pas plus loin que cela, et n'entre/ point dans l'explica
- effets moraux Je celle institution. Kn toulo chose il inipurtc
de bien exposer les usages avant de montrer les abus. Si vous prétendez expliquer aux enfants comment les signes font négliger les choses , comment de la monnaie sont nées toutes les chimères de l'opinion , comment les pays riches d'argent doivent être pauvres de tout, vous traiteriez ces enfants non-seulement en philosophes, mais en hommes sages , et vous prétendriez leur faire entendre œ que peu de philosophes même ont bien conçu.
Sur quelle abondance d'objets intéressants ne peut-on point tourner ainsi la curiosité d'un élève , sans jamais quitter les rapports réels et matériels qui sont à sa portée , ni souffrir qu'il s'élève dans son esprit une seule idée qu'il ne puisse pas concevoir ! L'art du maître est de ne laisser jamais appesantir ses observations sur des minuties qui ne tiennent à rien , mais de le rapprocher sans cesse des grandes relations qu'il doit connaître un jour pour bien juger du bon et du mauvais ordre de la société civile. Il faut savoir assortir les entretiens dont on l'amuse au tour d'esprit qu'on lui a donné. Telle question , qui ne pourrait pas même effleurer l'attention d'un autre, va tourmenter Emile pendant six mois.
Nous allons dîner dans une maison opulente ; nous trouvons les apprêts d'un festm , beaucoup de monde , beaucoup de laquais , beaucoup de plats , un service élégant et (in. Tout cet appareil de plasir et de fêle a quelque chose d'enivrant qui porte à la tête quand on n'y est pas accoutumé. Je pressens l'effet de tout cela sur mon jeune élève. Tandis que le repas se prolonge, tandis que les services se succèdent , tandis qu'autour de la table régnent mille propos bruyants , je m'approche de son oreille , et je lui dis : Par combien de mains estimeriez-vous bien qu'ait passé tout ce que vous voyez sur cette table avant que d'y arriver.' Quelle foule d'idées j éveille dans son cerveau par ce peu de mots ! A l'instant voilà toutes les vapeurs du délire abattues. 11 rêve, il réfléchit, il calcule, il s'inquiète. Tandis que les philosophes, égayés par le vin , peul-ctrc par leurs voisines , radotent et font les enfants , le voilà lui philosophant tout seul dans son coin : il m'interroge ; je refuse de répondre, je le renvoie à un autre temps ; il s'impatiente , il oublie de manger et de boire , il brûle d'être hors de table pour m' entretenir à son aise. Quel objet pour sa curiosité ! quel iexli pour son instruction I Avec un jugement sain que rien n'a pu cor- .'ompre, que pensera-t-il du luxe, quand il trouvera que toutes les régions du monde ont été mises à contribution , que vingt mil-
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hoDs de mains peut-être ont longtemps travaille, qu'il en a coûte la vie peut-être à des milliers d'hommes , et tout cela pour lui présenter en pompe à midi ce qu'il va déposer le soir dans sa garderol)e?
Épiez avec soin les conclusions secrètes qu'il tire eo son cœur de toutes ses observations. Si vous l'avez moins bien gardé que je ne le suppose , il peut être tenté de tourner ses réflexions dans un autre sens, et de se regarder comme un personnage important au monde , en voyant tant de soins concourir pour apprêter son dîner. Si vous pressentez ce raisonnement, vous pouvez aisément le prévenir avant qu'il le fasse , ou du moins en effacer aussitôt l'impression. Ne sachant encore s'approprier les choses que par une jouissance matérielle, il ne peut juger de leur convenance ou disconvenance avec lui que par des rapports sensibles. La comparaison d'un diner simple et rustique , préparé par l'exercice , assaisonné par la faim , par la liberté , par la joie, avec son festin si magnifique et si compassé, suffira pour lui faire sentir que tout Fappareil du festin ne lui ayant donné aucun proOt réel , et sou estomac sortant tout aussi content de la table du paysan que de celle du financier, il n'y avait rien à l'un de plus qu'à l'autre qu'il put appeler véritablement sien.
Imaginons ce qu'en pareil cas un gouverneur pourra lui dire. Rappelez-vous bien ces deux repas , et décidez en vous-même lequel vous avez fait avec le plus de plaisir ; auquel avez-vous remarqué le plus de joie ? auquel a-t-on mangé de plus grand appétit, ba plus gaiement, ri de meilleur cœur ? lequel a duré le plus long- D temps sans ennui, et sans avoir besoin d'être renouvelé par d'autres services ? Cependant voyez la différence : ce pain bis , que vous '■■"avez si bon , vient du blé recueilli par ce paysan ; son vin noir
.Tossier, maisdésaltérant elsain,est ducrude sa vigne; le linge » leiil de son chanvre, filé l'hiver par sa femme, par ses filles, par M servante ; nulles autres mains que celles de sa famille n'ont fait les apprêts de sa table ; le moulin le plus proche et le marché voisin sont les bornes de l'univers pour lui. En quoi donc avez-vous réellement joui de tout ce qu'ont fourni de plus la terre éloignée et la main des hommes sur l'autre table ? Si tout cela ne vous a pas fait faire un meilleur repas , qu'avez-vous gagne à cette abondance .' qu'y avait-il là qui fut fait pour vous.» Si vous eussiez été te iiialire de la maison, pourra-t-il ajouter, tout cela vous fût resté