‹ Émile (volume 3)Chapitre 19 sur 235 · LIVRE 1 . 5l · texte numérisé non relu

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régime observent les peuples qui se portent le mieux , sont les plus robustes, et vivent le plus long-temps. Si par les observations générales on ne trouve pas que l'usage de la médecine donne aux hommes une santé plus ferme ou une plus longue vie, par cela même que cet art n’est pas utile , il est nuisible , puisqu’il emploie le temps , les hommes et les choses à pore perte. Non-seulement le temps qu’on passe à conserver la vie étant perdu pour en user, il l’en faut déduire; mais quand ce temps est employé à nous tourmenter , il est pis que nul, il est négatif ; et, pour calculer équitablement, il en faut ôter autant de celui qui nous reste. Un homme qui vit dix ans sans médecins vit plus pour lui-même et pour autrui que celui qui vit trente ans leur victime. Ayant fait l’une et l’autre épreuve , je me crois plus en droit que personne d’en tirer la conclusion.

Voilà mes raisons pour ne vouloir qu’un élève robuste et sain , et mes principes pour le maintenir tel. Je ne m’arrêterai pas à prouver au long l’utilité des travaux manuels et des exercices du corps pour renforcer le tempérament et la santé ; c’est ce que personne ne dispute: les exemples des plus longues vies se tirent presque tous d’hommes qui ont fait le plus d’exercice , qui ont supporté le plus de fatigue et de travail '. Je n’entrerai pas non

* En voici un exemple (ire' ries papiers anglois , lerjuel je ne puis m empêcher de rapporter , tant il nflVe de te-

plus dans de longs détails sur les soins que je prendrai pour ce seul objet; on verra qu’ils entrent si nécessairement dans ma pratique , qu’il suffit d’en prendre l’esprit pour n’avoir pas besoin d’autre explication.

Avec la vie commencent les besoins. Au nouveau-né il faut une nourrice. Si la mère consent à remplir son devoir , à la bonne lieure , on lui donnera ses directions par écrit; car cet avantage a son contre-poids et tient le gouverneur un peu plus éloigné de son élève. Mais il est à croire que l’intérêt de l’enfant et l’estime pour celui à qui elle veut bien confier un dépôt si cher rendront la mère attentive aux avis du maître; et tout ce qu’elle voudra

flexions à faire relatives à mon sujet.

« Un particulier nomme' Patrice Oneil , ne en l6l|7 i » vient de se remarier en 1760 pour la septième fois. Il h servit dans les dragons la dix-septième anne'e du règne .. de Charles u , et dans differents corps jusqu’en 174°’ .. qu’il obtint son congé. Il a fait toutes les campagnes » du roi Guillaume et du duc Marlboroug. Cet homme » n’a jamais bu que delà bière ordinaire; il s’est toujours . nourri de végétaux , et n’a mangé de la viande que „ dans quelques repas qu’il donnoit à sa famille. Son « usage a toujours été de se lever et de se coucher avec » le soleil , à moins que ses devoirs ne l'en aient em- „ pêché. Il est à présent dans sa cent treizième année, . entendant bien , se portant bien , et marchant sans « canne. Malgré son grand âge , il ne reste pas un mo- >• ment oisif ; et tous les dimanches il va à sa paroisse , » accompagné de ses enfants, petits-enfants, et arnere- •> petits-enfants.

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