‹ Émile (volume 2)Chapitre 74 sur 240 · Vous voyez déjà quel avantage nous lui avons procuré d'a · texte numérisé non relu

Vous voyez déjà quel avantage nous lui avons procuré d'a

K-e, en lui mettant un compas dans les yeux.

M.ilgré cela, s<ins doute, il faudra le guider un peu, mais très-

I , sans qu'il y paraisse. S'il se trompe, laissez-le faire, ne cor- 1. point ses erreurs ; attendez en silence qu'il soit en état de les

r et de les corriger lui-même, ou tout au plus, dans une occa-

:i favorable, amenez quelque opération qui les lui fasse sentir.

ne se trompait jaoïais , \\ n'apprendrait pas si bien. Au reste , iQ I: '«'agit pas qu'il sache exactement la topographie du pays , mais 1<' njoyen de s'en instruire ; peu importe qu'il ait des cartes dans la , pourvu qu'il conçoive bien ce qu'elles représentent , et qu'il

me idée nette de l'art qui sert à les dresser. Voyez déjà la dif-

' ricc qu'il y a du savoir de vos élèves à l'ignorance du mien ! Us

savent les caries , et lui les fait. Voici de nouveaux ornements pour sa chambre.

Souvenez-vous toujours que l'esprit de mon institution n'est pas d'enseigner à l'enfant beaucoup de choses , mais de ne laisser jamais entrer dans son cerveau que des idées justes et claires. Quand il ne saurait rien, peu m'importe , pourvu qu'il ne se trompe pas ; et je ne mets des vérités dans sa télé que pour le garantir des erreurs qu'il apprcjidrait à leur place. La raison, le jugement viennent lentement , les préjugés accourent en foule, c'est d'eux qu'il le faut préserver. Mais si vous regardez la science en elle-même , vous entrez dans une mer sans fond, sans rive, toute pleine d'écueiJs; vous ne vous en tirerez jamais. Quand je vois un homme épris de l'amour des connaissances se laisser séduire à leur charme et courir de l'une à l'autre sans savoir s'arrêter, je crois voir un enfant sur le rivage amassant des coquilles , et commençant par s'en charger, puis , tenté par celles qu'il voit encore , en rejeter, en reprendre , jusqu'à ce qu'accablé de leur multitude et ne sachant plus que choisir , il finisse par tout jeter, el retourne à vide.

Durant le premier âge , le temps était long : nous ne cherchions qu'à le perdre , de peur de le mal employer. Ici c'est tout le contraire , et nous n'en avons pas assez pour faire tout ce qui serait utile. Songez que les passions approchent, et que , sitôt qu'elles frapperont à la porte , votre élève n'aura plus d'attention que pour elles. L'âge paisible d'intelligence est si court, il passe si rapidement, il a tant d'autres usages nécessaires , que c'est une folie de vouloir qu'il suffise àrendre un enfant savant. Il ne s'agit point de lui enseigner les sciences , mais de lui donner du goût pour les aimer et des méthodes pour les apprendre , quand ce goût sera mieux développé. C'est là très-cerlaineraenl un principe fondamental de toute bonne éducation.

Voici le temps aussi de l'accoutumer peu à peu à donner uue attention suivie au même objet : mais ce n'est jamais la contrainte, c'est toujours le plaisir ou le désir qui doit produire celte attention ; il faut avoir grand soin qu'elle ne l'accable point el n'aille pas jusqu'à l'ennui. Tenez donc toujours l'œil au guet ; el , quoi qu'il arrive, quittez tout avant qu'il s'ennuie; car il n'importe jamais autant qu'il apprenne, qu'il importe qu'il ne fasse rien malgré lui.

S'il vous questionne lui-même, répondez autant qu'il faut pour nourrir sa curiosité . non pour la rassasier : surtout , quand voMs

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