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» Enfin , quand la terre dépouillée et nue » ne nous offroit plus rien , forcés d'outrager » la nature pour nous conserver, nous man- » geâmes les compagnons de notre misère » plutôt que de périr avec eux. Mais vous , » hommes cruels , qui vous force à verser du » sang? Voyez quelle affluence de biens vous » environne! combien de fruits vous produit » la terre ! que de richesses vous donnent les » champs et les vignes! que d’animaux vous » offrent leur lait pour vous nourrir et leur » toison pour vous habiller ! Que leur de- » mandez-vous de plus ? et quelle rage vous » porte à commettre tant de meurtres , rassa- » siés de biens et regorgeant de vivres ? Pour- » quoi mentez-vous contre notre mère en l’ac- » cusant de nepouvoir vous nourrir? Pourquoi » péchez-vous contre Cérès, inventrice des » saintes lois, et contre le gracieux Bacchus, » consolateur des hommes? comme si leurs » dons prodigués ne suffîsoient pas à la con- » servation du genre humain! Comment avez- » vous le cœur de mêler avec leurs doux fruits » des ossements sur vos tables , et de manger » avec le lait le sang des bêtes qui vous le » donnent? Les panthères et les lions, que » vous appelez bêtes féroces , suivent leur in- » stinct par force , et tuent les autres animaux » pour vivre. Mais vous, cent fois plus féroces » qu’elles, vous combattez l’instinct sans néces- » site pour vous livrer à vos cruelles délices.