‹ Émile (volume 3)Chapitre 129 sur 235 · JE SI X L E · texte numérisé non relu

JE SI X L E

s’en servir à la chasse , et se servent de chiens à eux-mêmes. Je conçois , en effet, que si l’on élevoitles enfants à éventer leur dîner, comme le chien évente le gibier , on parviendroit peut-être à leur perfectionner l’odorat au même point : mais je ne vois pas au fond qu’on puisse en eux tirer de ce sens un usage fort utile, si ce n’est pour leur faire connoître ses rapports avec celui du goût. La nature a pris soin de nous forcer à nous mettre au fait de ces rapports. Elle a rendu l’action de ce dernier sens presque inséparable de celle de l’autre en rendant leurs organes voisins, et plaçant dans la bouche une communication immédiate entre les deux , en sorte que nous ne goûtons rien sans le flairer. Je voudrois seulement qu’on n’altérât pas ces rapports naturels pour tromper un enfant, en couvrant par exemple, d’un aromate agréable le déboire d’une médecine; car la discorde des deux sens est trop grande alors pour pouvoir l’abuser; le sens le plus actif absorbant l’effet de l’autre , il n’en prend pas la médecine avec moins de dégoût : cedégoût s’étend à toutes les sensations qui le frappent en même temps; à la présence de la plus foible son imagination lui rappelle aussi l’autre; un parfum très-suave n’est plus pour lui qu’une odeur dégoûtante : et c’est ainsi que nos indiscrètes précautions augmentent la somme des sensations déplaisantes aux dépens des agréables.

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