‹ Émile (volume 2)Chapitre 59 sur 240 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

ilis : Si l'on ôlail le cercle, et qu'on Lassât les lignes droites, les

an;;les auraient-ils changé de grandeur? etc.

On néglige la justesse des figures, on la suppose, et l'on s'at-

iche à la démonstration. Entre nous, au contraire, il ne sera ja-

iiis question de démonstration; notre plus importante affaire

ra de tirer des lignes bien droites, bien justes , bien égales; de

:ire un carré bien parfait, de tracer un cercle bien rond. Pour

\ oriticr la justesse de la figure , nous l'examinerons par toutes ses

jiropriétés sensibles; et cela nous donnera occasion d'en découvrir

thaque jour de nouvelles. Nous plierons par le diamètre les deux

ilemi-cercles; par la diagonale; les deux moitiés du carré : nous

'mparerons nos deux figures pour voir celle dont les bords con-

\ icnncnt le plus exactement , et par conséquent la mieux faite ;

nous disputerons si cette égalité de partage doit avoir toujours lieu

»l;ins les parallélogrammes, dans les trapèzes, etc. On essayera

(juelquefois de prévoir le succès de l'expérience avant de la

"ire , on tâchera de trouver des raisons, etc.

La géométrie n'est pour mo» élève que l'art de se bien servir de

i règle et du compas : il ne doit point la confondre avec le des-

;i , oii il n'emploiera ni l'un ni l'autre de ces instruments. La rè-

" et le compas seront enfermés sous la clef, et l'on ne lui en

rordera que rarement rus.ige et pour peu de temps, afin qu'il

s'accoutume pas à barbouiller : mais nous pourrons quelque-

is porter nos figures à la promenade , et causer de ce que nous

irons fait ou de ce que nous voudrons faire.

Je n'oublierai jamais d'avoir vu à Turin un jeune homme à qui ,

d ins son enfance, on avait appris les rapports des contours et des

irfaces en lui donnant chaque jour à choisir, dans toutes les figu-

s géométriques, des gaufres isopérimèlres. Le petit gourmand

■lit épuisé l'art d'Archimède pour trouver dans laquelle il y avait

plus à manger *.

Quand un enfant joue au volant , il s'exerce l'œil et le bras à

' I ju8tes!>e; quand il fouette un sabot, il accroît sa force en s'en

rvanl, mais sans rien apprendre. J'ai demandé quelquefois pour-

l'ioi l'on n'offrait pas aux enfants les mêmes jeux d'adressequ'ont

r/wif/rM celles dont le« contours ou circonf«f- ' ur. Or de toutes ces figures, il est prouvé «pie

1 , - ..::ci)t la plus grande surface. L'enfant a donc dû

iJisir des çiufrcsde figure circuloirf.] yoU: de .V. Ptlitain.

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les hommos : la paume, le mail , le billard , l'arc , le ballon , les instruments de musique. On m'a répondu que quehjues-uns de ces jeux étaient au-dessus de leurs forces , et que leurs mcmbri;s et leurs organes n'étaient pas assez formes pour les autres. Je trouve ces raisons mauvaises : un enfant n'a pas la taille d'un liomme, et ne laisse pas de porter un habit fait comme le sien, .le n'entends pas qu'il joue avec nos masses suf un billard haut de trois pieds; je n'entends pas qu'il aille peloter dans nos hipols, ni qu'on charge sa petite main d'une raquette de paumier; mais qu'il joue dans une salle dont on aura garanti les fenêtres ; qu'il ne se serve d'abord que de balles molles; que ses premières raquettes soient de bois, puis de parchemin, et entin de corde à boyau i)andce à proportion de son progrès. Vous préférez le volant , parce qu'il fatigue moins et qu'il est sans danger. Vous .ivez tort par ces deux raisons. Le volant est un jeu de femmes; mais il n'y en a pas une que ne fit fuir une balle en mouvement. Leurs blanches peaux ne doivent pas s'endurcir aux meurtrissures , et ce ne sont pas des contusions qu'attendent leurs visages. Mais nous , faits pour cire vigoureux , croyons-nous le devenir sans peine ? et de quelle défense serons-nous capables , si nous ne sommes jamais attaqués? On joue toujours lâchement les jeux où l'on peut être maladroit sans risque : un volant qui tombe ne fait de mal à personne ; mais rien ne dégourdit les bras comme d'avoir à couvrir la tète , rien ne rend le coup d'oeil si juste que d'avoir à garantir les yeux. S'élancer du bout d'une salle à l'autre, juger le bond d'une balle encore en l'air, la renvoyer d'une main forte et sûre; de tels jeux conviennent moins à l'homme qu'ils ne servent à le former.

Les fibres d'un enfant, dit-on, sont trop molles! Elles ont moins de ressort, mais elles en sont plus flexibles; son bras est faible , mais enfin c'est un bras ; on en doit faire , proportion gardée , tout ce qu'on fait d'une autre machine semblable. Les enfants n'ont dans les mains nulle adresse; c'est pour cela que je veux qu'on leur en donne : un homme aussi peu exercé qu'eux u'en aurait pas davantage : nous ne pouvons connaître l'usage de nos organes qu'après les avoir employés. Il n'y a qu'une longue expérience qui nous apprenne à tirer i>arli de nous-mème, el cette expérience est la vérit^ible élude a liu|uelle on ne peut trop loi nous appliquer.

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