‹ Émile (volume 2)Chapitre 67 sur 240 · I.iv. I, rlnn. ÎI · texte numérisé non relu

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Pour moi , jele croirais bien. Les odeurs par elles-mêmes sont des ser)sations faibles ; elles ébranlent plus l'imaginalion que le sens, et n'affectent pas tant par ce qu'elles dorment que par ce qu'elles font attendre. Cela supposé, les goûts des uns , devemis , par leurs manières de vivre, si différents des goûts des autres, doivent leur faire porter des jugements bien opposés des saveurs, et par conséquent des odeurs qui les annoncent. Un Tartare doit flairer avec autant de plaisir un quartier puant de cheval mort, qu'un de nos chasseurs une perdrix à moitié pourrie.

Nos sensations oiseuses , comme d'être embaumés des fleurs d'un parterre , doivent être insensibles à des hommes qui marchent trop pour aimer à se promener , et qui ne travaillent pas assez pour se faire une volupté du repos. Des gens toujours affamés ne sauraient prendre un grand plaisir à des parfums qui n'annoncent rien à manger.

L'odorat est le sens de l'imagination ; donnant aux nerfs un ton plus fort, il doit beaucoup agiter le cerveau : c'est pour cela qu'il ranime un moment le tempérament, et l'épuisé à la longue. 11 a dans l'amour des effets assez connus : le doux parfum d'un cabinet de toilette n'est pas un piège aussi faible qu'on pense ; et je ne sais s'il faut féliciter ou plaindre l'homme sage et peu sensible que l'odeur des fleurs que sa maîtresse a surlc sein ne Ht jamais palpiter.

L'odorat ne doit donc pas être fort actif dans le premier âge , où l'imagination que peu de passions ont encore animée n'est guère susceptible d'émotion , et ou l'on n'a pas encore assez d'expérience pour prévoir avec un sens ce que nous en promet un autre. Aussi cette conséquence est-elle parfaitement conlirmée par l'observa lion ; et il est certain que ce sens est encore obtus et presque hébélt chez la plupart des enfants. Nonque la sensation ne soiten eux aussi flne et peut-cire plus que dans les hommes, mais parce que , n'y joignant aucune autre idée , ils ne s'affectent pas aisément d'un sentiment de plaisir ou de peine , et qu'ils n'en sont ni flattés ni blessés comme nous. Je crois que , sans sortir du même système, et sans recourir à l'analomic comparée des deux sexes , on trouverait aisément la raison pourquoi les femmes en général s'affeclent plus vivement des odeurs que les hommes.

On dit que les sauvages du Canada se rendent dès leur jeunesse l'odorat si subtil ,que , quoiqu'ils aient des chiens , ils ne daignent par» s'en servir à la chasse , cl se servent de chiens à cux-inêmes.

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