‹ Émile (volume 3)Chapitre 99 sur 235 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

savourer sans grimace. Me voilà de nouveau, si je n’y prends garde, égaré dans les exceptions.

Ce qui n’en souffre point est cependant l’assujettissement de l’homme à la douleur , aux maux de son espèce, aux accidents, aux périls de la vie, enfin à la mort : plus on le familiarisera avec toutes ces idées, plus on le guérira de l’importune sensibilité qui ajoute au mal l’impatience de l’endurer ; plus on l’apprivoisera avec les souffrances qui peuvent l’atteindre , plus on leur ôtera , comme eût dit Montaigne, la pointure de l’étrangeté , et plus aussi l’on rendra son âme invulnérable et dure ; son corps sera la cuirasse qui rebouchera tous les traits dont il pourroit être atteint au vif. Les approches mêmes de la mort n’étant point la mort, à peine la sentira-t-il comme telle ; il ne mourra pas , pour ainsi dire; il sera vivant ou mort, rien de plus. C’est de lui que le même Montaigne eût pu dire, comme il a dit d’un roi de Maroc*, que nul homme n’a vécu si avant dans la mort. La constance et la fermeté sont , ainsi que les autres vertus, des apprentissages de l’enfance : mais ce n’est pas en apprenant leurs noms aux enfants qu’on les leur enseigne, c’est en les leur faisant goûter, sans qu’ils sachent ce que c’est.

Mais, à propos de mourir, comment nous

T.ivri' Il , chap, 2r.

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