant une boite à la main , tout fier de son expédition. La boite se met sur la table , on l'ouvre en cérémonie. J'entends d'ici les éclats de rire, les huées de la bande jojeuse , quand , au lieu des confitures qu'on attendait, on trouve bien proprement arrangés sur de la mousse ou sur du colon un hanneton , un escargot , du charbon , du gland , un navet, ou quelque autre pareille denrée. D'autres fois, dans une pièce nouvellement blanchie, on suspendra près du mur quelque jouet , quelque petit meuble qu'il s'agira d'aller rherclier sans toucher au mur. A peine celui qui l'apportera sera-t-il rentré, que, pour peu qu'il ait manqué à la condition , le bout do son chapeau blanchi , le bout de ses souliers , la basque de son habit , an manche, trahiront sa maladresse. En voilà bien assez , trop peut-être,
' l'tMir li'.s exercer à l'altcntion , ne leur ililes jamais (|iie tlesdiOM's <|iriU aiejit un iuU'rt't scnsilde et iiii'sent i bien enltmlrc; surtout |x)iiit Je longueurs , jamais un mot su|>crl1u. Mais aussi ne laissez dans vus discours tu obacuritt' ni 6(|uivu<|UG.