LIVRE II
let , se glisse habilement dans une cuisine ; qu'il y vole un reirdcau tout vivant , qu'en l'emportant dans sa robe il en soit égra- -Tié , mordu , mis en sang , et que , pour n'avoir pas la honte d'è- • surpris , l'enfant se laisse déchirer les entrailles sans sourciller, îs pousser un seul cri , n'e>t-il pas juste qu'il profite enfin de sa oie , et qu'il la mange après enavoir été mangé? Jamaisuabon rets ne doit être une récompense; mais pourquoi ne serait-il pas quelquefois l'effet des soins qu'on a pris pour se le. procurer? Emile ne regarde point le gâteau que j'ai mis sur la pierre comme le prix d'avoir bien couru ; il s;iit seulement que le seul moyen d'avoir ce gâteau est d'y arriver plus tôt qu'un autre.
Ceci ne contredit point les maximes que j'avançais tout à l'heure sur la simplicité des mets ; car, pour flatter l'appétit des enfants, il ne s'agit pas d'exciter leur sensualité, mais seulement de la salis. Caire ; et cela s'obtiendra par les choses du monde les plus communes , si l'on ne travaille pas à leur raffiner le goût. Leur ap|)étit continuel, qu'excite le besoin de croître, est un assaisonnement *ûr qui leur lient lieu de beaucoup d'autres. Des fruits, du laitage, quelque pit-ce de four un peu i^Ius délicate que le pain ordinaire , surtout l'art de dispenser sobreinenl tout cela; voilà de quoi mener des armées d'<'nfants au bout du monde sans leur donner du goût pour les saveurs vives , ni risquer de leur blaser le palais.
Une des preuves que le goût de la viande n'est pas naturel à^ l'homme , est l'indifférence que les enfants oui pour ce mets-là, et kl préférence qu'ils donnent tous à des nourritures végétales , telles que le laitage , la pâtisserie , les fruits, etc. Il importe surtout de ne p<-ts dénaturer ce goût primitif , et de ne point rendre les enfiuits carnassiers : si ce n'est pour leur santé, c'est pour leur caraclèce; car , de quelque manière qu'on explique l'expérience, il est certain que les grands mangeurs de viande sont en général cruels etféroccs plus que les autres hommes : cette observation est de tous tes lieux et de tous les temps. La barbarie anglaise est comme ■ ; les Gaures , au contraire , sont les plus doux des boomies *. Tous
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