‹ Émile (volume 3)Chapitre 145 sur 235 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

canard en repos affecte toujours à peu près la même direction. Nous suivons cette expérience, nous examinons cette direction : nous trouverons quelle est du midi au nord. Il n’en faut pas davantage; notre boussole est trouvée, ou autant vaut; nous voilà dans la physique.

Il y a divers climats sur la terre, et diverses températures à ces climats. Les saisons varient plus sensiblement à mesure qu’on approche du pôle ; tous les corps se resserrent au froid et se dilatent à la chaleur; cet effet est plus mesurable dans les liqueurs , et plus sensible dans les liqueurs spiritueuses : de là le thermomètre. Le vent frappe le visage; l’air est donc un corps , un fluide ; on le sent quoiqu’on n’ait aucun moyen de le voir. Renversez un verre dans l’eau, l’eau ne le remplira pas , à moins que vous ne laissiez à l’air une issue; l’air est donc capable de résistance. Enfoncez le verre davantage, l’eau gagnera dans l’espace d’air, sans pouvoir remplir tout-à-fait cet espace ; l’air est donc capable de compression jusqu’à certain point. Un ballon rempli d’air comprimé bondit mieux que rempli de toute autre matière ; l’air est donc un corps élastique. Etant étendu dans le bain, soulevez horizontalement le bras hors de l’eau vous le sentirez chargé d’un poids terrible; l’air est donc un corps pesant. En mettant l’air en équilibre avec d’autres fluides, on peut mesurer son poids :

cle là le baromètre , le siphon , la canne à vent, la machine pneumatique. Toutes les lois delà statique et de l’hydrostatique se trouvent par des expériences tout aussi grossières. Je ne veux pas qu’on entre pour rien de tout cela dans un cabinet de physique expérimentale : tout cet appareil d’instruments et de machines me déplaît. L’air scientifique tue la science. Ou toutes ces machines effraient un enfant , ou leurs figures partagent et dérobent l’attention qu’il devroit à leurs effets.

Je veux que nous fassions nous-mêmes toutes nos machines , et je ne veux pas commencer par faire l’instrument avant l’expérience ; mais je veux qu’ après avoir entrevu l’expérience comme par hasard, nous inventions peu-à-peu l’instrument qui doit la vérifier. J* aime mieux que nos instruments ne soient point si parfaits et si justes , et que nous ayons des idées plus nettes de ce qu’ils doivent être et des opérations qui doivent en résulter. Pour ma première leçon de statique, au lieu d’aller chercher des balances , je mets un bâton en travers sur le dos d’une cbaise , je mesure la longueur des deux parties du bâton en équilibre, j’ajoute de part et d’autre des poids, tantôt égaux , tantôt inégaux ; et , le tirant ou le poussant autant qu'il est nécessaire, je trouve enfin que l’équilibre résulte d’une proportion réciproque entre la quantité des poids et la longueur des leviers. Voilà déjà mon petit

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