LIVRE II. tâ
'!t>rce majeure, mineure, superflue, ou dimiuuée. Par quelle* ; range fatalité le pays du monde où l'on écrit les plus beaux li- • ! es sur la musique est-il précisément celui où on l'apprend le lus difiicilcment?
Suivons avec notre élève une pratique plus simple et plus iiire ; qu'il n'y ait pour lui que deux modes , dont les rapports 'lent toujours les mêmes, et toujours indiqués par les mêmes vildbes. Soit qu'il chante ou qu'il joue d'un instrument, qu'il sache établir son mode sur chacun des douze tons qui peuvent lui servir de base , et que , soit qu'on module en D , en C , en G, etc., la finale soil toujours ut ou la, selon le mode. De celte manière il vous concevra toujours ; les rapports essentiels du mode pour chanter et jouer juste seront toujours présents à son esprit , son exécution sera plus nette et son progrès plus rapide. Il n'y a rien de plus bizarre que ce que les Français appellent solfier au naturel ; c'est éloigner les idées de la chose, pour en substituer d'étrangères qui ne font qu'égarer. Rien n'est plus naturel que de solfier par transposition , lorsque le mode est transposé. Mais c'en est trop sur la musique ; enseignez-la comme vous voudrez , |M)urvu qu'elle ne soit jamais qu'un amusement.
Nous voilà bien avertis de l'état des corps étrangers par rapport au noire, de leur poids, de leur figure , de leur couleur, de lem- ■olidilé , de leur grandeur, de leur distance , de leur température , de leur repos , de leur mouvement. Nous sommes instruits de ceux qu'il nous convient d'approcher ou d'éloigner de nous , de la manière dont il faut nous y prendre pour vaincre leur résistance , ou pour leur en opposer une qui nous préserve d'en être offensés ; mais ce n'est pas assez : notre propre corps s'épuise saus cesse , il a besoin d'être sans cesse renouvelé. Quoique nous ayons la faculté d'en changer d'autres en notre propre substance , le choix •'est pas indifférent : tout n'est pas aliment pour l'homme ; et des substances qui peuvent l'être , il y en a de plus ou de moins convenables, selon la constitution de son espèce, selon le climat qu'il habile , selon son tempérament particulier, et selon la mamère de vivre que lui prescrit son état.
Nous mourrions affamés ou empoisonnés , s'il fallait attendre , pour rlioi sir les nourritures qui nous conviennent, que l'expénence nous eût appris à les connaître et à les choisir : mais la suprême boulé , (pii a fait du plaisir des êtres sen&ibles l'instrument
» de leur conservation , nous avertit, par ce qui plait à notre palais , de ce qui convient à notre estomac. Il n'y a point naturellement pour l'homme de médecin plus sur que son propre appétit ; et, à le prendre dans son état primitif, je ne doute point qu'alors les aliments qu'il trouvait les plus agréables ne lui fussent aussi les plus sains.
Il y a plus. L'auteur des choses ne pourvoit pas seulement aux besoins qu'il nous donne, mais encore à ceux que nous nous donnons nous-mêmes; et c'est pour mettre toujours 1« désir à côté du besoin , qu'il fait que nos goûts changent et s'altèrent avec nos manières de vivre. Plus nous nous éloignons de l'état de nature, plus nous perdons de nos goûts naturels; ou plutôt l'habilude nous fait une seconde nature , que nous substituons tellement à la première , que nul d'entre nous ne connaît plus celle-ci.
Il suit de là que les goûts les plus naturels doivent être aussi les plus simples , car ce sont ceux qui se transforment le plus aisément; au lieu qu'en s'aiguisant, en s'irritant par nos fantaisies, ils prennent une forme qui ne change plus. L'homme qui n'est [encore d'aucun pays se fera sans peine aux usages de quelque pays que ce soit ; mais l'homme d'un pays ne devient plus celui d'un autre.
Ceci me parait vrai dans tous les sens , et bien plus encore , appliqué au goût proprement dit. Notre premier ciliment est le lait; nous ne nous accoutumons que par degrés aux saveurs fortes ; d'abord elles nous répugnent. Des fruits, des légumes, des herbes, et enfin quelques viandes grillées, sans assaisonnement et sans sel, firent les festins des premiers hommes'. La première fois qu'un sauvage boit du vin, il fait la grimace et le rejette; et, même parmi nous, quiconque a vécu jusqu'à vingt ans sans goûter de liqueurs fermentcesne peut plus s'y accoutumer : nous serions tous abstèmes, si l'on ne nous eût donné du vin dans nos jeunes ans. Enfin , plus nos goûts sont simples , plus ils sont universels ; les répugnances les i)lus communes tombent sur des mets composés. Vit-on jamais personne avoir en dégoût l'eau ni le pain? Voilà la trace de la iwture, voilà donc aussi notre règle. Conservonsà l'enfant son goût primitif le plus qu'il est possible ; que sa nourriture soit commune et simple, que son palais ne se familiarise
' Voyez. l'.Vrcatlic de l'.iu^^anias; voyez aussi le morceau de Pliitaninc tra:i!ti:rit ci-aprOs (page JGi .