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conduirons-nous avec notre élève relativement au danger de la petite-vérole? La lui feronsnous inoculer en bas âge, ou si nous attendrons qu’il la prenne naturellement ? Le premier parti, plus conforme à notre pratique, garantit du péril l’âge où la vie est la plus précieuse, au risque de celui où elle l’est le moins ; si toutefois on peut donner le nom de risque à l’inoculation bien administrée.
Mais le second est plus dans nos principes généraux , de laisser faire en tout la nature dans les soins qu’elle aime à prendre seule, et qu’elle abandonne aussitôt que l’homme veut s’en mêler. L’homme de la nature est toujours préparé : laissons-le inoculer par ce maître; il choisira mieux le moment que nous.
N’allez pas de là conclure que je blâme l’inoculation ; car le raisonnement sur lequel j’en exempte mon élève iroit très-mal aux vôtres. Votre éducation les prépare à ne point échapper à la petite-vérole au moment qu’ils en seront attaqués ; si vous la laissez venir au hasard, il est probable qu’ils en périront. Je vois que dans les différents pays on résiste d’autant plus à l’inoculation qu’elle y devient plus nécessaire, et la raison de cela se sent aisément. A peine aussi daignerai-je traitei cette question pour mon Émile. Il seia inoculé, ou il ne le sera pas, selon les temps, les lieux, les circonstances : cela est presque
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indifférent pour lui. Si on lui donne la petitevérole, on aura l’avantage de prévoir et connoitre son mal d’avance; c’est quelque chose : mais s’il la prend naturellement, nous l’aurons préservé. du médecin; c’est encore plus.
Une éducation exclusive, qui tend seulement à distinguer du peuple ceux qui l’ont reçue, préfère toujours les instructions les plus coûteuses aux plus communes, et par cela même aux plus utiles. Ainsi les jeunes gens élevés avec soin apprennent tous à mon ter à cheval, parce qu’il en coûte beaucoup pour cela; mais presque aucun d’eux n’apprend à nager parce qu’il n’en coûte rien, et qu’un artisan peut savoir nager aussi bien que qui que ce soit. Cependant , sans avoir fait son académie, un voyageur monte à cheval, s’y tient, et s’en sert assez pour le besoin; mais, dans l’eau, si l’on ne nage on se noie, et l’on ne nage point sans l’avoir appris. Enfin l’on n’est pas obligé de monter à cheval sous peine de la vie, au lieu que nul n’est sûr d’éviter un danger auquel on est si souvent exposé. Emile sera dans l’eau comme sur la terre. Que ne peut-il vivre dans tous les éléments ! Si l’on pouvoit apprendre à voler dans les airs, j’en ferois un aigle; j’en ferois une salamandre, si l’on pouvoit s’endurcir au feu*.
* G est sans cloute pour rendre son idée générale plus sensible que Rousseau paroît ici partager, sur la salamandre, l’opinion ancienne et populaire qui lui allrv-
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On craint qu’un enfant ne se noie en apprenant à nager : qu il se noie en apprenant ou pour n’avoir pas appris, ce sera toujours votre faute. C’est la seule vanité qui nous rend téméraires ; on ne l’est point quand on n’est vu de personne : Émile ne le seroit pas quand il seroit vu de tout l’univers. Comme l’exercice ne dépend pas du risque; dans un canal du parc de son père il apprendroit à traverser l’Hellespont : mais il faut s’apprivoiser au risque même, pour apprendre à ne s’en pas troubler : c’est une partie essentielle de l’apprentissage dont je parlois tout à l’heure. Au reste, attentif à mesurer le danger à ses forces et à le partager toujours avec lui, je n’aurai guère d’imprudence à craindre, quand je réglerai le soin de sa conservation sur celui que je dois à la mienne.
Un enfant est moins grand qu’un homme ; il n’a ni sa force ni sa raison : mais il voit et entend aussi bien que lui , ou à très-peu près; il a le goût aussi sensible, quoiqu’il l’ait moins délicat, et distingue aussi bien les odeurs, quoiqu’il n’y mette pas la même sensualité. Les premières facultés qui se forment et se perfectionnent en nous sont les sens. Ce sont donc les premières qu’il faudroit cultiver ; ce
huoit la faculté de vivre dans le feu. L’Encyclopédie , article Salamandre , fait connoître ce qui vraisemblablement a pu donner lieu à cette opinion , qui d ailleurs n’a aucun fondement raisonnable.