‹ Émile (volume 3)Chapitre 196 sur 235 · DEUXIÈME MAXIME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME MAXIME

On ne plaint jamais dans autrui que les maux dont on ne se croit pas exempt soi-même.

Nonignara mali, miseris succurrere disco.

Æneid., 1 , 63o.

Je ne connois rien de si beau , de si profond, de si touchant, de si vrai, que ce vers-là.

Pourquoi les rois sont-ils sans pitié pour leurs sujets ? c’est qu’ils comptent de n’être jamais hommes. Pourquoi les riches sont-ils si durs envers les pauvres? c’est qu’ils n’ont pas peur de le devenir. Pourquoi la noblesse a-telle un si grand mépris pour le peuple ? c’est qu’un noble ne sera jamais roturier. Pourquoi les Turcs sont-ils généralement plus humains, plus hospitaliers que nous ? c’est que , dans leur gouvernement tout-à-fait arbitraire, la grandeur et la fortune des particuliers étant toujours précaires et chancelantes, ils ne regardent point l’abaissement et la misère connue

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