‹ Émile (volume 3)Chapitre 4 sur 235 · I.1VRE I · texte numérisé non relu

I.1VRE I

leurs diverses leçons se contrarient, est mal élevé, et ne sera jamais d’accord avec luimême : celui dans lequel elles tombent toutes sur les mêmes points , et tendent aux mêmes fins , va seul à son but et vit conséquemment. Celui-là seul est bien élevé.

Or, de ces trois éducations différentes, celle de la nature ne dépend point de nous, celle des choses n’en dépend qu’à certains égards. Celle des hommes est la seule dont nous soyons vraiment les maîtres : encore ne le sommesnous que par supposition ; car qui est-ce qui peut espérer de diriger entièrement les discours et les actions de tous ceux qui environnent un enfant?

Sitôt donc que l’éducation est un art, il est presque impossible qu’elle réussisse , puisque le concours nécessaire à son succès ne dépend de personne. Tout ce qu’on peut faire à force de soins est d’approcher plus ou moins du but, mais il faut du bonheur pour l’atteindre.

Quel est ce but? c’est celui même de la. nature ; cela vient d’être prouvé. Puisque le concours des trois éducations est nécessaire à leur perfection , c’est sur celle à laquelle nous ne pouvons rien qu’il faut diriger les deux autres. Mais peut-être ce mot de nature a-t-il un sens trop vague; il faut tâcher ici de le fixer.

La nature, nous dit-on, n’est que l’habitudeT. Que signifie cela? N’y a-t-il pas des ha-

* M. For nu- y nous assure qu’on ne dit pas précisément

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É.M IL JE

bitudes qu’on ne contracte que par force , et qui n’étouffent jamais la nature? Telle est, par exemple, l’habitude des plantes dont on gêne la direction verticale, La plante mise en liberté garde l’inclinaison qu’on l’a forcée à prendre; mais la sève n’a point changé pour cela sa direction primitive , et , si la plante continue à végéter, son prolongement redevient vertical. Il en est de même des inclinations des hommes. Tant qu’on reste dans le même état, on peut garder celles qui résultent de l’habitude, et qui nous sont le moins naturelles ; mais sitôt que la situation change , l’habitude cesse et le naturel revient. L’éducation n’est certainement qu’une habitude. Or, n’y a-t-il pas des gens qui oublient et perdent leur éducation, d’autres qui la gardent? D’où vient cette différence? S’il faut borner le nom de nature aux habitudes conformes à la nature, on peut s’épargner ce galimatias.

Nous naissons sensibles, et, dès notre naissance, nous sommes affectés de diverses manières par les objets qui nous environnent. Sitôt que nous avons pour ainsi dire la conscience de nos sensations, nous sommes discela. Cela me paroît pourtant très-précisement dit dans ce vers auquel je me proposais de repondre :

La nature, crois-moi , n’esl rien que l’habitude.

M. Formey , qui ne veut pas enorgueillir ses semblables, nous donne modestement la mesure de sa cervelle pour celle de l'entendement humain

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