LIVRE I ï
Font dans notre œil; et comme cette ouverture est un effet simple d’une cause composée, le jugement qu’il excite en nous laisse chaque cause particulière indéterminée, ou devient nécessairement fautif. Car comment distinguer à la simple vue si l’angle sous lequel je vois un objet plus petit qu’un autre est tel, parce que ce premier objet est en effet plus petit , ou parce qu’il est plus éloigné?
Il faut donc suivre ici une méthode contraire à la précédente ; au lieu de simplifier la sensation , la doubler , la vérifier toujours par une autre , assujettir l’organe visuel à l’organe tactile, et réprimer, pour ainsi dire , l’impétuosité du premier sens par la marche pesante et réglée du second. Faute de nous asservir à cette pratique, nos mesures par estimation sont très-inexactes. Nous n’avons nulle précision dans le coup d’œil pour juger les hauteurs, les longueurs , les profondeurs, les distances; et la preuve que ce n’est pas tant la faute du sens que de son usage, c’est que les ingénieurs, les arpenteurs, les architectes, les maçons, les peintres, ont en général le coup d’œil beaucoup plus sûr que nous , et apprécient les mesures de l’étendue avec plus de justesse; parce que leur métier leur donnant en ceci l’expérience que nous négligeons d’acquérir, ils ôtent l’équivoque de l’angle par les apparences qui l’accompagnent, et qui déterminent plus exactement
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à leurs yeux le rapport des deux causes de cet angle.
Tout ce qui donne du mouvement au corps sans le contraindre est toujours facile à obtenir des enfants. Il y a mille moyens de les intéresser à mesurer , à connoître , à estimer les distances. Voilà un cerisier fort haut; comment ferons-nous pour cueillir des cerises? l’échelle de la grange est-elle bonne pour cela? Voilà un ruisseau fort large, comment le traverserons-nous? une des planches de la cour posera-t-elle sur les deux bords? Nous voudrions, de nos fenêtres, pêcher dans les fossés du château ; combien de brasses doit avoir notre ligne? Je voudrois faire une balançoire entre ces deux arbres; une corde de deux toises nous suffira-t-elle? On me dit que clans l’autre maison notre chambre aura vingt-cinq pieds carrés; croyez-vous qu’elle nous convienne? sera-t-elle plus grande que celle-ci? Nous avons grancl’faim; voilà deux villages , auquel des deux serons-nous plus tôt pour dîner? etc.
Il s’agissoit d’exercer à la course un enfant indolent et paresseux , qui ne se portoit pas de lui-même à cet exercice ni à aucun autre, quoiqu’on le destinât à l’état militaire : il s’étoit persuadé, je ne sais comment, qu’un homme de son rang ne devoit rien faire ni rien savoir, et que sa noblesse devoit lui tenir lieu de bras, de jambes, ainsi que de toute