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les sauvages sont cruels ; et leurs mœurs ne les portent point à l'être : cette cruauté vient de leurs aliments. Ils vont à la guerre comme à la chasse, et traitent les hommes comme des ours. En Angleterre même les bouchers ne sont pas reçus en témoignage', non plus que les chirurgiens. Les grands scélérats s'endurcissent au meurtre en buvant du sang. Homère fait des Cyclopes , mangeurs de chair , des hommes affreux ; et des Lotophages un peuple si aimable, qu'aussitôt qu'on avait essayé de leur commerce, on oubliait jusqu'à son pays pour vivre avec eux.
'< Tu me demandes, disait Plutarque, pourquoi Pythagores'abs- « tenait de manger de la chair des bêles ; mais moi je te demande « au contraire quel courage d'homme eut le premier qui approcha « de sa bouche une chair meurtrie , qui brisa de sa dent les os « d'une béte expii-ante , qui fit servir devant lui des corps morts , « des cadavres , et engloutit dans son estomac des membres qui , « le moment d'auparavant , bêlaient , mugissaient, marchaient et « voyaient. Comment sa main put-elle enfoncer un fer dans le « cœur d'un être sensible? comment ses yeux purent-ils suppor- « ter un meurtre ? comment put-il voir saigner, écorcher, démemn brer un pauvre animal sans défense ? comment put-il supporter « l'aspect des chairs pantelantes ? comment leur odeur ne lui fit- « elle pas soulever le cœur .' comment ne fut-il pas dégoûté , re- « poussé, saisi d'horreur, quand il vint à manier l'ordure de ces « blessures , à nettoyer le sang noir et figé qui les couvrait.»
« Les peaux rampaient sur la terre écorcliées ; c Les chairs au feu mugissaient embrochées ;■ • L'homme ne put les manger sans frt'inir, f £t dans son sein les entendit gémir.
« Voilà ce qu'il dut imaginer et sentir la première fois qu'il sur- « monta la nature pour faire cet horrible repas , la première fois « qu'il eut faim d'une béte en vie , qu'il voulut se nourrir d'un « animal qui paissait encore, cl qu'il dit comment il fallait égorger, « dépecer, cuire la brel)is qui lui léchait les mains. C'est de ceux « qui commencèrent ces cruels festins , et non de ceux qui les
' Un des traducteurs anglais de ce livre a relevé ici ma méprise, cl tous deux l'ont corrigée. Les bouchers et les chirurgiens sont rc(;us en témoignage ; mais les premiers ne sont |H)int admis coiuiuc jurés ou (Kiii's au Jugenient des crimes, et les chirurgiens le sont.