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(lent la peau rude , calleuse , el lui ôtent le setitiinent naturel ; les seconds sont ceux qui varient ce même sentiment par un tact léficr et fréquent, en sorte que l'esprit , attentif à des impressions in- CA'Ssamment répétées , acquiert la facilité de juger toutes leurs modifications. Cette différence est sensible dans l'usage des instruments de musique : le loucher dur et meurtrissant du violonrelle , de la coâtre-basse , du violon même , en rendant les doigts plus flexibles , raccornit leurs extrémités. Le toucher lisse et poli du clavecin les rend aussi plus flexibles et plus sensibles en mémo lomps. Eu ceci donc le clavecin est à préférer.
il importe que la peau s'endurcisse aux impressions de l'air, el puisse braver ses altérations ; car c'est elle qui défend tout le reste. ,V cela près , je ne voudrais pas que la main , trop servilement appliquée aux mêmes travaux , vint à s'endurcir , ni que sa jjcau devenue presque osseuse perdit ce sentiment exquis qui donne à connaître quels sont les corps sur lesquels on la passe , et , selon l'espèce de contact , nous fait quelquefois , dans l' obscurité , frissonner en diverses manières.
Pourquoi faut-il que mon élève soit forcé d'avoir toujours sous les pieds une i)eau de bœuf? Quel mal y aurait-il que la sienne propre pût au besoin lui servir de semelle? Il est clair qu'en cette partie la délicatesse de la peau ne peut jamais être utile à rien, el peut souvent beaucoup nuire. Éveillés à minuit au cœur de riiiver par l'ennemi dans leur ville , les Genevois trouvèrent plus lot leurs fusils que leurs souliers. Si nul d'eux n'avait su niariher nu-pieds , qui sait si Genève n'eût point été prise ?
Armons toujours l'homme contre les accidents imprévus. Qu'É^y mile coure les matins à pieds nus, en toute saison , par la cham-, brc, par l'escalier, par le jardin; loin de l'en gronder, je rimite~ rai; seulement j'aurai soin d'écarter le verre. Je parlerai bientôt des travaux et des jeux manuels. Du reste, qu'il apprenne à faire tous les pas qui favorisent les évolutions du corps , à prendre dans toutes les altitudes une position aisée et solide; qu'il sache sauter en éloignemcnt , en hauteur, grimper sur un arbre, franchir un mur; qu'il trouve toujours son équilibre; que tous i»es mouvements , ses gestes , soient ordonnés scion les lois de la pondération , longtemps avant (juc la statique se mêle de les lui expliquer. A la manière dont sonpiedpose àlerrcel dont son corps porte sur sn jambe, il doit sentir s'il est bien ou mal. Une assîelle
assurée a toujours de la grâce , et les postures les plus fermes sont aussi les plus élégantes. Si j'étais maître à danser , je ne ferais pas toutes les singeries de Marcel • , bonnes pour le pays où il les fait ; mais , au lieu d'occuper éternellement mon élève à des gambades , je le mènerais au pied d'un rocher: là, je lui montrerais quelle attitude il faut prendre, comment il faut porter le corps et la tète , quel raouvementil faut faire , de quel/e manière il faut poser , tantôt le pied , tantôt la main , pour suivre légèrement les sentiers escarpés, raboteux et rudes, et s'élancer de pointe en pointe tant en montant qu'en descendant. J'en ferais l'émule d'un chevreuil, plutôt qu'un danseur de l'Opéra.
Autant le toucher concentre ses opérations autour de l'homme , autant la vue étend les siennes au delà de lui ; c'est là ce qui rend celles-ci trompeuses : d'un coup d'œil un homme embrasse la moitié de son horizon. Dans cette multitude de sensations simultanées et de JHgements qu'elles excitent , comment ne se tromper sur aucun? Ainsi la vue est de tous nos sens le plus fautif, précisément parce qu'il est le plus étendu , et que , précédant de bien loin tous les autres , ses opérations sont trop promptes et trop vastes pour pouvoir être rectifiées par eux. 11 y a plus, les illusions mêmes de la perspective nous sont nécessaires pour parvenir à connaître l'étendue, et à comparer ses parties. Sans les fausses apparences , nous ne verrions rien dans l'éloignement ; sans les gradations de grandeur et de lumière , nous ne pourrions estimer aucune distance , «u plutôt il n'y en aurait point pour nous. Si de deux arbres égaux celui qui est à cent pas de nous nous paraissait aussi grand et aussi distinct que celui qui est à dix , nous les placerions a côté l'un de l'autre. Si nous apercevions toutes les dimensions des objets sous leur véritable mesure , nous ne ve^ rions aucun espace , et tout nous paraîtrait sur notre œil.
Le sens de la vue n'a , pour juger la grandeur des objets et leur distance, qu'une même mesure, savoir, l'ouveilure de l'angle
' Cdlt'brc maître i danser lîc Paris, lequel , connaissant bien son monde, faisiit l'extravagant par ruse, et donnait h son art une importance qu'on feisiiait de trouver ridicule, mais pour laiiuelle on lui portait au fond le plus grand respect. Dans un autre art non moins frivole, o»» voit encore aujourd'hui un artiste comt'dien faire ainsi l'importait et le fou, et ne r&\m\ï pas moins bien. Cett« niétliwle est toujours sûre çn France. Le vrai talent , plus simple et moins cliarlatan . n'y fait point fortune. La modestie y est la vertu des stits.