LIVRE m
IMlit physicien capable de recti&er des balances avant que d'en avoir vu.
Sans contredit on prend des notions bien plus claires et bien plus sûres des choses qu'on apprend ainsi de soi-même , que de celles qu'on tient des enseignements d'autrui; et, outre qu'on n'accoutume point sa raison à se soumettre servilement à l'autorité, l'on se rend plus ingénieux à trouver des rapports, à lier des idées, à inventer des instruments, que quand, adoptant tout cela tel qu'on nous le donne, nous laissons affaisser notre esprit dans la nonchalance , comme le corps d'un homme qui , toujours habillé, chaussé, servi par ses gens et traîné par ses chevaux, perd à la tin la force et l'usage de ses membres. Boileau se van- ' d'avoir apprise Racine à rimer difficilement. Parmi tmld'adibles méthodes pour abréger l'étude des sciences , nous auis grand besoin que quelqu'un nous en donnât une pour les rendre avec effort.
avantage le plus sensible de ces lentes et laborieuses recher- ^ est de maintenir, au milieu des études spéculatives , le corps -> son activité , les membres dans leur souplesse , et de former - cesse les mains au travail et aux usages utiles à 1 homme. ,t d'instruments inventés pour nous guider dans nos expérien- 't suppléer à la justesse des sens, en font négliger l'exercice, ^raphomètre dispense d'estimer la grandeur des angles; l'œil mesurait avec précision les dislances s'en fie à la chaîne qui mesure pour lui; la romaine m'exempte déjuger à la main le Isque je connais par elle. Plus nos outils sont ingénieux , plus - organes deviennent grossiers et maladroits : à force de rasihler des machines autour de nous , nous n'en trouvons plus en ^-mémes.
Mais quand nous mettons à fabriquer ces machines l'adresse qui N en tenait lieu , quand nous employons à les faire la sagacité i fallait pour nous en passer, nous gagnons sans rien perdre, s ajoutons l'art à la nature , et nous devenons plus ingénieux ^ devenir moins adroits. Au lieu de coller un enfant sur des li- ^ , si je l'occupe dans un atelier, ses mains travaillent au profit -on esprit : il devient philosophe , et croit n'être qu'un ouvrier. in cet exercice a d'autres usages dont je parlerai ci-après; et i comment des jeux de la philosophie on peut s élever aux ' fonctions de l'homme.
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9^ai déjà dit que les connaissances purement spéculatives ne
convenaient guère aux enfants, même approchant de l'adolescence : mais, sans les faire entrer bien avant dans la physique sj'stématique, faites pourtant que toutes leurs expériences selicnU'une à l'autre par quoique sorte de déduction , afin qu'à l'aide de celle chaîne ils puissent les placer par ordre dans leur esprit, cl se Ips rappeler au besoin ; car il est bien difficile que des faits et même des raisonnements isolés tiennent longtemps dans la mémoire, quand on manque de prise pour les y ramener.
Dans la recherche des lois de la nature , commencez toujours par les phénomènes les plus communs elles plus sensibles, et accoutumez votre élève à ne pas prendre ces phénomènes pour des raisons, mais pour des faits. Je prends une pierre , je feins de la poser en l'air; j'ouvre la main, la pierre tombe. Je regarde Emile attentif à ce que je fais, et je lui dis : Pourquoi cette pierre est-elle tombée ?
Quel enfant restera court à cette question.^ Aucun, pas même Emile , si je n'ai pris grand soin de le préparer à n'y savoir pas répondre. Tous diront que la pierre tombe parce qu'elle est pesante. El qu'est-ce qui est pesant ? C'est ce qui tombe. La pierre tombe ilonc parce qu'elle tombe? Ici mon petit philosophe est arrêté tout de bon. Voilà sa première leçon de physique systématique ; el , .soit qu'elle lui profite ou non dans ce genre , ce sera toujours une* leçon de bon sens.
A mesure que l'enfant avance en intelligence , d'autres consiiirrations importantes nous obligent à plus de choix dans ses occupitions. Sitôt qu'il parvient à se connaître assez lui-même pour concevoir en quoi consiste son bien-être, sitôt qu'il peut saisir des rapports assez étendus pour juger de ce qui lui convient et de ce qui ne lui convient pas , dès lors il est en état de sentir la différence du travail à l'amusement , c\ de ne regarder celui-ci que comme le délassement de l'autre. Alors des objets d'utilité réelle peuvent entrer dans ses études, et l'engagera y donner une application plus constante qu'il n'en donnait a de simples amusements. La loi de la nécessité, toujours renaissante , apprend de bonne heure i l'homme à faire ce qui ne lui plait pas , pour prévenir un mal qui lui déplairait davantage. Tel est l'usage de la prévoyance; et , de relie prévoyance bien ou mal réglée, nait toute la sagesse ou toute kl misère luiiname.