LIVRE III
honnête , le plus utile , et par conséquent le plus noble qu’il puisse exercer. Je ne dis pas à Emile , Apprends l’agriculture ; il la sait. Tous les travaux rustiques lui sont familiers; c’est par eux qu’il a commencé ; c’est à eux qu’il revient sans cesse. Je lui c]is donc, Cultive l’héritage de tes pères. Mais si tu perds cet héritage, ou si tu n’en as point, que faire? Apprends un métier.
Un métier à mon fils ! mon fils artisan ! Monsieur, y pensez-vous? J’y pense mieux que vous , madame , qui voulez le réduire à ne pouvoir jamais être qu’un lord, un marquis, un prince, et peut-être un jour moins que rien : moi, je lui veux donner un rang qu il ne puisse perdre, un rang qui l’honore dans tous les temps ; je veux l’élever à l’état d’homme ; et , quoi que vous en puissiez dire , il aura moins d’égaux à ce titre qu’à tous ceux qu’il tiendra de vous.
La lettre tue et l’esprit vivifie. Il s’agit moins d’apprendre un métier pour savoir un métier, que pour vaincre les préjugés qui le méprisent. Vous ne serez jamais réduit à travailler pour vivre. Eh ! tant pis , tant pis pour vous! Mais n’importe; ne travaillez point par nécessité, travaillez par gloire. Abaissez-vous à l’état d’artisan pour être au-dessus du vôtre. Pour vous soumettre la fortune et les choses, commencez par vous en rendre indé-