‹ Émile (volume 3)Chapitre 187 sur 235 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

aux enfants leur innocence ; c’est que tous ceux qui les entourent la respectent et l’aiment. Sans cela , toute la retenue dont on tâche d’user avec eux se dément tôt ou tard ; un sourire, un clin d’œil, un geste échappé, leur disent tout ce qu’on cherche à leur taire ; il leur suffit, pour l’apprendre, de voir qu’on le leur a voulu cacher. La délicatesse de tours et d’expressions dont se servent entre eux les gens polis , supposant des lumières que les enfants ne doivent point avoir, est tout-à-fait déplacée avec eux : mais quand on honore vraiment leur simplicité, l’on prend aisément , en leur parlant , celle des termes qui leur conviennent. Il y a une certaine naïveté de langage qui sied et qui plaît à l’innocence: voilà le vrai ton qui détourne un enfant d’une dangereuse curiosité. En lui parlant simplement de tout, on ne lui laisse pas soupçonner qu’il reste rien de plus à lui dire. En joignant aux mots grossiers les idées déplaisantes qui leur conviennent , on étouffe le premier feu de 1 imagination : on ne lui défend pas de prononcer ces mots et d’avoir ces idées ; mais on lui donne, sans qu’il y songe, de la répugnance à les rappeler. Et combien d’embarras cette liberté naïve ne sauve-t-elle point à ceux qui , la tirant de leur propre cœur , disent toujours ce qu’il faut dire , et le disent toujours comme ils l’ont senti !

Comment se font les enfants ? Question em-

barras santé qui vient assez naturellement aux enfants , et dont la réponse indiscrète ou prudente décide quelquefois de leurs mœurs et de leur santé pour toute leur vie. La manière la plus courte qu’une mère imagine pour s’en débarrasser sans tromper son fils , est de lui imposer silence. Cela seroit bon, si on l’y eût accoutumé de longue main dans des questions indifférentes, et qu’il ne soupçonnât pas du mystère à ce nouveau ton. Mais rarement elle s’en tient là. C’est le secret des gens mariés , lui dira-t-elle ; de petits garçons ne doivent point être si carieux. Voilà qui est fort bien pour tirer d’embarras la mère : mais qu’elle sache que, piqué de cet air de mépris, le petit garçon n’aura pas un moment de repos qu’il n’ait appris le secret des gens mariés , et qu’il ne tardera pas de l’apprendre.

Qu’on me permette de rapporter une réponse bien différente que j’ai entendu faire à la même question, et qui me frappa d’autant plus , qu’elle partoit d’une femme aussi modeste dans ses discours que dans ses manières, mais qui savoit au besoin fouler aux pieds, pour le bien de son fils et pour la vertu, la fausse crainte du blâme et les vains propos des plaisants. Il n’y avoit pas long-temps que l’enfant avoit jeté par les urines une petite pierre qui lui avoit déchiré l’urètre; mais le mal passé étoit oublié. Maman , dit le petit étourdi, comment se font les enfants.3 Mon fis „

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