‹ Émile (volume 2)Chapitre 80 sur 240 · LIVRE m. t9n · texte numérisé non relu

LIVRE m. t9n

f (lilà j)resquc réduil au silence quand il vous plaît ; et vous , au

rontraire , quel avantage vos connaissances et votre expérience ne

-^ "US donnent-elles point, pour lui montrer l'utilité de tout ce que

is lui proposez! Car,ne vous y trompez pas, lui faire cette ques-

:i , c'est lui apprendre à vous la faire à son tour; ei vous de-

/ compter, sur tout ce que vous lui proposerez dans la suite, qu'à

'. itre exemple il ne manquera pas de dire: A quoi cela est-il bon?

r/est ici peut-éfre le piège le plus difficile à éviter pour un gou-

neur. Si, sur la question de l'enfant , ne cherchant qu'à vous

r d'affaire, vous lui donnez une seule raison qu'il ne soit pas

(Il état d'entendre ; voyant que vous raisonnez sur vos idées et

""ti sur les siennes , il croira ce que vous lui dites bien pour

tre âge , et non pour le sien ; il ne se fiera plus à vous , et tout

perdu. Mais où est le maître qui veuille bien rester court et

venir de ses torts avec son élève? tous se font une loi de ne

> convenir même de ceux qu'ils ont ; et moi je m'en ferais une convenir même de ceux que je n'aurais pas , quand je ne pour-

> mettre mes raisons à sa portée : ainsi ma conduite , toujours te dans son esprit , ne lui serait jamais suspecte , et je me conserverais plus de crédit en me supposant des fautes , qu'ils ne font en cachant les leurs.

Premièrement , songez bien que c'est rarement à vous de lui proposer ce qu'il doit apprendre ; c'est à lui de le désirer, de le i' chercher, de le trouver ; à vous de le mettre à sa portée , de faire * ' naître adroitement ce désir , et de lui fournir les moyens de le sa-J I tisfaire. Il suit de là que vos questions doivent être peu fréquentes, ; mais bien choisies; et que, comme il en aura beaucoup plus à I vous faire que vous à lui , vous serez toujours moins à découvert, et plus souvent dans le cas de lui dire : En quoi ce que tous me ihmandez est-il utile à savoir?

! )e plus , comme il importe peu qu'il apprenne ceci ou cela , [luan'u qu'il conçoive bien ce qu'il apprend et l'usage de ce qu'il apprend , sitôt que vous n'avez pas à lui donner sur ce que vous lui dites un éclaircissement qui soit bon pour lui , ne lui en donnez point du tout. Diles-lui sans scrupule : Je n'ai pas de bonne réponse à vous faire ; j'avais tort , laissons cela. Si voire instruction était réellement déplacée , il n'y a pas de mal à l'abandonner tout à fait; si elle ne l'élail ps, avec un peu de soin vous Irou- \cro/ !»iciil<tt ^(l(•(•.l^i(ln de lui on rendre l'ulilité sen«»il)lc.

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Je n'aime point les explications en discours ; les jeunes gens y font peu d'attention et ne les retiennent guère. Les choses ! les choses ! Je ne répéterai jamais assez que nous donnons trop de pouvoir aux mots : avec notre éducation bahillarde nous ne faisons que des babillards.

Supposons que , tandis que j'étudie avec mon élève le cours du soleil et la manière de s'orienter, tout à coup il m'interrompe pour me demander àquoi sert tout cela. Quel beau discours je vais lui faire ! de combien de choses je saisis l'occasion de l'instruire en répondant à sa question , surtout si nous avons des témoins de notre entretien ' ! Je lui parlerai de l'utilité des voyages, des avantages du commerce, des productions particulières à chaque climat, des mœurs des différents peuples, de l'usage du calendrier, de la supputation du retour des saisons pour l'agriculture, de l'art de la navigation, de la manière de se conduire sur mer cl (le suivre exactement sa route, sans savoir où l'on est. La politique, l'histoire naturelle, l'astronomie, la morale même et le droit des gens entreront dans mon explication , de manière à doimer à mon élève une grande idée de toutes ces sciences et un grand désir de les apprendre. Quand j'aurai tout dit , j'aurai fait l'étalage d'un vrai pédant , auquel il n'aura pas compris une seule idée. Il aurait grande envie de me demander comme auparavant à quoi sert de s'orienter; mais il n'ose, de peur que je ne me fâche.. Il trouve mieux son compte à feindre d'entendre ce qu'on l'a forcé d'écouter. Ainsi se pratiquent les belles éducations.

Mais notre Emile , plus rustiquemeut élevé , et à qui nous donnons avec tant de peine une conception dure , n'écoutera rien de tout cela. Du premier mot qu'il n'entendra pas il va s'enfuir, il va folàlrer par la chambre, et me laisser pérorer tout seul. Cherchons une solution plus grossière ; mon appareil scientifique ne vaut rien pour lui.

Nous observions la position de la forêt au nord de Montmorency, quand il m'a interrompu par son importune question , A quoi sert cela? Vous avez raison, lui dis-je ; il y faut penser à loisir; et si nous trouvons que ce travail n'est bon à rion , nous ne le repren-

' J'ai souvent remarqué que, clans les doctes instmction» qu'on lioune aux cnfanls, on songe moins à se faire t'couter deux (jut' dos grandes jiersonnes (|ui sont présentes. Je suis trùs-sftr de ce ((uc je dis U , car j'en ai fait l'olwivnfiiin sur nioi-mrnio.

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