‹ Émile (volume 3)Chapitre 112 sur 235 · L 31 IL. R · texte numérisé non relu

L 31 IL. R

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Enfin quelques mois d’épreuves et d’erreurs corrigées lui formèrent tellement le compas visuel, que, quand je lui mettois par la pensée un gâteau sur quelque objet éloigné, il avoit le coup cl’œil presque aussi sûr que la chaîne d’un arpenteur.

Comme la vue est de tous les sens celui dont on peut le moins séparer les jugements de l’esprit , il faut beaucoup de temps pour apprendre à voir ; il faut avoir long- temps comparé la vue au toucher pour accoutumer le premier de ces deux sens à nous faire un rapport fidèle des figures et des distances : sans le toucher, sans le mouvement progressif, les yeux du monde les plus perçants ne sauroient nous donner aucune idée de l’ étendue. L’univers entier ne doit être qu’un point pour une huître; il ne lui paroîtroit rien de plus quand même une âme humaine informeroit cette huître. Ce n’est qu’à force de marcher, cle palper, de nombrer, de mesurer les dimensions, qu’on apprend à les estimer : mais aussi, si l’on mesuroit toujours, le sens, se reposant sur l’instrument, n’acquerroit aucune justesse. Il ne faut pas non plus cpie l’enfant passe tout d’un coup de la mesure à l’ estimation ; il faut d’abord que, continuant a comparer par parties ce qu’il ne saurait comparer tout cl’un coup, à des aiiquotes précises il substitue des aiiquotes par appréciation, et qu’au lieu d’appliquer toujours avec

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