LIVRE I
On doit s’attendre à de grandes oppositions de la part des nourrices , à qui l’enfant bien garrotté donne moins de peine que celui qu’il faut veiller incessamment. D’ailleurs sa malpropreté devient plus sensible dans un habit ouvert; il faut le nettoyer plus souvent. Enfin la coutume est un argument qu’on ne réfutera jamais en certains pays au gré du peuple de tous les états.
» les bras libres , et ils pouvoient mouvoir leur tête et
• fléchir leur corps à leur gré, sans tomber et sans se ■ blesser ; dès qu'ils pouvoient faire un pas , on leur » présentoit la mamelle d’un peu loin, comme un » appât , pour les obliger à marcher. Les petits Nègres » sont quelquefois dans une situation bien plus fatigante » pour téter; ils embrassent l’une des hanches de la
• mère avec leurs genoux et leurs pieds , et ils la serrent » si bien qu’ils peuvent s’y soutenir sans le secours des » bras de la mère. Us s’attachent à la mamelle avec leurs » mains, et ils la sucent constamment sans se déranger » et sans tomber , malgré les différents mouvements de » la mère, qui pendant ce temps travaille à son ordi-
• naire. Ces enfants commencent à marcher dès le se- » cond mois , ou plutôt à se traîner sur les genoux et sur » les mains. Cet exercice leur donne pour la suite la fa- » cilité de courir , dans cette situation , presque aussi » vite que s ils étoient sur leurs pieds. » Hist. nat. , tome IV, in-12, page 192.
A ces exemples M. Buffon auroit pu ajouter celui de l’Angleterre , où l’extravagante et barbare pratique du maillot s’abolit de jour en jour. Voyez aussi La Loubère, V oyage de Siam ■ le sieur Le Beau, V ay âge du Canada , etc. Je remplirois vingt pages de citations, si j’avois besoin de confirmer ceci par des faits.
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Ne raisonnez point avec les nourrices; ordonnez, voyez faire , et n’épargnez rien pour rendre aisés dans la pratique les soins que vous aurez prescrits. Pourquoi ne les partagez-vous pas ? Dans les nourritures ordinaires où l'on ne regarde qu’au physique, pourvu que l’enfant vive et qu’il ne dépérisse point , le reste n’importe guère : mais ici, où l’éducation commence avec la vie , en naissant l’enfant est déjà disciple, non du gouverneur, mais de la nature. Le gouverneur ne fait qu’étudier sous ce premier maître et empêcher que ses soins ne soient contrariés. Il veille le nourrisson, il l’observe, il le suit, il épie avec vigilance la première lueur de son foihle entendement , comme aux approches du premier quartier les musulmans épient [l’instant du lever de la lune.
Nous naissons capables d’apprendre , mais ne sachant rien , ne connoissant rien. L’àme , enchaînée dans des organes imparfaits et demiformés , n'a pas même le sentiment de sa propre existence. Les mouvements , les cris de l’enfant qui vient de naître, sont des effets purement mécaniques , dépourvus de connoissance et de volonté.
Supposons qu’un enfant eût à sa naissance la stature et la force d’un homme fait, qu’il sortît, pour ainsi dire, tout armé du sein de sa mère, comme Pallas sortit du cerveau de Jupiter; cet homme enfant seroit un par-