‹ Émile (volume 3)Chapitre 120 sur 235 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

et l’oreille, il ne doit jamais chanter qu’au clavecin.

Pour mieux marquer les sons , on les articule en les prononçant ; de là l’usage de solfier avec certaines syllabes. Pour distinguer les degrés il faut donner des noms et à ces degrés et à leurs différents termes fixes; de là les noms des intervalles , et aussi les lettres de l’alphabet dont on marque les touches du clavier et les notes de la gamme. C et A désignent des sons fixes invariables, toujours rendus par les mêmes touches. Ut et la sout autre chose. Ut est constamment la tonique d’un mode majeur , ou la médiante d’un mode mineur. La est constamment la tonique d’une mode mineur , ou la sixième note d’un mode majeur. Ainsi les lettres marquent les termes immuables des rapports de notre système musical , et les syllabes marquent les termes homologues des rapports semblables en divers tons. Les lettres indiquent les touches du clavier, et les svllabesles degrés du mode. Les musiciens françois ont étrangement brouillé ces distinctions; ils ont confondu le sens des syllabes , avec le sens des lettres ; et, doublant inutilement les signes des touches , iis n’en ont point laissé pour exprimer les cordes des tons: en sorte que pour eux ut et C sont toujours la même chose; ce qui n’est pas, et ne doit pas être, car alors de quoi serviroit C ? Aussi leur manière de solfier est-elle d’une

difficulté excessive sans être d’aucune utilité, sans porter aucune idée nette à l’esprit, puisque, par cette méthode , ces deux syllabes ut et mi, par exemple , peuvent également signifier une tierce majeure , mineure , superflue , ou diminuée. Par quelle étrange fatalité le pays du monde où l’on écrit les plus beaux livres sur la musique est-il précisément celui où on l’apprend le plus difficilement?

Suivons avec notre élève une pratique plus simple et plus claire; qu’il n’y ait pour lui que deux modes, dont les rapports soient toujours les mêmes et toujours indiqués parles mêmes syllabes. Soit qu’il chante ou qu’il joue d’un instrument , qu’il sache établir son mode sur chacun des douze tons qui peuvent lui servir de base , et que , soit qu’on module en D, en C , en G, etc., la finale soit toujours ut ou la selon le mode. De cette manière il vous concevra toujours; les rapports essentiels du mode pour chanter et jouer juste seront toujours présents «à son esprit , son exécution sera plus nette et son progrès plus rapide. Il n’y a rien de plus bizarre que ce que les François appellent solfier au naturel ; c’est éloigner les idées de la chose pour en substituer d’étrangères qui ne font qu’égarer. Rien n’est plus naturel que de solfier par transposition , lorsque le mode est transposé. Mais c’en est trop sur la musique, enseignez-la comme vous voudrez, pourvu qu’elle ne soit jamais qu’un amusement.

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