‹ Émile (volume 3)Chapitre 189 sur 235 · LIVRE IV. 43g · texte numérisé non relu

LIVRE IV. 43g

sansrisque des leçons qu’elle lui donne.Voilà le principe : le détail des règles n’est pas démon sujet : et les moyens que je propose en vue d’autres objets servent encore d’exemple pour celui-ci.

Voulez -vous mettre l’ordre et la règle dans les passions naissantes’, étendez l’espace durant lequel elles se développent , afin qu’elles aient le temps de s’arranger à mesure qu’elles naissent. Alors ce n’est pas l’homme qui les ordonne, c’est la nature elle-même, votre soin n’est que de la laisser arranger son travail. Si votre élève étoit seul, vous n’auriez rien à faire ; mais tout ce qui l’environne enflamme son imagination. Le torrent des préjugés l’entraîne : pour le retenir il faut le pousser en sens contraire. Il faut que le sentiment enchaîne l’imagination , et que la raison fasse taire l’opinion des hommes. La source de toutes les passions est la sensibilité, l’imagination détermine leur pente. Tout être qui sent ses rapports doit être affecté quand ses rapports s’altèrent, et qu’il en imagine ou qu’il en croit imaginer de plus convenables à sa nature. Ce sont les erreurs de l’imagination qui transforment en vices les passions de tous les êtres bornés, même des anges, s’ils en ont * : car il faudroit qu’ils connussent la

* Variante : s'il y en a. Telle est en effet la leçon du manuscrit autographe. On peut croire que l’auteur fut forcé d’y substituer , s’ils en ont , dans les premières éditions; mais puisque cette dernière leçon se retrouve

nature de tous les êtres, pour savoir quels rapports conviennent le mieux à la leur.

Voici donc le sommaire de toute la sagesse humaine dans i’usage des passions : i°. sentir les vrais rapports de l’homme tant dans l’espèce que dans l’individu ; 20. ordonner toutes les affections de l’âme selon ces rapports.

Mais l’homme est-il maître d’ordonner ses affections selon tels ou tels rapports ? Sans doute , s’il estmaître de diriger son imagination sur tel ou tel objet, ou de lui donner telle ou telle habitude. D’ailleurs il s’agit moins ici de ce qu’un homme peut faire sur lui-même, que de ce que nous pouvons faire sur notre élève par le choix des circonstances où nous le plaçons. Exposer les moyens propres à le maintenir dans l’ordre de la nature, c’est dire assez comment il en peut sortir.

Tant que sa sensibilité reste bornée à son individu , il n’y a rien de moral dans ses actions; ce n’est que quand elle commence à s’étendre hors de lui , qu’il prend d’abord les sentiments, ensuite les notions du bien et du mal, qui le constituent véritablement homme et partie intégrante de son espèce. C’est donc à ce premier point qu’il faut d’abord fixer nos observations.

Elles sont difficiles en ce que , pour les faire,

dans l’édition de Genève, il est vraisemblable qu’il s est décide' à la laisser subsister dans le texte préférablement à la première.

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